Quelle filière industrielle pour la numérisation du patrimoine ?

Le contexte de la consultation sur le Grand Emprunt

La cacophonie et la mécompéhension autour du grand emprunt, et plus précisément sur le volet numérisation, font qu’on est actuellement dans une situation de crise, au sens propre du terme : quelque chose va se décider.

Au départ, c’étaient 150 millions qui devaient être alloués aux institutions pour qu’elles puisse poursuivre et accélérer les projets de numérisation ; au final ce ne sont plus que des montants de prêts (donc remboursable avec intérêts) pour favoriser la mise en place d’une filière industrielle du numérique, basée sur des partenariats publics/privés.

On sait que l’actualité de la crise économique de ces derniers mois a certainement beaucoup favorisé la formulation très libérale de la consultation publique (le développement du “machin numérique”) lancée par le secrétariat de la prospective et du développement de l’économie numérique. De plus, dans le cadre d’une période d’austérité et de restrictions budgétaires importantes dans les dépenses de l’état, le grand emprunt devient un dossier beaucoup particulièrement épineux pour le gouvernement : difficile de dire “on fait les valises et on rentre” après avoir fait de la relance par l’innovation un axe important de la stratégie française.

Deux tentations s’opposent donc entre celle du ministère de la culture et celle du ministère des finances : le premier veut continuer à croire à la nécessité d’une politique culturelle tandis que le second tente de radicaliser les choix qui devront être faits sur la base exclusive du principe de rentabilité. Il n’y a donc plus de consensus au sein même du gouvernement sur l’avenir du grand emprunt, et les différentes institutions qui doivent participer à la solution (BnF, Bibliothèques Municipales, INA, IRCAM, Cinémathèque, Cité des Sciences, Archives, Musées, etc.) ne comprennent plus la règle du jeu, qui semble par ailleurs changer chaque jour en ce moment.

La vision qui est présentée ici est une tentative de réponse à la consultation publique sur le volet numérique. Elle a l’ambition de sortir par le haut des apories dans lesquelles la question de la numérisation du patrimoine dans le cadre du grand emprunt se retrouve aujourd’hui.
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Grand emprunt : développement du “machin numérique”

La semaine dernière, le “secrétariat d’état chargé de la prospective et de l’économie numérique” a publié une consultation publique qui s’inscrit dans le cadre du grand emprunt, décidé par le président de la république. Il s’agit d’une consultation qui s’adresse à tout le monde (on peut télécharger la consultation sur le site ministériel de la prospective), et même le simple citoyen peut y répondre.

Maintenant que l’état a annoncé qu’il souhaitait investir plusieurs milliards sur l’économie numérique, ne reste donc plus qu’à connaître les modalités de cet investissement. On sait qu’environ 75% des budgets investis par l’état le seront sous forme de prêts (remboursement avec intérêt à la clé) et 25% sous forme d’avance remboursable ou de subvention. De plus, les structures de partenariat public-privé sont de mise pour constituer des “filières industrielles” dans l’économie du numérique.

Filières industrielles, grand emprunt, partenariats public-privé, modèles d’affaire à inventer, structures juridiques et montages financier à imaginer, etc. Si certains pensaient que le grand emprunt serait simple, je crois qu’ils vont être douchés. On a à faire à ce que De Gaulle appelait un “machin” (expression qui aurait été utilisé en septembre 1960 à propos de l’ONU), un “machin numérique” en l’occurrence.
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Sur la “coopérative politique” de l’Appel du 22 mars

Daniel Cohn-Bendit a rendu public, au soir du deuxième tour des régionales 2010, son Appel du 22 mars. Ce petit texte est vraiment intéressant, contrairement à ce à quoi les partis politiques nous ont habitués (çà s’appelle la misère), aussi je propose d’en faire une lecture commentée et critique.

Daniel Cohn- Bendit (DCB) commence par souligner les succès de Génération Écologie aux deux précédentes élections (Européennes et Régionales) et place immédiatement le motif de son appel sous l’injonction à consolider le mouvement de l’écologie politique :

“… la consolidation est une nécessité absolue”

L’enjeu est de sortir le mouvement de la menace que représente une dissolution portée par les “petits intérêts particuliers”, les “jeux de pouvoir” ou encore “la folle tempête des égos en compétition”.

