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Comment expliquer ce qu’est une API à un patron d’édition ?

Comment expliquer ce qu’est une API à un patron d’édition ?

by Christian on 28 septembre, 2008

Virginie Clayssen a joué le jeu en me posant une question sur mon Google Moderator, je ne pouvais pas ne pas y répondre et ne pas jouer le jeu à mon tour.
La question est donc la suivante :

« S’il fallait expliquer ce qu’est une API à quelqu’un qui n’y connait rien comme un patron de l’édition, comment t’y prendrais-tu ? »

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises des APIs mais le cas est ici plus concret. En fait, derrière la question formulée par Virginie, j’en entends immédiatement une autre qui la motive. Car s’agit il vraiment d’expliquer ce qu’est une API à un patron d’édition où bien plutôt de le convaincre de la nécessité d’initier une politique d’API ?


Certes, la compréhension entraîne l’adhésion pense-t-on généralement : et bien je crois que la plupart du temps c’est faux. Beaucoup d’adhésions et de décisions se font sur des quiproquos et des malentendus, tout comme beaucoup de compréhensions et de pédagogies peuvent provoquer des craintes et de l’immobilisme.
J’aurai donc tendance à répondre tout d’abord que pour chaque patron d’édition il y aura une stratégie particulière prenant en compte sa personnalité, la culture de sa maison, les caractéristiques de ses publications, mais aussi ses réseaux d’influence, etc. Là, c’est mon côté commercial qui parle, car je suis convaincu qu’on ne vend jamais la même chose à différents interlocuteurs, même s’il s’agit d’un même objet ou d’un même service, voire d’une même démarche s’il s’agit d’initier une politique particulière, et cela même si l’on reproduit exactement le même discours à chaque fois : car l’inconscient joue toujours son rôle, tapis dans les intersctices et la pénombre de notre langage.
Je ne cherche pas pour autant à me défiler en noyant la question sous un déluge de précautions et de réserves affirmant qu’il n’y a pas un discours mais des discours, ni un patron d’édition mais des patrons d’édition, etc. Mais je tiens toutefois à souligner qu’il y a des certainement des patrons d’édition avec qui il ne faut pas perdre de temps et pour lesquels il faut « donner du temps au temps », ou parfois simplement attendre qu’ils soient remplacés ou qu’ils partent à la retraite.
Ces remarques préliminaires étant faites, voilà comment je procèderais si je disposais de l’attention de mon interlocuteur (ou les dix commandements pour convaincre un patron d’édition de mettre en place des APIs) :

  1. Je m’attacherais à rappeler que le métier d’une maison d’édition est double : il y a une composante éditoriale et industrielle (ou logistique)
  2. La composante industrielle relève de sa condition de subsistance :  la production et la distribution des livres.
  3. La composante éditoriale ne relève pas de sa subsistance mais de son existence : des choix sont fait, des politiques éditoriales sont menées, et la spécificité d’un catalogue et de ses collections en résulte.
  4. J’insisterai sur le fait que ce dont peut souffrir le secteur de l’édition c’est la croyance que l’activité éditoriale est dépendante non pas d’une activité de production et de diffusion, mais de l’activité de production et de diffusion actuelle. (Universal Music croyait vendre de la musique mais ils se sont aperçus qu’ils vendaient en fait des galettes de polycarbonate avec de la musique dessus).
  5. Je corrigerai immédiatement le tir en précisant que la question n’est pas de tirer un trait sur le livre en tant qu’objet, pas plus que sur la logique industrielle de l’édition existante.
  6. L’enjeu est donc de porter les politiques éditoriales vers une logique de diffusion multicanal, réticulaire pour être plus exact,  qui déborde le sillon unique actuel de la chaîne de production : choix et validation validation des œuvres, mise en page, impression, production des livres et diffusion.
  7. La clé de cette diffusion réticulaire ce sont les APIs en tant qu’interfaces d’accès aux données numériques de la maison d’édition.
  8. Une API n’est pas une porte ouverte d’où les textes pourraient échapper au contrôle de la maison d’édition, bien au contraire. Une API est une interface qui permet de contrôler l’exposition et l’utilisation qui sont faites des données numériques de la maison : son catalogue aussi bien que ses oeuvres. Initier une politique d’APIs c’est d’abord vouloir garder le contrôle de ses données/
  9. In fine, les APIs n’enlèvent rien au rôle et à la fonction d’une maison d’édition. Bien au contraire, c’est une invitation à mener une politique du numérique en réseau d’une maison d’édition afin de lui éviter de devenir endémique.
  10. A noter que la partie logistique doit participer pleinement à cette politique car son système d’information en sera un des premiers clients, tout comme elle sera intéressée par les statistiques d’utilisation des APIs de la maison d’édition pour permettre une meilleure gestion de la production et des stocks de livres.

