L’écume et le lais d’un blog

by Christian on 16 juin, 2008

Formidable stratégie éditoriale que celle d’un blog qui positionne le dernier billet en premier.
Aussi, la découverte d’un nouveau blog est toujours une découverte à rebours, en remontant dans le temps des publications.
C’est souvent dans l’écume des notes les plus récentes qu’on le découvre, et dans le lais qui nous ramène à rebours vers les notes les plus anciennes que l’on apprend à l’apprécier.

Seulement voilà, pour le blogeur, il y a toujours le danger de devenir le Sisyphe de son propre dispositif de publication. En effet,  chaque billet se doit de posséder une certaine auto-signification, on ne peut pas demander à chaque lecteur, surtout s’il est de passage, de lire plusieurs dizaines de notes pour comprendre celle qu’il a sous les yeux.
Alors on se répète.

Certes, cette répétition a d’énormes vertus car elle nous force à épurer, à supprimer le superflu et à polir ses arguments afin de ramasser en quelques lignes, voire en quelques mots, des dizaines de notes précédentes qui sont autant de barreaux sur l’échelle de la compréhension minimale requise pour que cela fasse écho chez les nouveaux lecteurs.
S’il n’y avait que çà.

Car il y a les lecteurs plus assidus, ceux qui jettent un oeil à toutes vos nouvelles publications, sans parler de ceux qui suivent les commentaires. C’est à dire ceux qui, par leur fidélité, leur intérêt et leur nombre, vous chuchotent à l’oreille : « continu », « développe », « jusqu’où pourras tu aller ? », « sois plus exigent avec toi-même », « ne t’abaisse pas à taper pas sous la ceinture », etc.
Cela sont, je l’imagine, plus exigeants et plus critiques. Ils ne s’en laissent pas compter et ne sont pas là pour voir la boucle se boucler et le blog n’être que la  chambre d’écho d’une parole répétitive devenant psalmodique.

C’est peut-être à cette contradiction que tout blogeur est amené à être confronté : tracer un chemin de progression en agissant par petites touches distinctes permettant une lecture en couche, c’est à dire faisant sens pour l’hétérogénéité de la population des lecteurs.

Face à cela, on distingue deux voies :

  • celle qui consiste à travailler le style et le ton pour s’installer dans le chemin de l’excellence en arrivant à être une référence dans un domaine, un savoir faire, une attitude ou une posture. Cette voie est celle de la figure, avec le risque de finir dans l’ordre de la figuration.
  • puis celle qui n’est pas la voie de la figure mais celle du chemin, du cheminement. Ici chaque publication s’expose à des chemins de traverse qui menacent à chaque instant de brouiller définitivement l’unité et la cohérence éditoriale du blog,  ainsi que de dissoudre l’intérêt des lecteurs réguliers. Mais dans cette voie aussi il y a un risque qui est de faire, à défaut d’un cheminement, de la simple digression.

Dans la voie du cheminement, l’enjeu permanent est de positionner chaque nouvelle note dans un équilibre instable avec la multiplicité des autres déjà publiées. Instable, car c’est en se déséquilibrant que l’on peut avancer.
Alors on se demande comment arriver à cultiver le lais du blog? Comment faire pousser quelque chose d’intéressant sur les terres fertiles grâce au limon déposé par les anciennes notes publiées ?

En utilisant le dispositif éditorial d’un blog on est en permanence tiraillé par l’oubli et la mémoire des anciennes notes.  On les entretien en faisant des liens vers elles, en proposant des notes associées à chaque nouvelle publication, en proposant des classement des notes les plus consultées, etc.
Mais toutes ces astuces ne nous libèrent pas de la toile tissée par nos notes dans laquelle on essaie de ne pas s’engluer, pour finir par déposer les armes devant les crawlers de nos moteurs de recherche.

Au final, je m’aperçois que cette note d’écume, qui glisse déjà vers le lais du blog dont elle évoquait la mémoire, sera une note sans liens, orpheline et singulière.

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Manue juin 16, 2008 à 8:18

C’est la voie de la figue, de la figure, ou de la figuration ? Voilà qui me renvoie à mes propres questionnements existentiels de blogueuse !

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Christian juin 16, 2008 à 9:00

Aucune figue ne t’échappe 🙂

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cigüe juin 18, 2008 à 3:08

ce qui amène à s’interroger sur la voie alternative du très répandu blog sycophante. (i.e. dénoncer a priori, avant d’énoncer)

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