Chacun se souvient de la déclaration d’impuissance de François Mitterand :

“Pour le chômage, on a tout essayé”

Jean Marc Daniel rappelle à ce propos l’incapacité structurelle des économies politiques depuis des décennies :

Feu le président Mitterrand était accusé d’avoir une culture économique limitée. Lorsque, agacé, il voulait montrer que finalement il en savait autant que bien des experts, il déclarait avoir parfaitement assimilé que la politique économique se résumait en trois mots : « essence, tabac, alcool ». Il racontait en effet avoir constaté, tant comme ministre de la IVe République que comme président de la Ve, qu’après de longs développements les hauts fonctionnaires du ministère des Finances, quels que soient leur degré de connaissances économiques et leurs prétentions affichées en la matière, finissaient toujours par déclarer que la solution aux problèmes de l’heure passait par un redressement budgétaire, qui lui-même passait par une augmentation des prix de l’essence, du tabac et de l’alcool…

Dès qu’il est question de budget pour mener une politique économique, la réponse à toujours été la même depuis l’invention de l’économie politique :

En 1786, William Pitt, le futur adversaire de Napoléon qui mourut du chagrin que lui provoqua Austerlitz, demanda des conseils à Adam Smith. Ce dernier lui recommanda d’équilibrer le budget et pour ce faire d’augmenter les taxes sur le tabac, l’alcool et les transports…

Les taxes sur les drogues légales : tabac, alcool, jeux, puis les taxes sur les transports, et notamment sur l’essence, ont toujours été le refuge des échecs des politiques économiques.

Et, comme il en faut toujours plus pour combler des déficits toujours plus importants, ont étend l’assiette des revenus en multipliant les techniques pour verbaliser les pratiques en matière de transport : radars automatiques, permis à points. Le tout accompagné d’une politique des objectifs que doivent porter de gré ou de force policiers et gendarmes (la fameuse “culture du chiffre” que dénoncent des syndicats policiers).

Pour trouver des relais qui ne suffisent toujours pas en ces temps d’explosion du chômage, soit on innove soit on reproduit la veille recette à de nouveaux territoires. Incapable d’innover, le gouvernement a cru être fort inspiré en décidant d’appliquer les bonnes veilles méthodes à internet avec la loi Hapodi (c’était d’autant plus “bien joué” que, dans la foulée, on s’attirait la sympathie des artistes). Il n’est d’ailleurs pas surprenant que les promoteurs de la loi scélérate aient usé et abusé des métaphores du permis à points et de la mise ne place des radars pour expliquer la nécessité de cette loi.

In fine, ce que l’on a voulu nous expliquer, c’est que la volonté politique du gouvernement avait le courage de s’attaquer à ces zones de non-droits, alors qu’il s’agissait tout simplement d’une extension mécanique des recettes de l’économie politique. Par où l’on voit que dans les gouvernements, et au ministère des finances, la culture de la médiocrité en matière d’économie politique se perpétue de génération en génération.

Face à ce constat largement partagé, nous étions certains à penser que la question d’une nouvelle économie politique serait au coeur des enjeux de l’élection européenne : à cause de la crise, de l’explosion du chômage, de la fin d’un modèle industriel, etc.. Il n’en est rien, et chacun des partis politiques de premier plan ( UMP, PS, et MODEM ) brille par son silence et justifie en ce sens les propos de Stiegler qui disait récemment à la radio que les partis politiques ne travaillent plus.

Il faut souligner tout de même que les Verts, via l’influence de Yann Moulier-Boutang, ont introduit dans leur discours l’enjeu des externalités. C’est une première initiative importante puisque la question des externalités constitue la clef pour la mise en place du revenu universel (ou allocation universelle) comme moteur de l’économie de la contribution.