La question du fonctionnement technique d’une API n’est donc pas le problème qui doit intéresser dans un premier temps le « patron d’édition qui n’y connait rien ». Ce que doit représenter le terme API à ses yeux c’est , me semblet-t-il, que cela réclame que sa politique d’édition puisse s’incarner et se diffuser dans une granularité de questions beaucoup plus précises et concises qu’auparavant.
Mon sentiment, et je terminerai la-dessus, est qu’il ne faut pas chercher à convaincre le patron d’édition de mettre en place des APIs, mais lui indiquer que la mise en place des APIs requiert qu’un certain nombre de questions bien précises trouvent des réponses : à qui faut-il donner des clés d’accès aux données? y a t il un nombre de requêtes maximal par clé d’accès? quelles données sont accessibles ? quelles fonctions de manipulation des données sont offertes par les APIs ? quelles sont les données en lecture, en simple consultation, et celles qui pourront être écrites par des tiers? de quoi ont besoin les gens de la logistique pour mieux gérer la production? comment faciliter les échanges avec les libraires et les bibliothèques? etc. Toutes ces questions sont concrètes, et plus on se les pose plus on a de chance d’avancer sur la nécessité d’avoir une politique d’exposition réticulaire des données de la maison d’édition, c’est à dire de mettre en place des APIs.

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Virginie septembre 28, 2008 à 11:49

Merci pour cette réponse, Christian, tout à fait éclairante. Dans un article publié sur Blogo Numéricus à propos de l’édition électronique de sciences humaines, Piotrr dit quelque chose qui me semble tout à fait en rapport avec l’un des aspects de ta réponse : « La chaîne du livre : est-elle remise en cause par l’électronique ? Ce concept de chaîne du livre me semble inopérant pour penser les mutations actuelles ; parce qu’il désigne un secteur professionnel consacré à la fabrication et la diffusion du livre comme objet matériel et non type documentaire. Bref, il écrase le concept de livre sur son actualisation physique et ne cherche pas à le penser d’abord comme objet intellectuel. Finalement, le concept même de chaîne est inopérant parce qu’il ne rend pas compte d’un mode circulaire de circulation des savoirs et pense les choses comme une transmission unilatérale. »
Bien d’autres pistes de réflexion dans ta réponse, et surtout, quelque chose qui manque souvent cruellement dans les entreprises, la volonté de déplacer le discours du plan technologique (comment ça marche ?) au plan de la stratégie (quel intérêt ? où irons-nous avec ça ?). Quitter le registre incantatoire et parfois quasi magique ( « on peut, on peut » que le marketing des objets techniques et des applications leur accole systématiquement), pour aller du côté de la politique, et dans ce cas précis de la politique d’édition.
Autant de pistes précieuses que je n’ai pas fini de méditer et d’explorer…

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Christian septembre 28, 2008 à 2:43

@ Virginie : Ce n’est pas ce que tu dis dans ton commentaire mais je tiens à préciser que je ne néglige pas du tout le plan technologique. Bien au contraire, le discours stratégique / politique ne va de l’avant que parce qu’il est instruit par une connaissance technologique qui fait que l’on est amené à se poser des questions très précises, et donc que l’on sort du flou et de l’incantatoire comme tu le remarques si justement.

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Virginie septembre 28, 2008 à 3:21

Je me suis souvenu ce matin t’avoir déjà, il y a à peu près un an, alors que je ne te connaissais pas encore IRL, déjà posé via Facebook une question (c’était AVANT Google Moderator), alors que je préparais une intervention sur le joli thème « Education 2.0 ». C’était déjà une question technique, (que signifie l’expression « système faiblement couplé »), et j’avais injecté notre dialogue à ce sujet dans ce billet. C’est drôle, car cette question n’était pas sans rapport avec celle que je t’ai posée hier et à laquelle répond le billet ci-dessus !
Tu as raison d’insister, il est indispensable de bien comprendre les aspects technologiques pour pouvoir se poser les bonnes questions, et surtout des questions précises, au sujet de leurs usages et de leurs implications dans la stratégie.
Et les réseaux sociaux sont des outils parfaits pour qui cherche à améliorer en permanence cette compréhension, rester en éveil, et partager ses connaissances, comme tu excelles à le faire.

