La conteneurisation du monde

 Voici l’affiche du film « Sur les Quais » d’Elia Kazan, 1954 :

quais

On est bien sur les quais : la chaîne, le bateau, les dockers, mais il n’y a pas de marchandises et aucun conteneur ! Un port contemporain ressemble plutôt  à cela :

conteneur

Un processus important de la mondialisation concerne la conteneurisation du transport maritime qui devient effective à la fin des années 60 (après la vision du port et des dockers d’Elia Kazan en 1954). more »

Traitement des causes ou exploitation des effets ?

C’est un sentiment que j’ai très fréquemment dans le conseil et les services informatiques : bien qu’on ne fasse que parler de “solutions” à des problèmes, la plupart du temps cela se manifeste par une exploitation des effets de ces problèmes, plus qu’une résolution.

Un marché ne résout rien, ce n’est pas son intérêt, il s’attache à exploiter – le plus longtemps possible – un problème. more »

L’instrumentation de la dette publique

Dans l’émission radiophonique Tire ta langue, Alfred Gilde (auteur de : Oui, l’économie en français, c’est plus clair , France Empire, 2013) rappelait que l’expression traditionnelle de “Dette Publique” était peut-être plus judicieuse que celle de “Dette Souveraine” empruntée au monde anglo-saxon .

Qui plus est, si la dette est qualifiée de “souveraine” elle montre du doigt que la puissance publique est endettée et que, donc, elle perd économiquement sa souveraineté.

Paradoxe : la dette dite “souveraine” ne fait qu’exprimer et mesurer l’importance de la perte de souveraineté. more »

21 Mar 2013, 12:07
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L’hypercriticité numérique de la France

equilibre

La France a de grandes opportunités dans le numérique : la couverture haut débit via le dynamisme et la maturité des acteurs Telecom, la puissance de calcul et les compétences en génie logiciel, une population qui utilise intensivement les technologies relationnelles, mais il lui manque pourtant cette pièce maîtresse dans sa configuration industrielle : l’infrastructure industrielle du numérique, le stockage des données, c’est à dire les datacenters, ces usines de l’économie numérique.

Le climat tempéré couplé au prix de son énergie, qui sont deux facteurs de choix dans l’implémentation de datacenters, n’y font rien. La fiscalité pousse les industriel du digital à aller vers d’autres territoires européens.

Ce qui fait que la France est dans une situation hyper-critique, c’est qu’elle a toutes les cartes en main, sauf une. Du coup, les infrastructures sur lesquelles elle a investi (les infrastructures de transport du numérique) servent à délocaliser encore plus rapidement les données qu’elle produit (aspirées par les infrastructures de transfert du numérique). C’est ce qui explique le caractère éminemment critique de notre situation nationale et européenne : la France exporte ses données aux US, elle alimente en data les industries américaines du numérique. A l’image de la balance commerciale, la balance des data est extrêmement et dangereusement déficitaire.

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Pourquoi l’économie numérique est-elle en dehors des radars des politiques économiques ?

Le numérique : programmes, réseau et données.

Il apparaît aujourd’hui évident que les enjeux du numérique s’articulent autour des données. Si l’on parle d’ingénierie numérique, il faut donc dire qu’il s’agit du Stockage, du Traitement et du Transfert des données (data). Dans les “Computer Sciences”, ce focus sur les data dans les questions d’architecture logicielle a été pris très au sérieux dans la thèse de Roy Fielding en 2000 :

“As noted above, the presence of data elements is the most significant distinction between the model of software architecture defined by Perry and Wolf and the model used by much of the research labelled software architecture . Boasson criticizes current software architecture research for its emphasis on component structures and architecture development tools, suggesting that more focus should be placed on data-centric architectural modeling. Similar comments are made by Jackson.”

Si la bascule s’est faite dans le domaine de l’ingénierie à la fin des années 90, puis dans le domaine industriel dans les années 2000, elle reste à faire dans le domaine des politiques économiques.

Une économie industrielle en dehors des radars de la puissance publique.

lunettes

Les questions numériques sont donc indexées sur celles des données numériques, or celles-ci, en raison de leur granularité et de leur mobilité portée par des industries du transfert (il y a des flux de données numérique en économie comme il y a des courants sous-marins intercontinentaux dans le domaine environnemental), et bien qu’elles redéfinissent notre milieu et notre environnement, sont paradoxalement en dehors des radars de la puissance publique, et pas seulement en France. more »

Remarques sur le rapport Colin & Collin sur la Fiscalité du Numérique

La question de la fiscalité met sous tension les questions numériques

Les questions relatives à la fiscalité et au droit ont une vertu évidente dans un discours sur le numérique : elles mettent sous tension ce que l’on sait, ou croyait savoir, du numérique. Réfléchir au droit du numérique où à la fiscalité du numérique offre des angles d’attaque qui permettent de hiérarchiser à la fois les questions, mais aussi de problématiser le numérique, évitant de la sorte les discours sans perspective ni dimension critique.

Avec le rapport Colin & Collin (PDF de 6 Mo) sur la fiscalité du numérique, cette tension a de toute évidence portée ses fruits et nous bénéficions à présent d’un texte de référence qui déborde largement les questions de fiscalité.

Profitons de cet appui pour commencer la discussion et y apporter un regard critique, non sans en avoir souligné auparavant sa grande qualité et sans rappeler que sa lecture n’est pas facultative. more »

Investir dans l’économie de la contribution

Contribution de Bernard Stiegler au mouvement Alter Summit lors du forum Firenze.

25 Sep 2012, 8:39
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Jacques Sapir sur les impasses de la politique économique européenne

Une vidéo signalée par Claude dans laquelle Jacques Sapir résume l’ensemble des points qu’il développe et explique dans ses publications et les médias depuis le début de l’année.

A propos de “L’âge de la Multitude”

L’âge de la multitude a fait l’objet d’une récente polémique suite à la critique de Dominique Boullier publiée sur Internet Actu. Les auteurs, Henri Verdier et Nicolas Colin ont chacun répondu à cette critique, et Dominique Boullier s’est fendu d’une réponse aux réponses.

Très méfiant en ce qui concerne les publications sur le “Numérique”, la polémique m’a toutefois incité à aller voir par moi-même. J’ai donc lu le livre et je dis tout de suite qu’il mérite une lecture.

Je ne vais pas ici faire une étude de texte détaillée, et vais me contenter de quelques  remarques. more »

Quelle intelligence pour les réseaux énergétiques ?

Dans le cadre de la transition actuelle vers une économie de la contribution, Ars Industrialis a posé que la dynamique de cette transition reposait sur des logiques déprolétarisantes (plus de pertes de savoir) qui passent par des comportements contributifs. Cette économie de la contribution est possible parce que l’infrastructure du numérique le permet.

Or, se pose la question que personne ne peut éviter dès lors qu’il s’agit d’un problème d’économie industrielle : quelle politique énergétique ? Et, plus précisément, y a t il un mode contributif des réseaux énergétiques à l’image de ce que l’on constate avec internet ? more »