Demain, dans vos agendas

agenda

N’y a t-il pas là un paradoxe : dans nos activités et nos projets, des comités se réunissent selon une fréquence calendaire qui est cosmique, or en quoi est-ce pertinent de se caler sur le mouvement des astres pour décider de la date et de la fréquence des réunions de ces comités ? Pourquoi caler arbitrairement un comité de pilotage tous les lundi de chaque semaine si l’activité à piloter n’en a réellement besoin que tous les 10 jours ? Et probablement que cette fréquence peut elle-même varier. Le fait qu’une réunion de comité se fasse la journée, quand le soleil brille, et pendant les heures de travail, cela chacun en comprendra la pertinence. Mais pourquoi caler ces réunions sur ce découpage du temps que représente le calendrier : la journée, la semaine, le mois, etc.? more »

Google ne sait rien sur moi

Confidentialité & traitement algorithmique.

Dans les débats sur la confidentialité à l’heure du digital, on peut souvent entendre des phrases du genre :

“[Google | Amazon | Facebook | Apple ] en sait plus sur vous que vous-même”.

Il me semble que ce genre de propos est incorrect : Google, que je prendrai pour exemple, ne sait rien sur moi.

Car de qui parle-t-on quand on  dit que Google “sait” quelque chose sur moi ? Y a t il quelqu’un chez Google regarde ce que je fais ? Non. more »

Le devenir algorithmique (4) : les jeux d’écriture

Dans une précédente note sur les première pratiques scripturales dans les activités de commerce et de transactions économiques, je rappelais que, avec l’invention de la monnaie, une figure avait émergée en la personne du « changeur », qui évolua lui-même vers la fonction du “banquier” quand il se mit à faire « travailler » la trésorerie générée par son activité de change. Cette nouvelle activité lui imposa d’inventer de nouveaux jeux d’écritures, des écritures comptables.

Si « Jeux d’écriture » renvoie aujourd’hui à des jeux pour l’apprentissage de l’écriture dans les moteurs de recherche web, l’expression est également un euphémisme pour désigner des malversations comptables et financières. En ce dernier sens, le jeu d’écriture est perçu comme un tour de passe-passe potentiellement frauduleux.
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Les enjeux de la grammatisation des relations

(Les illustrations sont de Pavel.K, dessinateur, caricaturiste et illustrateur, que je remercie chaleureusement pour son travail)

Motivations

Je ne vais essayer de faire qu’une seule chose dans ce texte, commenter et expliciter la phrase suivante :

” les technologies relationnelles produisent des relations grammatisées “

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Au sein d’Ars Industrialis, nous avons à plusieurs reprises souligné l’importance du processus de grammatisation :

La grammatisation est un processus de description, de formalisation et de discrétisation des comportements humains (voix et gestes) qui permet leur reproductibilité. Grammatiser, c’est isoler des grammes et des graphes (éléments constitutifs en nombre finis formant un système). Grammatiser c’est donc discrétiser un signal et de ce fait pouvoir le reproduire.  Par exemple, je peux discrétiser la langue avec une trentaine de signes diacritiques : les lettres de l’alphabet. L’alphabet permet de retranscrire n’importe quelle langue du monde dont il accomplit la discrétisation littérale.

Le concept de grammatisation permet de définir des époques et des techniques qui apparaissent et qui ne disparaissent jamais (en aucun cas l’informatique ne fait disparaître la lecture et l’écriture, c’est au contraire une archi-lecture qui change les conditions de la lecture et de l’écriture).

Nous avons également rappelé qu’après la grammatisation de la parole (écriture) puis geste (machine outils), nous en étions actuellement au stade de la “grammatisation des relations”, chacun ayant en tête le phénomène des réseaux sociaux (fonctions de partage, de collaboration et de communication) de ces dernières années. C’est cette “grammatisation des relations” qui est l’objet du groupe de travail sur les technologies relationnelles.
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1 Nov 2009, 8:40
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Le devenir algorithmique (3) : l’invention de l’hypothèse

Ce que je recherche, c’est l’apparition d’un discours hypothétique. Apparition qui, par la force des choses, ne peut apparaître que comme texte hypothétique (qui celui-ci soit philosophique, mathématique, voire poétique.)

Historiquement, il semble impossible de comprendre la genèse de la géométrie grecque sans garder à l’esprit que ce sont des « problèmes » qui ont suscité son développement. On peut, par exemple, penser aux problèmes pratiques que se posait Thalès en voulant mesurer la hauteur des pyramides égyptiennes. Pas de mathématiques, et plus encore de géométrie, sans problèmes. Dans l’antiquité, on peut distinguer deux types de problèmes :

  • les problèmes pratiques : mesurer la hauteur des pyramides égyptiennes, déterminer les parcelles à cultiver après les crues du Nil (dont la tradition veut que ce trouva là l’origine de la géométrie).
  • des problèmes plus théoriques en ce sens qu’ils ne sont plus directement et immédiatement rattachés à des cas concrets : quadrature du cercle, incommensurabilité de la diagonale du carré à ses côtés, etc.

