Distinguer les usages des pratiques

Les termes “usages” et “pratiques” sont très interchangeables dans les discours actuels. Bien qu’ils relèvent d’un champ sémantique commun, ils n’en restent pas moins distincts.

Il aura fallu une courte discussion avec Vincent Puig, qui s’occupe de l’Institut de Recherche et d’Innovation, pour que la distinction se fasse plus nette.

Dans un contexte relatif à l’interaction entre l’objet technique, ou technologique, et l’homme, “usages” et “pratiques” relèvent tout deux de l’activité humaine, mais dans un sens différent :

  • on parle d’usage lorsque l’on met l’accent sur l’objet, car c’est lui qui offre des fonctions et des services qui permettent des usages.
  • on parle de pratique lorsque l’on met l’accent sur l’homme

Les usagers sont ceux qui ne font qu’utiliser les services offerts par les systèmes techniques (par exemple les usagers de la RATP) alors que les praticiens sont dans une activité plus critique, et parfois détournée, de l’objet ou du système technique. L’amateur, le hacker ou le geek sont avant tout des praticiens plutôt que des usagers.

Dans le monde des systèmes d’information de l’entreprise, c’est sur les notions de service et d’usage que l’on raisonne, rarement sur les pratiques. A un point que, lorsque le mot pratique apparaît, c’est souvent pour évoquer des “mauvaises pratiques” ou des “pratiques déviantes”.

En conséquence, ce n’est pas la même chose que de faire de l’ingénierie des usages ou de l’ingénierie des pratiques. Cette distinction est peut-être à l’origine des difficultés quant à la promotion du web sémantique qui travaille plus du côté de l’ingénierie des pratiques (on part des données et des métadonnées qui ouvrent des champs de pratiques, plutôt que des services).

Je rebondis sur l’exemple RATP. Heureusement, cela fait longtemps déjà que les prospectivistes du transport (Georges Amar par exemple, ou Bruno Marzlof) ne souscrivent plus à cette distinction des usages et des pratiques…
Voir par exemple la veille du blog “Trajectoires fluides” :
http://trajectoiresfluides.wordpress.com/

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Bonjour,

je ne suis pas vraiment d’accord avec cette manière de présenter les choses : d’abord parce que vous mettez en conformité le terme d’usage à partir de celui d’usager dont vous donnez pour exemple ce qu’en fait la RATP. Or, la vision qu’a la RATP de l’usager est très particulière ! et je ne suis pas du tout certain que tout le courant que l’on appelle de “sociologie des usages” (Jouët, Proulx, Cardon, etc.) accepterait votre définition du terme comme, centré sur l’objet tecnhique. Par ailleurs, il me semble que le terme de “pratiques” s’oppose plutôt à celui de représentation, et pour moi, les usages englobent justement les pratiques et les représentations dans le rapport aux objets techniques.

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Le sujet aurait mérité un article un peu plus étoffé, car pour ma part, je saisis mal la différence que tu donnes, alors qu’il y en a une et qu’il faudrait la creuser plus avant effectivement.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Usage
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pratique

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Ah, je crois qu’avec cette dernière remarque, tout à fait excellente, Christian va devoir se fendre d’une mise au point sur les transports publics… J’ai entendu une fois Georges Amar (c’était en 2005) dire “le premier concurrent des opérateurs de transport, c’est Google”.

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C’est vrai que ça mériterait d’être étoffé mais la piste est bonne.
La prochaine fois, il faudra tordre le cou à “cloud computing” et “réseaux sociaux” 😉

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je vois que l’exemple de la RATP fait réagir. 🙂
Mais vous, quelle différence proposez-vous entre “usage” et “pratique” ?
Piotrr donne de premières réponses avec la référence au courant de “sociologie des usages” mais qui, selon moi, ne traite pas des pratiques ; car alors il faudrait plutôt aller voir du côté de “l’Ethique Hacker” de Pekka Himanen.

