Le « lectographe » pour formaliser la lecture d’une oeuvre

by Christian on 9 octobre, 2010

Quand on lit un texte, si celui-ci est un cours, un essai, bref si c’est un texte que l’on lit pour apprendre, on est confronté à des moments de compréhension qui sont divers. Je me suis demandé si l’on pouvait essayer de formaliser cette expérience de lecture en utilisant un formalisme graphique.

On remarquera toutefois :

  • que cela a du sens surtout pour les livres qui nécessitent plusieurs lectures ou qui relève de la démonstration et de la pédagogie ;
  • que cela n’est pas forcément évident à utiliser pour une oeuvre papier, mais que cela pourrait avoir une importance déterminante comme outil de travail et d’appréhension avec les textes numériques.

Quels sont les états qui sont intéressants à positionner sur chacune des pages de l’œuvre ? Essayons d’en donner une première liste :

  • Compréhension, qui indique que l’on arrive à suivre et à comprendre l’auteur. Bien sûr on peut se tromper, ne comprendre que partiellement, voire même mécomprendre. Ce sont des variations qui pourront être introduites par la suite ;
  • Adhésion (l’Accord et le Désaccord). Quand on n’est en phase avec les propos de l’auteur, ou bien quand on estime qu’il y a des erreurs. Là aussi, il peut avoir des variations si l’on considère que l’on a pas d’avis tranché, voire que l’on doute simplement ;
  • etc. il y en a sûrement d’autres.


Pour la formalisation de la compréhension, je suggère l’utilisation d’un trait continu lorsqu’il y a compréhension, d’un point si il y a compréhension partielle (on sent qu’un certain nombre de choses nous échappe) et un espace vide si on estime ne pas comprendre. Il est relativement facile d’ajouter ce type de métadonnée car dire si on comprend ou pas ne nécessite pas d’effort cognitif important.

Ce qui donnerait, par exemple pour un texte de 10 pages :

Page          1    2    3    4    5    6    7    8    9    10
Symbole    _    _    _    .    .    .             .    _      .

Ce n’est pas aussi simple, du point de vue de l’effort cognitif, dans le cas où il faut formaliser l’adhésion, car être d’accord ou pas avec l’auteur requiert un jugement et une prise de distance qui peut casser le rythme et le flux de la lecture. Toutefois, je propose ici une annotation d’amplitude en utilisant les flèches suivantes (Adhésion « ↑ », Pas d’avis « → » ou Opposition « ↓ ») :

Page          1    2    3    4    5    6    7    8    9    10
Symbole     ↑    ↑    →  →  ←   ↑    →  ↓    ↓     →

Pour la représentation sur un graphe de synthèse, le premier élément consiste a représenter une ligne directionnelle qui va représenter les pages de l’oeuvre (je prends ici l’hypothèse d’une oeuvre écrite qui est plus facile mais cela peut aussi être transposé à des oeuvres audiovisuelles). Il y aurait des questions quant à savoir si cette ligne pourrait avoir d’autres unités que la page (paragraphe, ligne), mais pour l’instant considérons que nous travaillons sur la page. On peut ensuite rajouter une dimension au schéma avec un axe des ordonnéées dans lequel on positionnera au dessus de l’axe des abscisses les avis favorables et en dessous les avis défavorables.

L’intérêt d’un tel alphabet minimaliste est qu’il ne demande pas beaucoup d’efforts : à chaque page du livre il faut choisir un symbole : « _ « ,  »  » ou « . »  pour la compréhension et éventuellement un deuxième (« ↑ », »→ » ou « ↓ ») pour l’adhésion.

*

Avec un tel alphabet, on obtient des graphes de lecture, des « lectographes « . Voici quelques exemples imaginaires de lectographes sur un nombre de page symbolique (10).