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Assez d’esprit pour remplacer les hommes

Adolphe Blanqui fit le voyage en Angleterre, comme de nombreux économistes français du début du 19° siècle,  pour comprendre le miracle de l’industrie anglaise.

Il publiera ainsi son “Voyage d’un jeune Francais en Angleterre et en Ecosse, pendant l’automne de 1823” dans lequel il écrit avoir été le plus surpris devant :

“les machines merveilleuses auxquelles on est parvenu à donner assez d’esprit pour remplacer les hommes” p.80

Cette citation, rapportée par Bertrand Gille dans ses Recherches sur la formation de la grande entreprise capitaliste est à la fois frappante de naïveté et en même temps très juste. Cet “esprit qui remplace les hommes” n’est autre qu’une manifestation de l’algorithme qui, en coordination avec la grammatisation, commence à engrammer les gestes.

Le devenir algorithmique (2) : connaître l’inconnu

Dans le devenir algorithmique (1), j’ai indiqué pourquoi Platon, au moment du Gorgias, avait abandonné la méthode élenctique pour introduire des pratiques qui proviennent essentiellement des mathématiciens pré-socratiques. Le discours philosophique ne peut plus se contenter d’une apparence de vérité reposant sur des opinions vraies qui ne se contredisent pas ; il s’agit à présent d’enchaîner les idées entre elles pour produire de la science et des idées stables.

Une des méthodes mathématiques en question repose sur l’utilisation des hypothèses dans l’argumentation. Le terme d’hypothèse est protéiforme à cette époque, et il nous faudra en proposer une cartographie, mais on peut être scolaire en la matière et commencer par rappeler que l’hypothèse désigne mot-à-mot de ce qui se tient sous la thèse. La thèse étant à la fois ce qui se tient debout, qui est stable et, par extension, le propos que l’on soutient en public.

Mais pourquoi Platon doit-il en passer par l’utilisation d’hypothèses dans son discours ?
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Le devenir algorithmique (1) : quand Platon rencontre les mathématiques

Par “devenir algorithmique” j’entends tout d’abord une grille de lecture qui me permet d’appréhender l’évolution de la pensée et des savoirs. Le champ de la connaissance est en effet si vaste que nous devons tous nous forger nos méthodes et nos outils pour pouvoir l’explorer sans pour autant nous y perdre irrémédiablement.

Je précise tout de suite que l’algorithme que l’on trouve dans l’expression “devenir algorithmique” n’est pas exactement celui dont on parle quand on évoque la science mathématique des algorithmes, en la faisant remonter au savant arabe Al Khuwarizmi qui lui a donné son nom.

J’ai d’ailleurs déjà publié une note qui introduisait à la question du devenir algorithmique, note que je vous invite à consulter avant de poursuivre votre lecture. Mais, à présent, je souhaite aller plus en profondeur, quitter le champ des intuitions et me mettre “au travail”, comme on dit.
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Le juste prix

Il y a une tendance qui n’a certainement échappé à personne, c’est la complexité croissante, je ne dis même plus du prix mais du système tarifaire des produits et services. C’est d’ailleurs une remarque que m’a faite Yves Marie Pondaven à propos de l’aberration de certaines politiques tarifaires dans l’IT. Il est vrai que, dans le milieu de l’informatique, on est plutôt bien servis.

J’ai arrêté d’essayer de comprendre les mécanismes de CAL de Microsoft ou encore les systèmes modulaires et les options de SAP. De toute façon on se trompe toujours, à croire que ceux qui réfléchissent aux tarifs chez les éditeurs doivent se dire :

“si quelqu’un comprend mon mécanisme tarifaire, c’est qu’il n’est plus bon et qu’il est temps d’en changer”.

Tout est fait pour qu’il n’y ait pas de comparaison possible avec d’autres produits ou services, car une marque tend à vouloir se rendre incommensurable avec les autres marques. D’ailleurs, l’ensemble de la stratégie marketing est bien souvent guidée vers la recherche d’un avantage compétitif singulier et différenciant. Dites à un éditeur de logiciel qu’il est en concurrence avec un autre et il vous répondra que non, il est sur un positionnement différent, et que ce n’est pas comparable, etc.
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Le devenir algorithmique

Le processus de grammatisation décrit par Sylvain Auroux n’est pas à proprement parler le même que celui dont se sert Bernard Stiegler.
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