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Article intéressant, surtout la synthèse mais :

“L’amateur, le hacker ou le geek sont avant tout des praticiens plutôt que des usagers.” : c’est vrai et faux. Il ne faut absolument pas comparer le geek et le hacker. Le hacker est centré sur la pratique, il est une sentinelle des pratiques, alors que le geek est clairement orienté sur l’objet, de manière obsessionnelle. Parfois aussi, hacker et geek ne font qu’un, dans ce cas, ils sont à la fois sur l’usage et sur la pratique.

On pourra dire que la question de la pratique est presque trop “avancée”. C’est trop difficile à l’utilisateur(…) de se poser la question de la pratique quand la question de l’usage l’occupe tout entier.

Vrai pour la question de données vs les services liés aux données. En général, on dira qu’il est totalement abscons de parler à quelqu’un de RDF (data), plutôt donc lui parler du mécanisme sémantique qui en découlera. Sauf que ce mécanisme sémantique qui en ressort est encore de l’ordre de l’usage… Il faut donc inventer les usages avant de parler de pratiques.

Est-ce qu’il ne faudrait pas revenir à la notion de scenario ? Réfléchir à ce que cette approche “cinématographique”, renvoie dans le monde de l’entreprise, où on déroulerait un film de l’usage d’une donnée, d’un service.

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Un commentaire sur mon blog m’amène à cette réflexion :
http://florencemeichel.blogspot.com/2008/11/smantique-distinguer-les-usages-des.html
“D’accord avec toi Patrick sur la différence de sens utilisation/usage : l’utilisation s’inscrit dans la procédure (je suis le mode d’emploi qui a été déterminé autour de l’outil) alors que l’usage renvoie à un processus d’appropriation personnelle des acteurs et donc à leur compétences…il y a là un jeu autour des savoirs et des compétences !
Dans la définition de Christian, l’usage est à rapprocher de utilisation et pratiques est à rapprocher de usages !”

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@ Florence : pour comprendre la spécificité de pratique il faut penser à celui qui pratique un instrument de musique, il ne viendrait pas à l’esprit de dire que l’on “use du piano” ou que l’on “utilise le piano”.
Utiliser induit une dimension “utilitaire”, et usage induit une dimension “d’usure”.
Dans la pratique, je progresse (en piano, en judo, en programmation, etc;)

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[…] Pour revenir sur le web, il est désormais possible à tout le monde de s’approprier les outils en ligne, d’en intégrer les usages et d’inventer de nouvelles pratiques. […]

[…] sont les deux versants d’une même réalité. Cette distinction je l’ai rencontré chez Christian Fauré On en retrouve une explication également chez IHMmedia. L’usage c’est la capacité à […]

[…] qui sont les deux versants d’une même réalité. Cette distinction je l’ai rencontré chez Christian Fauré On en retrouve une explication également chez IHMmedia. L’usage c’est la capacité à […]

[…] Distinguer les usages des pratiques on parle de pratique lorsque l’on met l’accent sur l’homme […]

[…] sans oublier Facebook.Économie de la contributionDans cette ouvrage, les auteurs ne font pas de distinction entre les usages et les pratiques : ce qui occulte une certaine façon de concevoir l’économie de la contribution. Tout comme avec […]

[…] Enfin, j’ai mis deux couleurs différentes à la valeur économique selon que l’on est dans l’APIculture (Bleue) ou dans la DataCulture (Verte) pour signifier que la valeur économique de l’une est une valeur d’usage là où l’autre est une valeur pratique. Cette distinction est fondée sur la distinction entre usage et pratique, sur laquelle il faudra que je revienne (cf Distinguer les usages des pratiques). […]

[…] beaucoup travaillé depuis 2005 : il s’agit de la distinction entre usages et pratiques (voir Distinguer les usages des pratiques) La plupart des discours sur le numérique – du monde universitaire jusqu’aux discours sur les […]

[…] avancées autour de la standardisation des annotations et des réflexions menées autour des usages et des pratiques, qui seront peut-être davantage développées lors des séances informelles. Un peu intimidant […]

 

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