Dans ce premier exemple on n’utilise que l’indication de compréhension. On voit que la lecture a été difficile, avec un « trou » au milieu de l’oeuvre :

Dans le deuxième exemple, toujours avec l’indicateur de compréhension uniquement, on voit que, malgré un début difficile, l’oeuvre a été plutôt assimilée. Il y a fort à parier qu’une fois la lecture terminée, le lecteur peut reprendre le lectographe et mettre à jour la première partie en remplaçant pointillés et espace vide par des traits pleins. En tout cas il peut revenir facilement aux points qui lui ont posé difficulté lors de la première lecture :

Dans le troisième exemple, on introduit la notation avec la dimension d’adhésion. Cet ouvrage semble avoir été compris, et de plus, on voit le lecteur n’est pas d’accord avec les thèses de l’auteur, cette tendance s’amplifie au fur et à mesure de la lecture :

Dans le quatrième et dernier exemple, on voit que l’on a à faire à un ouvrage dans lequel il a été dur de pénétrer (il y a même un espace vide pour la page 2), avec en plus un sentiment de méfiance au début. Mais la situation s’est renversée, et visiblement la page 4 a été un déclencheur qui a entraîné compréhension et adhésion qui sont restées présentes jusqu’à la fin. Une expérience de lecture stimulante apparemment :

Remarquons que si on a annoté une page avec un espace vide (page non comprise) on ne peut pas la représenter sur la dimension de l’adhésion, ce qui est somme toute logique car il serait difficile de prétendre qu’on n’est pas d’accord avec un passage tout en reconnaissant que l’on ne l’a pas compris.

Un lectographe peut s’enrichir. Une fois qu’il est tracé, il constitue une support que l’on peut reprendre et modifier ou compléter, mais l’intérêt d’un tel mécanisme est de le rendre le plus simple possible et le moins contraignant à renseigner pendant la lecture. L’implémentation dans un système de lecture, si le « mode lectographe » est activé, devrait demander automatiquement une notation pour la compréhension (ou deux si l’on indique le niveau d’adhésion) au moment où la page se tourne (mode push).

Les lectographes pourraient se partager et s’échanger afin donner un avis cartographié et succinct sur nos lectures, ils donneraient à voir en un coup d’œil des choses que même des critiques littéraires auraient du mal à retranscrire de manière concise et rapide.

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Jean-no octobre 10, 2010 à 1:26

okay, mais la page peut-elle être l’unité ? D’autant que tu parles de lecture numérique, qui n’a pas forcément vocation à être paginée pareil pour tous. On pourrait imaginer de surligner les paragraphes par exemple…
En dehors de l’adhésion et de la compréhension, je propose comme critères l’appréciation esthétique (ne serait-ce que pour prouver qu’en dehors de Nietsche, les philosophes écrivent comme des cochons) et la fertilité (si la lecture me suggère plein d’autres idées qui ne sont pas dans le livre) mais je suis forcé d’admettre que c’est à la fois un peu vaseux et passablement inutile 😉

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Christian octobre 10, 2010 à 10:28

C’est sûr que la question de l’unité pose problème. Quelle qu’elle soit, elle peut toujours être « mappée » sur la pagination de référence de toute manière.

Plus çà va plus j’aspire à avoir une numérotation si ce n’est au niveau de la ligne (car le problème se pose aussi) du moins au niveau du paragraphe.

Sur le nombre de critères, on peut bien sûr en rajouter ; d’ailleurs les soulignages où notes de lectures pourrait s’insérer automatiquement dans le lectographe.

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slever octobre 13, 2010 à 6:10

Le concept est intéressant. On pourrais noter l’activité cérébrale, ou même le temps de lecture par page (indiquant la complexité ou la fatigue..). Par contre qui a l’utilité de tels métadonnées ? l’auteur pour avoir un retour sur son texte, l’éditeur pour capter l’adhésion du public, les lecteurs (qui vont rechercher des livres a forte adhésion). Expérience a mener.
Lectographe de cet article:
_↑_↑_↑_↑_↑ 😉

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