Comment structurer le mouvement de l’écologie politique ?

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Misère des politiques économiques : tabac, alcool, jeux, essence … et internet

Chacun se souvient de la déclaration d’impuissance de François Mitterand :

“Pour le chômage, on a tout essayé”

Jean Marc Daniel rappelle à ce propos l’incapacité structurelle des économies politiques depuis des décennies :

Feu le président Mitterrand était accusé d’avoir une culture économique limitée. Lorsque, agacé, il voulait montrer que finalement il en savait autant que bien des experts, il déclarait avoir parfaitement assimilé que la politique économique se résumait en trois mots : « essence, tabac, alcool ». Il racontait en effet avoir constaté, tant comme ministre de la IVe République que comme président de la Ve, qu’après de longs développements les hauts fonctionnaires du ministère des Finances, quels que soient leur degré de connaissances économiques et leurs prétentions affichées en la matière, finissaient toujours par déclarer que la solution aux problèmes de l’heure passait par un redressement budgétaire, qui lui-même passait par une augmentation des prix de l’essence, du tabac et de l’alcool…

Dès qu’il est question de budget pour mener une politique économique, la réponse à toujours été la même depuis l’invention de l’économie politique :

En 1786, William Pitt, le futur adversaire de Napoléon qui mourut du chagrin que lui provoqua Austerlitz, demanda des conseils à Adam Smith. Ce dernier lui recommanda d’équilibrer le budget et pour ce faire d’augmenter les taxes sur le tabac, l’alcool et les transports…

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L’administration Obama met sa stratégie IT au coeur de sa nouvelle politique

Un document de la maison blanche souligne la volonté de l’administration Obama d’utiliser “la puissance des technologies de l’information pour transformer le gouvernement fédéral”. Deux grands axes sont présentés : le gouvernement 2.0 et la recherche d’efficacité via l’innovation dans l’infrastructure du numérique.

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27 Avr 2009, 10:00
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Le gouvernement du délire

L’enfant Nicolas ne comprend la politique que comme un acte performatif. Il prend l’opinion à partie en proférant des lois, de nouvelles lois. Peu importe qu’elles ne soient pas applicables ou liberticides (HADOPI), qu’elle fassent doublon avec les lois existantes (pénalisation des bandes mafieuses). L’essentiel consiste dans l’effet d’annonce, dans le dire performatif d’une volonté qui, hélas, délire.

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11 Avr 2009, 11:39
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Mètis à l’assemblée nationale

Stupeur à l’assemblée nationale Jeudi 9 avril dernier : alors que tout semblait joué d’avance concernant le projet de loi HADOPI, “des actes de flibuste” de la gauche, qui consistent à “cacher des parlementaires et à ne les faire entrer dans l’hémicycle qu’une fois le vote appelé  (propos de M. Karoutchi) ont permis de rejeter le projet de loi.

26 Fév 2009, 9:51
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Un commentaire de texte du discours de Nicolas Sarkozy du 22 Janvier 2009

Voici un document que m’a fait parvenir un ami. Il s’agit d’un commentaire de texte du discours de Nicolas Sarkozy à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation, prononcé le 22 janvier 2009.

Le Texte est d’Antoine Destemberg, Université Paris I.

25 Fév 2009, 8:10
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Le chemin neurologique de la vicariance

Parlant de la peur dans son dernier ouvrage intitulé La raison assiégée, Al Gore s’appuie sur les travaux de neurologistes pour rappeler que la peur est “programmée” dans le cerveau – notamment au niveau de l’amygdale – pour déclencher des réactions rapides.

Quand Al Gore parle de la “raison” il comprend les processus “plus subtils qui donnent la capacité de prévoir l’apparition de menaces avant qu’elles ne deviennent urgentes et de faire la différence entre celles qui sont légitimes et celles qui sont illusoires”. Contrairement aux mécanismes de la peur, le recourt à la raison nous ouvre une temporalité qui nous permet d’anticiper, c’est à dire d’évaluer, de juger et de porter un regard critique. Cependant, cette capacité à conceptualiser la menace plutôt que de se contenter de la percevoir ouvre la porte à la possibilité bien réelle de conceptualiser des menaces imaginaires.

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