APIE : Agence Pour l’Incurie de l’État

by Christian on 9 août, 2009

Créée en 2007, juste après la publication du rapport « Lévy-Jouyet »(PDF) sur l’économie de l’immatériel,  l’APIE (Agence du Patrimoine Immatériel de l’État de son vrai nom) est pleine de bonnes intentions dans sa lettre de mission :

  • sensibiliser les acteurs publics aux enjeux attachés aux actifs immatériels de l’État ;
  • faciliter la prise en compte de ces enjeux et l’adoption de nouveaux modes de gestion au sein de l’administration ;
  • accompagner les administrations et les établissements publics pour la définition de nouvelles stratégies et la conduite de projets concrets de valorisation de leur patrimoine immatériel.

Malheureusement, il ne pourra rien sortir de cette agence tant elle est l’émanation des idées véhiculées par le rapport « Lévy-Jouyet ». Un rapport lamentable où la bêtise s’exprime à chaque ligne (cf. Pour en finir avec la mécroissance, p.50) pour essayer de nous convaincre que la France est une « marque », comme Coca-Cola, et que donc elle a des « actifs immatériels » qui doivent être gérés, etc.

N’allez pas chercher le public dans les initiatives de l’APIE, il n’y en a pas. Celui n’existe pas : lui aussi il est « immatériel », pour reprendre leur mot clé. L’APIE ne ne cherche qu’a « sensibiliser l’administration », ses principaux interlocuteurs, au fait qu’il y a du cash à dégager car, si la « France est une marque », « une marque doit être protégée ».

Dans la réalité donc, derrière la fable de l’immatériel, de l’économie de la connaissance et tous ces poncifs qui datent d’un autre âge, c’est une démarche comptable que porte l’APIE et c’est la raison pour laquelle l’agence est rattachée conjointement au directeur général du Trésor et de la politique économique et au directeur général des finances publiques.

L’ouverture des données de l’administration pour fonder une économie de la contribution vous fait rêver ? Eh bien, à la place, l’APIE vous donnera un guichet qui protège et facture les biens immatériels et toutes formes de données. La notion même de donnée publique est impensable pour cette agence.

Pour preuve, voilà qu’on nous annonce la création d’un portail unique d’accès aux données publique. Oui, vous avez bien lu : un PORTAIL UNIQUE. On est en 2009, et la seule réalisation concrète que va porter l’agence est la conception et la réalisation d’un portail ! Mais qui fait encore des portails à l’heure où il faut des APIs ( et non des APIE !) ou des standards d’échange des données ?

Cette agence est une honte, nous sommes tous humiliés, et nous nous enfonçons dans l’incurie de la puissance publique. Et je ne ne vous invite pas à consulter le site web de l’agence : c’est aussi une honte.

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harmant christophe août 10, 2009 à 2:33

Il est certain que votre intelligence ne risque pas d’être valorisée au bilan de l’Etat sauf pour une valeur nulle.
Votre article contient des erreurs grossières quant aux missions de l’APIE et de ses résultats.
Le premier à dire que la terre était ronde en a pris pour son grade!!!!

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Christian août 10, 2009 à 3:15

@christophe : je préfère ce commentaire au premier que vous aviez fait. 🙂
(Il faut préciser d’une part que vous travaillez au ministère des finances, et d’autre part que j’ai fait un copier/coller des mission de l’APIE depuis leur site Web.)

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Eric août 10, 2009 à 7:37

@christophe : Pouvez-vous nous indiquer les erreurs grossières que contient cet article ?

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Olivier G. août 10, 2009 à 7:53

@Christophe : oui, des contres-arguments s’il vous plaît. Par exemple, comment pourra-t-on accéder aux données du portail ? Est-ce que l’APIE va participer à des projets comme OpenStreetMap ?

