La grammaire cinématographique de l’art pariétal

by Christian on 31 décembre, 2012

Les travaux du préhistorien français Marc Azéma marquent une étape importante dans les études sur l’art pariétal, au moins autant que ceux de Leroi-Gourhan en son temps (et qui remettent en question certaines des hypothèses de son illustre prédécesseur).

Son dernier ouvrage, “La préhistoire du cinéma” est un condensé de ses thèses, accompagné d’un DVD, qu’il ne faut louper sous aucun prétexte.

Ce que montrent les travaux de Marc Azéma, c’est que les peintures rupestres ne sont pas de simples amas de figures animales. Ce ne sont de pas simples fauves, bouquetins et autres bisons qui sont représentés : plus qu’une représentation, c’est d’abord une narration.

Philippe Sohet (2007) avait défini les conditions pour une narration iconique :

  • de la figuration, au sens ou il y a de la représentation analogique
  • de la co-relation, il y a une organisation des éléments figurés (art de la composition dans l’espace, de la mise en scène ) ;
  • de la consécution, en tant que relation non plus spatiale mais temporelle
  • de l’intrication plus ou moins poussée, qui articule le spatial et le temporel de la figuration.

Marc Azéma démontre, exemples à l’appui, la richesse des narrations iconiques dans l’art pariétal. Il y a donc une forme de grammaire cinématographique dans l’art pariétal. On peut y lire l’invention de la scène, du plan  séquence, du contre champ, de l’hors champ. On peut également y découvrir l’utilisation d’une convention graphique, la synecdoque, qui consiste à ne représenter qu’une partie d’une action pour l’évoquer dans sa globalité.

Les scènes que décrivent les peintures rupestres se lisent de manière non univoque : parfois de gauche à droite, parfois de droite à gauche, parfois de manière concentriques, parfois en forme de zig-zag, et parfois même sur plusieurs parois en contrechamp.

A côté de cet art de la mise en scène, on découvre également l’invention d’images animés, ou le mouvement est décomposé soit de manière séquentielle et juxtaposée comme dans une fresque, soit en multipliant les positions autour d’une seule figure animale.

Le travail d’animation qui est ensuite fait par Marc Azéma à partir de cette “pellicule rupestre “ est à la fois stupéfiant et émouvant. On a la sensation de regarder un film dont nous avions la pellicule depuis plus de 30 000 mais que nous commençons à peine à apprécier : que le spectacle commence !

Entretien vidéo sur arte :

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Sarro Philippe janvier 3, 2013 à 9:57

J’ai été voir la très belle exposition internationale Lascaux III à Cap science à Bordeaux en cette fin d’année.
Effectivement devant les fac-similé des peintures de la grotte on a l’impression de se trouver face à un écran de cinéma et de voir des animaux qui n’animent. J’ai d’ailleurs posé la question au guide qui a confirmé et il a montré et souligné les aspects qui donnaient cette impression: par exemple 2 têtes de cheval dessinées l’une sur l’autre mais qui ne pointent pas dans la même direction idem pour une queue de bison. Ou alors 5 têtes de cerfs dessinées l’une après l’autre mais chaque fois décalés un peu vers le bas comme si c’était le même cerf emporté par une rivière mais pris à des instants différents.
http://www.cap-sciences.net/pageseditos,426,left_7483C271.html

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Sarro Philippe janvier 3, 2013 à 10:14
Marc Tirel janvier 5, 2013 à 6:40

Merci Christian,

A ce sujet il faut voir les travaux de Michel Skyro qui je trouve sont encore plus étonnant :
http://www.youtube.com/chann/UCtjhuE2Pk_maVTmxD5wZExA

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HAO janvier 6, 2013 à 5:48

Dommage, le lien ne marche déjà plus !

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Christian janvier 6, 2013 à 4:15

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