Ne cherchez pas bien loin les acteurs clés des années à venir en matière de supports numériques : ce sont nos bibliothécaires.
Internet a modifié et a profondément perturbé leur métier et leur rôle, et jusqu’à récemment, l’ambiance était morose dans les allées de livres.
Aujourd’hui, ils sont au coeur même des enjeux de notre mémoire collective, de nos rétention secondaires et tertiaires.
Extension de la société de contrôle
Au début il y a eu un constat, partagé par la plupart des acteurs du Web : c’est le bordel. Le web commençait à devenir trop important d’une part, ce qui soit dit en passant est un faux argument, et d’autre part les machines ne pouvaient pas exploiter la masse grandissante des informations .
Cette situation a le charme de favoriser la serendipité, mais le business ne peut tolérer cet état des choses. La société de contrôle devait s’exercer aussi sur le Web, c’est même sa finalité.
Aussi le W3C engagea des démarches de structuration du web, notamment via RDF, un environnement pour décrire les métadonnées.
Mais quand il s’agit de mettre de l’ordre, qui a la plus forte expertise ? Car l’enjeu du web de demain, c’est la structuration et la description de ces métadonnées, et cela ne peut se faire que si le terreau est favorable, c’est à dire s’il existe une culture de qualité des métadonnées (ce qui n’existe généralement pas dans le monde de l’entreprise, car les entreprises – à tort je crois- ne s’intéressent pas à la mémoire, et donc aux supports de mémoire).
Il existe un lieu où cette culture de la qualité, des classements et de la structuration, existe. Ce lieu c’est la bibliothèque.
Le topos de la bibliothèque
Car la bibliothèque est un lieu ; mais les frontières architecturales sont devenues poreuses. L’emprise du web menace la fréquentation des bibliothèques ; pourquoi aller dans un lieu ou l’on limite, via la politique d’acquisition, le nombre de références, alors qu’Internet ne cesse de grandir et propose un accès immédiat, à distance et à à une quantité d’informations potentiellement infinie ?
Et si la bibliothèque est encore un lieu architectural, c’est souvent le fait du prince, à tort. Aussi l’homme politique ferait mieux de donner son nom à un moteur de recherche, ou à un logiciel, qu’à un bâtiment grandiose. Mais personne ne crache sur les retombées touristiques.
« Lire c’est écrire »
Cette expression précise bien qu’une perception suppose une action motrice pour être accomplie. C’est un des points clé, bien identifié par les bibliothécaires, que de faire évoluer la bibliothèque de sa fonction d’accès à la lecture à une fonction d’accès à l’écriture. Tout comme l’on parle du Web 2.0 en disant qu’il permet de consulter et d’enregistrer, de lire et d’écrire.
Développer des logiciels
Il faut que les bibliothécaires maîtrisent t les normes du web sémantique, il faut que les bibliothécaires s’investissent dans le développement de logiciels : il ne s’agit pas là de se former à une nouveauté pour pouvoir l’utiliser dans le cadre de la bibliothèque : il s’agit bien de développer des logiciels et des framework (environnements de travail) pour le public.
Il faut que les bibliothèques deviennent des acteurs technologiques de premier plan.
Notre confiance
Tout est prêt, et nos jeunes bibliothécaires ont du talent, et ils débordent d’envie; de nombreux blogs témoignent du plaisir et de l’existence de cette force vive.
Ils vont constituer notre mémoire, notre avenir. Il faut les aider car nous avons besoin d’eux ; nous avons besoin de leur autorité pour donner du relief au numérique. Les marchands ne donnent pas de relief au numérique, tout juste savent-ils donner un high-score, des best-sellers et des « ceux qui ont acheté cette article ont aussi acheté… »
Par rapport au risque de voir les géants du web tracer mes activités, je crois que je veux bien qu’une bibliothèque trace mes recherches, voit mes consultations, et je veux aussi voir ce qu’ils en feront.
Car pour finir, les bibliothécaires ont un avantage incommensurable face aux nouveaux géants de l’Internet : ils ont toute notre confiance.
Autres notes similaires :
- Pourquoi des bibliothèques dans le futur s’il y a un accès universel via des supports numériques ? Plus on avance dans un monde de supports numériques, plus les bibliothèques sont nécessaires. Cette nécessité s’exprime dans les trois grands rôles que devront tenir les bibliothèques dans l’avenir : 1. La signification des textes est dépendante de [...]......
- Il a fallu attendre la dernière table ronde du colloque pour que m’apparaisse une des clés possibles de l’évolution des bibliothèques. Les représentants de la BNF, Catherine Dhérent et Arnaud Beaufort (tous deux très bons), nous parlent des processus, des normes et de l’organisation de la bibliothèque : normal. A côté de çà, Frédéric Kaplan [...]......
- La plupart des débats sur le rôle et la présence des bibliothèques sur web s’est jusqu’à présent concentré fortement sur les enjeux de numérisation des fonds et sur son corolaire de diffusion des oeuvres numériques. Autre thème, mais dans une moindre mesure (surtout à l’échelle du grand public) : la mise en ligne des catalogues [...]......


{ 1 comment… read it below or add one }
Merci pour cet article qui fait plaisir. Je suis documentaliste et moi et mes collègues nous retrouvons dans votre analyse.
{ 1 trackback }