Le cloud computing est nécessairement du green computing

by Christian on 15 janvier, 2009

Un article du Monde (qui a proposé ces derniers mois de très bons articles sur le cloud computing) Lilian Alemagna rapporte un début de polémique suite à une sur-interprétation dans un article du Times des résultats des travaux de recherche de l’Université de Harvard. Alex Wissner-Gross qui semble-t-il était à l’origine de l’étude à Harvard déclare :

« Le Times nous a attribué à tort le chiffre de 7 grammes de CO2 émis par requête Google. Dans notre étude, nous nous sommes concentrés exclusivement sur l’ensemble des sites Internet et nous avons constaté, qu’en moyenne, une visite sur un site traditionnel émet 20 grammes de CO2 par seconde. »

Ce chiffre de 20 grammes de CO2 doit en fait énormément varier selon que l’on charge la page d’accueil de Google qui fait quelques kilo-octets ou d’autres pages plus lourdes.

Petite perle au passage, repérée par Yves Marie Pondaven : dans la page des résultats de Google, faîtes un « clic droit » puis « afficher l’image » du logo de Google et vous devriez voir l’image du logo de Google mais cette fois-ci dans sa totalité. Ce qui en dit long sur la stratégie du moteur de recherche pour faire converger « liste de résultats » et » liste de course ou d’achat ».

Mais revenons à nos consommation de de CO2 selon la taille des pages web. Nous en parlions entre collègues aujourd’hui, et j’ai mesuré la taille de quelques pages. Ce qui donne :

  • pour la page d’accueil de Google :
Total HTTP Requests: 2
Total Size: 11460 bytes

Object type Size (bytes) Download @ 56K (seconds) Download @ T1 (seconds)
HTML: 2902 0.78 0.22
HTML Images: 8558 1.91 0.25
CSS Images: 0 0.00 0.00
Total Images: 8558 1.91 0.25
Javascript: 0 0.00 0.00
CSS: 0 0.00 0.00
Multimedia: 0 0.00 0.00
Other: 0 0.00 0.00

  • pour la page d’accueil de mon blog :
Total HTTP Requests: 16
Total Size: 427463 bytes

Object type Size (bytes) Download @ 56K (seconds) Download @ T1 (seconds)
HTML: 36066 7.39 0.39
HTML Images: 348749 71.11 3.45
CSS Images: 0 0.00 0.00
Total Images: 348749 71.11 3.45
Javascript: 37074 8.39 1.20
CSS: 5574 1.51 0.43
Multimedia: 0 0.00 0.00
Other: 0 0.00 0.00

  • pour la page d’accueil du Monde :
Total HTTP Requests: 152
Total Size: 1822661 bytes

Object type Size (bytes) Download @ 56K (seconds) Download @ T1 (seconds)
HTML: 62393 12.63 0.53
HTML Images: 1686942 352.20 24.94
CSS Images: 21167 13.82 9.71
Total Images: 1708109 366.02 34.65
Javascript: 33198 10.02 3.58
CSS: 16992 4.39 1.09
Multimedia: 1969 0.59 0.21
Other: 0 0.00 0.00

Chaque site n’a donc pas la même politique énergétique, si tant est qu’il y en ait une en la matière car il faudrait déjà y être sensibilisé. Mais quand je vois que Got ou Manue changent le design de leur site avec un fond noir pour économiser de l’énergie sur les écrans qui les consultent, on peut penser qu’une responsabilité et une sensibilité à ces questions écologiques des technologies de l’information se diffusent de plus en plus largement.

Toujours est-il que, dans leur blog Officiel, les gens de Google ont très vite réagi à cette article du Times en précisant qu’une requête moyenne sur leur moteur de recherche emettrait en fait 0,2 g de CO2. Ce qui permet également à Google de rappeler son slogan en la matière :

In the time it takes to do a Google search, your own personal computer will use more energy than Google uses to answer your query.