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Jardel août 11, 2009 à 11:29

Parmi les erreurs manifestes, citons quand même les résultats de l’agence que l’auteur de l’article (si on peut appeler ça ainsi) résume à la création d’un portail unique d’accès aux informations publiques. Une visite du site suffirait pourtant pour se convaincre du contraire. Alors soit l’auteur a délibérément passé sous silence les autres résultants (et donc c’est de la malhonnête intellectuelle), soit il cherche surtout à faire dans le sensationnel en tapant sur les services de l’Etat qui est une activité à la mode. Pour une fois que l’Etat cherche à gérer son patrimoine, essayons de l’encourager au lieu de toujours critiquer. Signalons que la France est le premier pays à avoir monté une telle agence et que cette démarche est suivie de près par d’autres pays.

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harmant christophe août 11, 2009 à 11:34

en effet désolé pour ce premier commentaire qui m’a échappé impulsivement. Je ne travaille pas à l’APIE mais comme je suis en charge du pilotage du recensement des immobilisations incorporelles de l’Etat, je travaille souvent avec eux. Notre collaboration a permis notamment d’inscrire au bilan de l’Etat le spectre hertzien et les unités carbone dans le cadre du protocole de Kyoto, actuellement nous travaillons sur la valorisation des bases de données. Ces deux nouveautés sont une première au niveau mondial. Quant au portail unique, je ne suis pas dans l’intimité de leur travaux, mais c’est une agence qui a à peine deux ans et qu’il faut laisser monter en puissance. L’immatériel est un sujet neuf mais qui je pense est porteur et l’APIE permet de protéger, comme cela se fait d’ailleurs dans le privé, des noms de domaine, des marques (Etat ou collectivités territoriales). A mon avis vous devriez les contacter pour qu’ils vous exposent leurs différents projets et permettrait, j’en suis sur, de vous forger une autre opinion.

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Seb août 11, 2009 à 11:38

Le portail disposera surement d’une API ouverte avec possibilité de création de Widget et d’un format métadonnées standardisé.
Pour le format de données standardisé unifié à l’échelle de tout un pays, il faudra attendre un peu. Même les états unis n’ont pas réussi à mettre en place une telle chose. Et les initiatives Européenne en la matière (OIO-XML des Danois par exemple) se sont soldées par des semis échecs (voir des échecs tout court).
Nous nous intéressons toutefois aux dernières évolutions en la matière, notamment le format Linked data de Tim Berners Lee, qui préfigure le web 3.0.
Il est difficile de communiquer sur un projet aussi énorme que celui-ci avant que toutes les décisions n’aient été validées, si vous aviez pris la peine de vraiment vous renseigner, cela vous aurez éviter de dire n’importe quoi.

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Jardel août 11, 2009 à 7:22

Le ton de l’article aurait pê été différent si un autre cabinet de conseil (faisant partie du CAC40) aurait remporté l’appel d’offre lié au portail évoqué…???

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Christian août 11, 2009 à 8:36

@ Christophe : L’APIE prend les choses par le mauvais bout. Historiquement tout à commencé avec l’agence France Domaine pour gérer le patrimoine immobilier de l’état (administration et Armée). On a étendu la démarche à l’immatériel avec L’APIE sous l’influence du rapport « Levy-Jouyet », qui est, je le redis, d’une bêtise monumentale. Surtout quand on se souvient du rapport Nora-Minc qui était quand même d’un tout autre acabit. Je vous invite à lire « Pour en finir avec la Mécroissance » qui explique ce qu’il y a d’inacceptable dans le rapport Levy-Jouyet
Enfin, je serai ravi de les rencontrer pour échanger avec eux.

@ Seb : Comment puis-je me renseigner puisque vous dites que vous ne pouvez pas communiquer « avant que les décisions aient été validées » ? Quoiqu’il en soit, les informations que vous donnez (qui n’existent pas sur le site de l’APIE) sont plutôt rassurantes pour l’aspect technique. (mais je répète ma question : pourquoi diable un portail ?)

