Le lettré chinois est un chamane

Il est toujours délicat de parler de “lettrés” chinois quand on sait qu’il n’y a précisément pas de lettres dans l’écriture chinoise.

Aussi, tous les éclairages que produit Sylvain Auroux dans “La révolution technologique de la grammatisation”, quand il met en lumière le processus de constitution des grammaires et des vocabulaires de la langue qui s’écrit en spatialisant la parole grâce au découpage des mots en une suite finie de lettres – ces processus de grammatisation qui sur-déterminent largement notre philosophie et nos modes de pensées – tous ces éclairages donc, deviennent “lettre morte” quand on porte notre regard vers l’empire du milieu.

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La boucherie de la citation

En ces temps de mashups et de tweets, les pratiques de citation sont au devant de la scène.

Il y a pourtant des travaux et des oeuvres qui ne se prêtent pas au découpage que présuppose la pratique des citations ou des extraits.

Je prendrais deux oeuvres emblématiques : A la recherche du temps perdu de Proust dans la littérature et L’aurore (Sunrise) de Murnau dans le cinéma. Deux oeuvres immenses qui, bien que dans des champs différents, ont ceci en commun qu’il est très difficile de les découper pour faire des citations ou proposer des extraits. more »

Le devenir algorithmique (4) : les jeux d’écriture

Dans une précédente note sur les première pratiques scripturales dans les activités de commerce et de transactions économiques, je rappelais que, avec l’invention de la monnaie, une figure avait émergée en la personne du « changeur », qui évolua lui-même vers la fonction du “banquier” quand il se mit à faire « travailler » la trésorerie générée par son activité de change. Cette nouvelle activité lui imposa d’inventer de nouveaux jeux d’écritures, des écritures comptables.

Si « Jeux d’écriture » renvoie aujourd’hui à des jeux pour l’apprentissage de l’écriture dans les moteurs de recherche web, l’expression est également un euphémisme pour désigner des malversations comptables et financières. En ce dernier sens, le jeu d’écriture est perçu comme un tour de passe-passe potentiellement frauduleux.
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Les enjeux de la grammatisation des relations

(Les illustrations sont de Pavel.K, dessinateur, caricaturiste et illustrateur, que je remercie chaleureusement pour son travail)

Motivations

Je ne vais essayer de faire qu’une seule chose dans ce texte, commenter et expliciter la phrase suivante :

” les technologies relationnelles produisent des relations grammatisées “

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Au sein d’Ars Industrialis, nous avons à plusieurs reprises souligné l’importance du processus de grammatisation :

La grammatisation est un processus de description, de formalisation et de discrétisation des comportements humains (voix et gestes) qui permet leur reproductibilité. Grammatiser, c’est isoler des grammes et des graphes (éléments constitutifs en nombre finis formant un système). Grammatiser c’est donc discrétiser un signal et de ce fait pouvoir le reproduire.  Par exemple, je peux discrétiser la langue avec une trentaine de signes diacritiques : les lettres de l’alphabet. L’alphabet permet de retranscrire n’importe quelle langue du monde dont il accomplit la discrétisation littérale.

Le concept de grammatisation permet de définir des époques et des techniques qui apparaissent et qui ne disparaissent jamais (en aucun cas l’informatique ne fait disparaître la lecture et l’écriture, c’est au contraire une archi-lecture qui change les conditions de la lecture et de l’écriture).

Nous avons également rappelé qu’après la grammatisation de la parole (écriture) puis geste (machine outils), nous en étions actuellement au stade de la “grammatisation des relations”, chacun ayant en tête le phénomène des réseaux sociaux (fonctions de partage, de collaboration et de communication) de ces dernières années. C’est cette “grammatisation des relations” qui est l’objet du groupe de travail sur les technologies relationnelles.
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Le “lectographe” pour formaliser la lecture d’une oeuvre

Quand on lit un texte, si celui-ci est un cours, un essai, bref si c’est un texte que l’on lit pour apprendre, on est confronté à des moments de compréhension qui sont divers. Je me suis demandé si l’on pouvait essayer de formaliser cette expérience de lecture en utilisant un formalisme graphique.

On remarquera toutefois :

  • que cela a du sens surtout pour les livres qui nécessitent plusieurs lectures ou qui relève de la démonstration et de la pédagogie ;
  • que cela n’est pas forcément évident à utiliser pour une oeuvre papier, mais que cela pourrait avoir une importance déterminante comme outil de travail et d’appréhension avec les textes numériques.

Quels sont les états qui sont intéressants à positionner sur chacune des pages de l’œuvre ? Essayons d’en donner une première liste :

  • Compréhension, qui indique que l’on arrive à suivre et à comprendre l’auteur. Bien sûr on peut se tromper, ne comprendre que partiellement, voire même mécomprendre. Ce sont des variations qui pourront être introduites par la suite ;
  • Adhésion (l’Accord et le Désaccord). Quand on n’est en phase avec les propos de l’auteur, ou bien quand on estime qu’il y a des erreurs. Là aussi, il peut avoir des variations si l’on considère que l’on a pas d’avis tranché, voire que l’on doute simplement ;
  • etc. il y en a sûrement d’autres.

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Assez d’esprit pour remplacer les hommes

Adolphe Blanqui fit le voyage en Angleterre, comme de nombreux économistes français du début du 19° siècle,  pour comprendre le miracle de l’industrie anglaise.

Il publiera ainsi son “Voyage d’un jeune Francais en Angleterre et en Ecosse, pendant l’automne de 1823” dans lequel il écrit avoir été le plus surpris devant :

“les machines merveilleuses auxquelles on est parvenu à donner assez d’esprit pour remplacer les hommes” p.80

Cette citation, rapportée par Bertrand Gille dans ses Recherches sur la formation de la grande entreprise capitaliste est à la fois frappante de naïveté et en même temps très juste. Cet “esprit qui remplace les hommes” n’est autre qu’une manifestation de l’algorithme qui, en coordination avec la grammatisation, commence à engrammer les gestes.

Le devenir algorithmique

Le processus de grammatisation décrit par Sylvain Auroux n’est pas à proprement parler le même que celui dont se sert Bernard Stiegler.
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Mixin

David Larlet avait indiqué, il y a quelques mois qu’il travaillait sur un projet qui lui tenait à coeur. Il annonce à présent que le site commence son exposition. Le nom du service est Mixin, un agenda partagé intelligent et convivial.

Je me suis régalé en découvrant avec quelle pédagogie le nouveau utilisateur que je suis a été guidé dans la prise en main du service. On sort un peu des sentiers battus et on se dit “mais pourquoi on ne fait pas plus des choses simples et efficaces comme celà ?”.

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L’écume et le lais d’un blog

Formidable stratégie éditoriale que celle d’un blog qui positionne le dernier billet en premier.
Aussi, la découverte d’un nouveau blog est toujours une découverte à rebours, en remontant dans le temps des publications.
C’est souvent dans l’écume des notes les plus récentes qu’on le découvre, et dans le lais qui nous ramène à rebours vers les notes les plus anciennes que l’on apprend à l’apprécier.
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Vertige atomique

Philippe Lemoine, dans La Nouvelle Origine, évoque la possibilité d’IPV6 d’encoder 2 puissance 218 adresses électroniques.

Soit un nombre supérieur au nombre d’atomes à la surface de la terre : on pourrait encoder tous les objets qui existent au niveau atomique.

Ces capacités vont-elles impacter l’usage et les pratiques concernant les URIs ?
[Via Bernard Stiegler, Economie de l’hypermatériel et psychopouvoir]