De la même manière, et j’y insiste à chaque fois lorsqu’une entreprise bascule sur les infrastructures de Google, il y a un fort impact sur le bilan énergétique de l’entreprise ainsi que sur la responsabilité de l’entreprise dans la maîtrise de son impact environnemental. Il ne faut pas voir que l’intérêt immédiat du faible coût dans les solutions de Google, mais également les externalités positives.

Quoiqu’il en soit, les choses se complexifient car les logiques de confidentialité et de maîtrise des données vont parfois à l’encontre des valeurs nécessairement écologiques du cloud computing : tentons de faire composer les deux pour trouver de nouvelles alternatives sans les opposer de manière stérile. Cela passe selon moi par l’architecture du hardware, du software et du dataware qui doit intégrer des dimensions écologiques pour apporter de nouvelles valeurs aux systèmes d’informations.

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Paulie janvier 15, 2009 à 1:14

ce serait mieux de donner les chiffres ainsi : en pets de vaches sur un an et pas en grammes de CO2

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PONDAVEN Yves-Marie janvier 15, 2009 à 1:35

et encore Bastien Legras a trouvé des sites qui consomment bien plus pour pas grand chose (TF1, M6 …).

La consommation d’énergies non renouvelables va augmenter (plus de stocks de pétrole, gaz, charbon, uranium) d’ici quelques dizaines d’années.
Ceux qui passeront le mieux les années qui viennent sont ceux qui arriveront a consommer moins d’énergie que leurs concurrents.

Lorsque la pression concurrentielle sera forte, le cout d’évolution sera plus important (la migration nécessitant ressources humaines, capitaux, énergie et qu’elles sont en nombre limités).

Le bilan CO2 mesure d’une certaine façon le degré de dépendance du business a des matières premières qui vont augmenter en raison de lois de la physique ou par nécessite écologie.
Je recommande pour en savoir plus http://www.manicore.com , les vidéos de jancovici entres autres ses cours à l’école des mines(8 heures quand même … ici http://www.ensmp.fr/ingenieurcivil/SitesIC/Balado/Climat_1.html).

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Aurélien janvier 15, 2009 à 4:15

Ces études sont totalement bidon.

L’essentiel de l’énergie que consomme google search est probablement consommée lors de la phase d’indexation (google doit aspirer et analyser tout le web quoi qu’il arrive) par lors de la phase de recherche (ou alors les algos de google ne sont pas du tout efficace).

Donc que l’on fasse une recherche ou pas avec google, l’essentiel de l’énergie a déjà été consommé. Plus l’on fait de recherche plus on diminue la quantité de CO2 consommé par requête.

Par ailleurs je me pose d’autres questions:
– un réseau actif consomme t-il réellement plus qu’un réseau inactif? Cisco et les autres sont-ils déjà passé au green computing? Un routeur en veille consomme t-il quand même de l’énergie comme ma télé?
– Qui a laissé tombé le wifi à la maison parce que ça consomme sans doute plus qu’un réseau filaire?
– Une recherche depuis l’iphone consomme t-elle plus ou moins de CO2 ?
– …

Excellent le coup du logo google.

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ohnerom janvier 16, 2009 à 12:08

vraiment leger, je vois mal comment savoir la part des infos qui sont dans des caches intermediaires ( css, imagee, etc ) et quel cache ( proxy, apache en sortie de l’entreprise , etc …. )
alors pour le calcul generaliser par page …. vraiment de la pifometrie 🙂 et comme le dit aurélien, la part de l’indexation on la mesure comment dans le résultat unique d’une page ? la part d’édition de site de news ( base de donnée, application de gestion, application de publication ), comment on mesure pour le résultat de le home du Monde ?

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Johan Mathe janvier 16, 2009 à 5:36

Je tiens juste à faire un commentaire au regard du fond d’écran noir, car il y a là une énorme imcompréhension de la part de ces deux personnes qui ont mis cette couleur en fond d’écran, si c’est pour un quelconque souci d’économie d’énergie.

