Confidentialité & traitement algorithmique.

Dans les débats sur la confidentialité à l’heure du digital, on peut souvent entendre des phrases du genre :

“[Google | Amazon | Facebook | Apple ] en sait plus sur vous que vous-même”.

Il me semble que ce genre de propos est incorrect : Google, que je prendrai pour exemple, ne sait rien sur moi.

Car de qui parle-t-on quand on  dit que Google “sait” quelque chose sur moi ? Y a t il quelqu’un chez Google regarde ce que je fais ? Non.

Quand je recherche “Voyage en Corse” dans le moteur de recherche puis que je clique sur une pub contextuelle d’une agence de voyage pour acheter un séjour en Corse et que je fais effectivement ce voyage, personne ne sait chez Google que j’ai fait ce voyage : il n’y a pas quelqu’un chez Google qui s’est dit :

“Tiens , tiens, que va-t-il faire en Corse ?”

Personne ne me connaît chez Google : je n’interagit qu’avec des automates algorithmiques qui traitent mes requêtes et exploitent mes données sans qu’aucune conscience individuelle ne m’observe.

En ce sens, la confidentialité de mes données n’a pas été trahie tant qu’elle ne fait qu’être traitée par des automates qui ne modifient pas le statut “non-public” de mes données.

Par contre, quand les automates de Google utilisent mes données et mon profil  pour recommander publiquement des produits ou des services, il y a alors publication ( au sens de rendu public) de mes informations personnelles, et cela constitue une violation du statut de confidentialité.

Il n’y a donc pas de problème de confidentialité tant que mes données sont traitées pour et par des automates algorithmiques. Dans la chaîne de traitement, il n’y a pas de problème tant qu’il n’y a pas de publication qui permette à un individu (“amis” ou pas) de voir ce qui s’est passé dans mon intimité avec les algorithmes de Google .

Je suis tout à fait d’accord que la collecte des données personnelles et les politiques de confidentialité posent d’énormes problèmes, et c’est la raison pour laquelle il faut être précis en évitant d’alimenter le débat avec des arguments du type “Google sait tout” ; ce sont des raccourcis trompeurs car Google ne sait rien sur moi, Google ne me connaît pas.

Mais si les GAFA ne savent rien sur moi et ne me connaissent pas, en revanche, l’accumulation de mes données personnelles manipulées par ces automates créée un potentiel de perte de confidentialité énorme, à l’occasion d’une fuite, d’un espionnage, un bug, …. Cette accumulation rétentionnelle devient alors une bombe virtuelle qui est proportionnelle au volume de données et à leur durée de rétention par les automates.