Créée en 2007, juste après la publication du rapport « Lévy-Jouyet »(PDF) sur l’économie de l’immatériel,  l’APIE (Agence du Patrimoine Immatériel de l’État de son vrai nom) est pleine de bonnes intentions dans sa lettre de mission :

  • sensibiliser les acteurs publics aux enjeux attachés aux actifs immatériels de l’État ;
  • faciliter la prise en compte de ces enjeux et l’adoption de nouveaux modes de gestion au sein de l’administration ;
  • accompagner les administrations et les établissements publics pour la définition de nouvelles stratégies et la conduite de projets concrets de valorisation de leur patrimoine immatériel.

Malheureusement, il ne pourra rien sortir de cette agence tant elle est l’émanation des idées véhiculées par le rapport “Lévy-Jouyet”. Un rapport lamentable où la bêtise s’exprime à chaque ligne (cf. Pour en finir avec la mécroissance, p.50) pour essayer de nous convaincre que la France est une “marque”, comme Coca-Cola, et que donc elle a des “actifs immatériels” qui doivent être gérés, etc.

N’allez pas chercher le public dans les initiatives de l’APIE, il n’y en a pas. Celui n’existe pas : lui aussi il est “immatériel”, pour reprendre leur mot clé. L’APIE ne ne cherche qu’a “sensibiliser l’administration”, ses principaux interlocuteurs, au fait qu’il y a du cash à dégager car, si la “France est une marque”, “une marque doit être protégée”.

Dans la réalité donc, derrière la fable de l’immatériel, de l’économie de la connaissance et tous ces poncifs qui datent d’un autre âge, c’est une démarche comptable que porte l’APIE et c’est la raison pour laquelle l’agence est rattachée conjointement au directeur général du Trésor et de la politique économique et au directeur général des finances publiques.

L’ouverture des données de l’administration pour fonder une économie de la contribution vous fait rêver ? Eh bien, à la place, l’APIE vous donnera un guichet qui protège et facture les biens immatériels et toutes formes de données. La notion même de donnée publique est impensable pour cette agence.

Pour preuve, voilà qu’on nous annonce la création d’un portail unique d’accès aux données publique. Oui, vous avez bien lu : un PORTAIL UNIQUE. On est en 2009, et la seule réalisation concrète que va porter l’agence est la conception et la réalisation d’un portail ! Mais qui fait encore des portails à l’heure où il faut des APIs ( et non des APIE !) ou des standards d’échange des données ?

Cette agence est une honte, nous sommes tous humiliés, et nous nous enfonçons dans l’incurie de la puissance publique. Et je ne ne vous invite pas à consulter le site web de l’agence : c’est aussi une honte.