Un écran LCD (une majeure partie du marché francais, et ces deux blogs sont écris en francais), a une consommation d’électricité uniforme qu’il s’agisse d’afficher du blanc ou du noir. En effet la matrice a besoin d’autant d’énergie pour allumer tous les pixels, la couleur peut etre vue comme un masquage, et non pas comme une LED éteinte/allumée.

Afficher du noir n’est donc pas meilleur pour l’environnement. Au contraire, je m’explique :

Un site fortement contrasté (écrit en noir sur blanc) permet aux utilisateurs de naviguer sur le net en règlant leur luminosité au plus bas (diminuer la luminosité diminue la consommation d’énergie, car module le courrant apporté à la dalle derrière l’écran LCD).

Pour résumer, plus le web sera clair, moins les contraste/luminosité des écrans auront besoin d’etre élevés, plus on économisera d’énergie.

Johan

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Christian janvier 16, 2009 à 6:16

@ aurélien les données fournies par Google sur le lien que je donne prennent en considération la phase d’indexation

@ Ohneron : j’ai pas tout compris 🙂

@Johan : précision importante effectivement, j’ai appris quelque chose d’utile.

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ohnerom janvier 17, 2009 à 8:31

effectivement, je suis peu clair. Je me demandais juste comment on pouvait calculer le cout en qqs de generation d’une page web, puisqu elle contient des ressources statiques ( css, img ) qui ne change pas et qui sonnt retournées non pas par le serveur interrogé ( ex http://www.google.fr ) mais par des caches intermediaires, voir meme pas demandé puisque le navigateur est le premier cache exploitable par les programmeurs. Et je suppose que google , a aussi des caches de réponses pour les criteres de questions. Donc , ne sont pas utilisées les memes ressources ( ordi, routeur , serveur ) pour faire une page web.

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octobre janvier 28, 2009 à 2:19

pour apporter un petit exemple, mon site web consomme environ 40 watt pour une audience moyenne (10 000 visiteurs jour), le serveur étant environ a 1/10 de sa capacité.
la consommation devrait diminuer dans l’avenir, probablement 20 watt a breve echeance. je ne sais pas par contre quelle quantité de co2 est emise par watt, mais sachant que le site est hébergé en france et que l’énergie est de source nucléaire a 90%, j’imagine que la quantité est négligeable. a priori j’utilise probablement 10 ou 20 fois plus pour me chauffer …. et je me demande si l’approche cloud est si efficace que ça car les serveurs utilisés par ces infrastructures sont très probablement de grosses machines avec des alimentations 2×500 watt voire plus …. si la part minimum est d’1/16 de machine cela nous ramene a plus de 60 watt minimum … les serveurs basse consommation fanless semblent donc eventuellement une meilleure piste pour l’economie d’energie , de meme que les developpements efficients en terme de ressources et l’utilisation de systèmes d’exploitation performants …

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Sarro Philippe septembre 30, 2009 à 4:33

Alain Giffard doit faire une conférence mi octobre à Martillac en Gironde, c’est le lieu où doit être fait une expérimentation à la technopole Montesquieu d’une ferme de capteurs solaires en prévision d’une future centrale solaire dans les Landes.

On pourrait suggérer à Alain Rousset, le Président de la région Aquitaine d’y associer un green data center pour les données publiques. Ce serait un nouveau Point G pour le conseil général de Gironde. Il serait bien entouré par d’un coté la technopole consacré aux biotechnologies et la filière bois, un autre coté par l’aérodrome consacré aux planeurs, un autre par l’Inra et le centtre de vinothérapie (Les sources de Caudalie) et enfin par La Brède ville d’un certain philosophe des Lumières dont la technopole porte le nom. Existe t’il meilleur symbole du passage du temps carbone au temps lumière dont parle Bernard Stiegler, d’autant qu’un célèbre chateau des Graves et de l’appelation Pessac leognan, le chateau Carbonnieux se trouve à proximité, cela ne s’invente pas.