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F septembre 28, 2008 à 6:04

chapeau, patron

et je peux apprécier la méthodologie, sachant ce qu’est une clé API depuis ce vendredi 15h14 (c’est Xavier d’immateriel.fr qui m’a expliqué)

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Alain Pierrot septembre 28, 2008 à 10:35

Tout à fait d’accord avec les préliminaires et caveats initiaux, auxquels j’ajouterais volontiers, avant toute tentative de captation d’attention, une analyse financière de la structure de ‘subsistance’ dudit patron — en général savamment déguisée dans le bilan rendu public, stratégie face à la concurrence oblige : groupes et ‘pures maisons d’édition’ ont des logiques sensiblement différentes ainsi que, pour chaque patron, des horizons radicalement décalés.
Editis, Lagardère Publishing, Rizzoli consolident leurs création et extraction de ‘valeur’ (ce n’est pas le même horizon) sans commune mesure avec Gallimard. Même si l’on considère uniquement les dirigeants des filiales ‘livre’, les objectifs qu’ils peuvent se donner et les contraintes auxquelles ils sont soumis leur font jouer des jeux différents.
Quant à la tactique de conviction vis à vis d’un décideur ‘livre’, si l’ésotérisme technologique du terme d’API mérite précaution, je ne suis pas sûr que la ‘diffusion réticulaire’ soit plus facile à faire passer. Tout ça manque sérieusement de chiffrages capable de motiver le directeur financier et quelques banquiers.

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Christian septembre 28, 2008 à 11:03

@ Alain : d’abord merci pour tes corrections sur la « galette de silicium » qui est devenue « galette de polycarbonate ».

  • Pour la « diffusion réticulaire » je pense que çà passe, c’est pas des crétins quand même, ils peuvent entendre le mot « réseau » sans s’enfuir, non ? Dans le pire des cas on garde l’expression « diffusion multicanal ».
  • Pour la partie chiffrage, en l’état actuel des choses c’est un faux problème car s’il existait des retours d’expérience nombreux et significatifs il n’y aurait qu’à appliquer des abaques et faire des ROI pour susciter une adhésion. Or nous ne sommes pas encore dans une tendance majoritaire et il n’y a que des « early adopters » qui avancent avec des convictions et non des business plan financiers. Cependant tout fait d’accord avec toi sur la nécessité d’avoir une bonne connaissance financière du dossier pour discuter intelligemment des opportunités des APIs
  • Mais ta remarque sur les chiffrage m’a fait pensé que le « patron de l’édition » dont je parle doit avoir la main sur l’informatique or je ne sais pas si c’est le cas chez les éditeurs de grand groupes qui doivent mutualisent les fonctions supports (Interforum pour la logistique par exemple).
  • Doit-on en conclure qu’une maison indépendante ou une association aura plus de facilité pour mettre en place sa politique d’API ? Je laisse la parole à ceux qui connaissent mieux que moi le secteur.

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    Alain Pierrot septembre 28, 2008 à 11:31

    Les quatre exemples que j’ai mentionnés ont l’autorité sur leurs structures informatiques et distribution (Interforum, Hachette Livre Distribution, Union Distribution et SODIS) mais avec des attributions, des couvertures géographiques différentes — et des arbitrages ‘groupe’ différents.
    Un ‘indépendant’ comme Albin Michel est distribué par Hachette; difficile d’imaginer le lancement d’une politique d’API sans concertation avec son prestataire de service et l’évaluation de l’impact sur le chiffre d’affaire dudit.

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    ES septembre 29, 2008 à 11:46

    Le plus difficile est de dire avec les mots du papier.

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    ES septembre 29, 2008 à 12:05

    Je m’attacherai à séparer le fond de la forme : XML // API

    La source et la fontaine…

    Je ne parlerai pas d’API.

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    ES septembre 29, 2008 à 12:07

    API : DSI …Organisation… pas édition.

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    eric kalasz octobre 4, 2008 à 7:04

    Bonjour à tous,
    Selon moi, la question est intéressante et la réponse ne doit pas être technique car les patrons de l’édition de livres sont à des années lumières de l’informatique éditoriale et de ses possibilités.
    Pourquoi? Ils n’imaginent toujours pas les potentiels de développement de chiffre d’affaires et surtout de marge sans parler des avantages des systèmes pour la conservation et l’exploitation de l’information.
    Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas une solution mais plusieurs et que l’informatisation éditoriale n’a pas d’avantage mercantile à court terme sur l’édition de romans et tout autre ouvrage de fiction.
    Et pour les autres segments de l’édition? Les systèmes sont extrêmement intéressants par exemple dans l’éducation mais pas suffisants pour une exploitation multimédia…
    En effet pour une exploitation multimédia,il faut y ajouter tellement de média pour l’animation, de game play afin d’inciter l’usage que finalement, l’écrit devient mineur dans l’ensemble du process,le moins couteux sûrement et perd alors sa valeur ajoutée aux yeux des utilisateurs et consommateurs.
    Et là les patrons de l’édition perdent la main sur l’oeuvre et ne maitrise plus le modèle économique donc pas d’intérêt.
    Bises à Virginie et bonjour à Alain
    Eric Kalasz

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