Langage, parole et écriture

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Que la parole et le chant relèvent du domaine de l’audition, cela va de soi. Mais ces mêmes paroles et chants relèvent également d’un autre régime qui est celui de l’écriture et, donc, également de la vision.

La parole s’entend et se voit certes, mais alors il faut également rajouter qu’elle se sent et se touche aussi, comme avec l’écriture en braille. more »

Le lettré chinois est un chamane

Il est toujours délicat de parler de “lettrés” chinois quand on sait qu’il n’y a précisément pas de lettres dans l’écriture chinoise.

Aussi, tous les éclairages que produit Sylvain Auroux dans “La révolution technologique de la grammatisation”, quand il met en lumière le processus de constitution des grammaires et des vocabulaires de la langue qui s’écrit en spatialisant la parole grâce au découpage des mots en une suite finie de lettres – ces processus de grammatisation qui sur-déterminent largement notre philosophie et nos modes de pensées – tous ces éclairages donc, deviennent “lettre morte” quand on porte notre regard vers l’empire du milieu.

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Votre travail est-il “scalable” ?

Cal signed my fish book

Dans son Cygne Noir, Nassim Nicholas Taleb se souvient du conseil que lui donna un étudiant, lors de ses études supérieures à Wharton : de “choisir une activité professionnelle “scalable” (ou sans plafonnement visible)”.

“Scalable” est un terme décidément étrange et plus que jamais d’actualité à l’heure du numérique en réseau. “Scalable” signifie “qui peut passer à de très grandes échelles” mais aussi “qui peut bénéficier d’un effet de levier important”.

L’eldorado : un effort minimal pour un bénéfice maximal, et pas de limites structurelles sur de très grandes échelles. Plus on gagne : plus on gagne encore plus. Un tourbillon ascendant qui nous enivre tant il nous fait tourner la tête. more »

31 Déc 2012, 11:38
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La grammaire cinématographique de l’art pariétal

Les travaux du préhistorien français Marc Azéma marquent une étape importante dans les études sur l’art pariétal, au moins autant que ceux de Leroi-Gourhan en son temps (et qui remettent en question certaines des hypothèses de son illustre prédécesseur).

Son dernier ouvrage, “La préhistoire du cinéma” est un condensé de ses thèses, accompagné d’un DVD, qu’il ne faut louper sous aucun prétexte. more »

18 Sep 2012, 10:11
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Le passage au clavier tactile

J’ai longtemps apprécié les claviers avec une sensation de touche mécanique, j’ai encore le souvenir des claviers IBM et leur sensation de “frappe” avec lesquels j’étais si bien.

Puis, la pratique des ordinateurs portables devenant quasi permanente j’en suis venu à préférer les touches sur lesquelles on peut glisser de l’une à l’autre sans éprouver le creux entre les touches des gros claviers mécaniques des ordinateurs de bureau. Là aussi, les ThinkPad d’IBM étaient pour moi la référence.

Passé définitivement sous portable Apple en 2003, j’ai du me faire à ses claviers où la sensation d’enfoncement des touches était largement gommée ; c’était frustrant au début et puis, finalement, je m’y suis fait.

Il m’est arrivé plusieurs fois d’arriver chez un client qui me propose un poste de travail avec un ordinateur de bureau pour travailler ; aujourd’hui c’est tout simplement devenu impossible, je ne sais même plus utiliser ces gros claviers, et la vue de certains ordinateurs n’évoque en moi aucune nostalgie, surtout s’il faut réellement les utiliser.

Aujourd’hui, je crois que je suis prêt à me passer d’un clavier classique (j’entends par là un clavier à part avec touches qu’il faut presser) et à basculer sur un clavier numérique tactile d’une tablette. more »

10 Juil 2012, 9:28
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Généalogie d’un lecteur (4) : un jardin de lectures

Suite de la note Généalogie d’un lecteur (3) : car lire, c’est se soumettre à l’écriture

“Le texte que l’on appelle présent ne se déchiffre qu’en bas de page, dans la note ou les post-scriptum”.

Derrida. Freud et la scène de l’écriture, L’écriture et la différence, Éditions du Seuil. Points (1967) p. 314.

Et il faudrait même aller plus loin en disant que le texte se déchiffre non seulement à partir des appareils critiques, mais également dans une relation avec l’ensemble des oeuvres existantes, voire avec l’ensemble des livres pouvant être écrits pour saluer le travail de mise en abîme de Jorge Luis Borges dans sa nouvelle La bibliothèque de Babel.

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Lire n’est pas voir

Il y a une forme de prétention de l’écriture à vouloir s’écrire phrase après phrase. Comme si chaque nouvelle phrase ajoutait quelque chose, comme s’il y avait nécessairement une progression alors que, souvent, on revient en arrière, on pratique des chemins de retour qui peuvent faire que la dixième phrase sera peut être une introduction à la première. “Une introduction a posteriori“, expression qui fait exploser la temporalité de la progression linéaire suscitée par la succession des mots. more »

3 Juil 2012, 1:45
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Généalogie d’un lecteur (3) : car lire, c’est se soumettre à l’écriture

Suite de Généalogie d’un lecteur (1) et Généalogie d’un lecteur (2).

D’un train de lectures successives à un jardin de lectures croisées ; je passais d’une pratique séquentielle dans la lecture des livres à une pratique où plusieurs livres étaient lus en parallèle. Je commençais à acquérir ces pratiques de lectures multiples grâce à l’utilisation des techniques de délinéarisation (annotation) qui m’ont permis de “prendre du recul”.

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1 Juil 2012, 5:39
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Généalogie d’un lecteur (2) : L’écriture du lecteur

Suite de la note Généalogie d’un lecteur (1) : l’autonomie de la lecture


Probablement induit par le type de livres que je lisais (des essais et pas de romans), le simple acte de lecture a dû composer avec une pratique d’annotation. Une double pratique pour être exact, d’une part du surlignage, des flèches, des croix, etc. et d’autre part quelques mots placés en marge comme des étiquette. more »

Métadonnées et “teaser” sumérien

Un bel exemple d’éditorialisation sumérienne, avec utilisation des métadonnées ainsi que d’un teaser, trouvé chez Pascal Quignard :

“Une tablette lexicale provenant d’Uruk et datant du I° millénaire avant Jésus-Christ porte en bas de la surface d’argile un colophon mentionnant le nom du scribe, le titre de l’oeuvre (c’est à dire les premiers mots de l’oeuvre), le numéro de la tablette, le nombre de lignes qu’elle contient et les premières lignes de la tablette suivante (leur “réclame”), enfin la place où elle doit être rangée dans la bibliothèque de l’Eanna (i.e. le grand temple d’Uruk).” Petits traités, Tome 1, p. 379.