Il est vrai que c’est une région peut être un peu trop chaude pour y installer un gros data center pouvant amener un problème de climatisation et qu’il serait plus judicieux de les installer dans le Nord ou la Normandie comme l’envisage Orange pour son Green IT à Val-de-Reuil, couplé avec des capteurs solaires et climatisation en free cooling. Ou même, comme vous l’avez dit, dans les eaux internationales comme l’envisage Google non seulement pour échapper aux taxes carbone mais aussi en utilisant la force des marées pour l’alimentation et la climatisation.

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Green IT août 18, 2010 à 9:32

Le cloud computing n’est pas nécessairement du green computing comme vous l’affirmez sans le démontrer. au delà de la consommation électrique des serveurs et des systèmes de refroidissement, il faut prendre en compte l’énergie grise (énergie liée à la fabrication, transport, commercialisation et fin de vie) des serveurs, les pollutions et l’épuisement des ressources induits lors de la fabrication, etc. Se concentrer uniquement sur les émissions de CO2 n’a aucun sens. Surtout en France où l’électricité est produite à 80% via des centrales nucléaires.

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Christian août 18, 2010 à 10:20

@ GreenIT « Surtout en France où l’électricité est produite à 80% via des centrales nucléaires. »
-> Manque plus que des data centers en France, alors 😉

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Green IT mai 18, 2011 à 8:48

Non. Je ne suis pas contre des data centers en France. Il faut seulement arrêter de faire croire aux entreprises que le cloud computing est « green ». La mutualisation est intéressante d’un point de vue économique et écologique. Mais on note un effet rebond : l’entreprise qui opérait son centre informatique en tier-1 va exiger du tier-3 ou 4 pour le cloud computing. La redondance du circuit de distribution électrique, de la clim, etc. vont nécessairement impacter l’empreinte écologique.

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Green IT novembre 15, 2012 à 10:47

Si la mutualisation des ressources informatiques réduit l’empreinte écologique en théorie, le choix de la source d’énergie alimentant le nuage et les ordinateurs qui y accèdent est prépondérant.

Démonstration avec le service de messagerie en ligne GMail de Google ici : http://www.greenit.fr/article/logiciels/le-cloud-computing-nest-pas-ecologique-4614

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Pascal Kotté octobre 29, 2016 à 10:13

Le numérique est un Pharmakon: C’est un poison, qui apporte ses propres médicaments.
Le Cloud a la possibilité de devenir « Green », on peut le faire, via une sensibilisation des usagers, mais surtout en faisant payer le vrai prix des ressources consommées, au lieu de cette fuite en avant vers le gratuit et la sur-consommation…
Ainsi, déporter toutes ses archives d’emails, chez Gmail ou Hotmail (Outlook.com) est un acte green-killer, et je plaide coupable. Maintenir 24h/24, 7j/7 tous les emails y compris archivés, en ligne, indexés, répliqués; au lieu de le poser dans un disque, éteint quand inutilisé, est une gabegie, une absurdité. Mais c’est tellement pratique. En même temps, si Gmail s’arrête, je perds tout ! Quelle terrible dépendance. Alors oui, le Cloud peut devenir Green, mais c’est à nous de le faire ! Réduire l’infobésité, basculer vers de l’open-data libéré et des API garanties, web sémantique: c’est tellement possible. Mais totalement incompatible avec la logique économique de l’ancien monde industriel du Copyright et de la pure compétition… A nous de créer le monde du Copyleft, et de la coopétition contributive et constructive, pour le bénéfice de tous, et non plus seulement de quelques !

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Pascal Kotté octobre 29, 2016 à 10:14

Ils seront plus logiques au Groenland !-)

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