@Jardel : En ce qui concerne l’ouverture des données publiques, l’initiative pilotée par l’APIE n’a rien d’inédit. Si quelque-chose sort début 2011 cela n’aura que 2 ans de retard … Concernant le site de l’APIE, à part du bla bla creux et le sacro saint organigramme (non, on ne rêve pas : des juristes, une secrétaire et 1 informaticien !) il est en dessous de tout.
Par rapport aux service de l’état, vous ne trouverez, en ma personne, pas de plus ardant défenseur de la puisssance publique.
Enfin, si c’est une boîte du CAC 40 qui réalise effectivement le projet, ben c’est perdu d’avance 🙂

In fine, en publiant une note polémique comme celle-ci, je ne n’attends pas à de la mesure et de l’objectivité dans les commentaires, c’est le jeu et je comprends. Mais je serai curieux de connaître la participation et le rôle de Jardel et Seb aux travaux de l’APIE. (un mail à défaut si vous souhaitez la confidentialité.)

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harmant christophe août 12, 2009 à 11:05

Christian, je n’ai pas lu le rapport Nora-Minc, mais comment pouvez vous dire que le rapport Levy Jouyet est d’une bêtise monumentale. Je ne connais pas Mr Levy, mais Mr Jouyet a la réputation d’une véritable « star » au sein de l’administration et vraiment, même avec un oeil critique et même si tout n’est pas parfait dans ce rapport (manque de recul bien compréhensible) il a le mérite de poser de vraies questions et d’explorer des pistes qui jusque la n’avaient pas été exploitées. Sinon, pour les rencontrer, je pense que c’est très facile ce sont des gens très ouverts et qui vous donneront un rendez vous si vous les contactez.

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Christian août 12, 2009 à 11:14

@ Christophe : c’est une vaste question, mais importante. je vous invite à jeter un oeil à « Pour en finir avec la mécroissance« , p.50. A défaut, allez le feuilleter à chez un Libraire.

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David, biologeek août 17, 2009 à 1:38

> Signalons que la France est le premier pays à avoir monté une telle agence et que cette démarche est suivie de près par d’autres pays.

L’important n’est pas l’initiative dans ce domaine mais le concret, inutile de faire cocorico si le pendant à data.gov arrive dans 5 ans (et je suis optimiste…).

>> Nous nous intéressons toutefois aux dernières évolutions en la matière, notamment le format Linked data de Tim Berners Lee, qui préfigure le web 3.0.

> Quoiqu’il en soit, les informations que vous donnez sont plutôt rassurantes pour l’aspect technique.

Pas moi. Je suis bien curieux de (sa)voir ce qu’est ce *format* Linked data…

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Nicolas Cynober octobre 3, 2009 à 7:36

Je déplore le manque de transparence et de communication dans un projet comme celui-ci. L’ouverture des données de l’état doit s’effectuer en intégrant les communautés qui vont à terme les utiliser.

De tout évidence @seb tu as un rôle opérationnel dans le projet, et les quelques lignes que tu as écrite font déjà sourir David et moi. Les widgets c’était à la mode il y a 3 ans, pitié ne perdez pas de temps la-dessus. Raprochez vous plutôt du gouvernement Anglais (un petit coup d’eurostar) pour tirer bénéfice de leur expérience dans le domaine. Allez à l’OPSI (Office of Public Sector Information) et discutez avec John Sheridan. Vous pouvez commencez par écouter ce podcast: http://cloudofdata.com/2009/07/john-sheridan-talks-about-the-drive-to-get-government-data-online/

A voir aussi cette documentation sur le sujet (sous forme de carte), vous y trouverez pleins de liens clés:
http://www.pearltrees.com/rww/map/1_53584/

N’oubliez pas qu’internet est un écosystème ouvert, vous y trouverez des critiques mais aussi des gens pour vous aider: que cela soit dans la définition technique de votre portail ou dans la capacité à communiquer auprès de vos futurs utilisateurs.

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