Management des connaissances : de quoi parle-t-on ?

by Christian on 18 juin, 2005

Tout relève du management des connaissances, et le management des connaissances est partout puisque, selon Peter Drucker, nos civilisations occidentales vont, de plus en plus, être constituées de « knowledge workers ». Mais, à être partout, le management des connaissances est nulle part. Voici quelques pistes pour y voir plus clair.

Tout d’abord, soulignons la monstruosité de l’expression « management des connaissances » ; comment la connaissance pourrait-elle être un objet de gestion ? On peut certes concevoir de gérer des informations, des données, des chiffres, mais de la connaissance ? De fait, dans nos entreprises, les projets estampillés « knowledge management » sont en réalité des projets de mise en place d’outils informatiques qui gèrent et structurent des documents, des informations et des données. Aussi, n’importe quel logiciel peut prétendre à être un outil de gestion des connaissances. Une base de données est un outil de gestion des connaissances, un tableur est un outil de gestion des connaissances, un traitement de texte est également un outil de gestion des connaissances, idem pour un Intranet, etc.
Première conclusion : il n’y a pas de logiciel de management des connaissances en tant que tel, puisque tous les logiciels peuvent avoir une fonction relative à la gestion des connaissances. En d’autres termes, il n’y a pas de « Progiciel KM ».
Partant de ce constat, comment appréhender la question de la connaissance dans l’entreprise ? Pour ce faire, précisions les points suivants :

  • il n’y a pas de connaissance sans supports.
  • il n’y a pas de connaissance sans pratiques.

De fait, les connaissances sont des traces de nos pratiques. Et ce, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, car on apprend plus de ses erreurs que de ses succès.
Les supports sont l’objet de ce que l’on appelle l’ingénierie des connaissances. Les pratiques, elles, sont l’objet d’une politique des connaissances. Notons tout de suite que dans cet axe politique, la plupart des entreprises, à défaut de politique des connaissances, pratiquent la politique de l’autruche.
Il faut toutefois ne pas se méprendre. En effet, les supports ne sont pas
que des supports de connaissance, tout comme les pratiques ne sont pas que des pratiques relatives à la connaissance. Un silex d’homme préhistorique avait pour vocation de servir de couteau, mais il nous permet aujourd’hui, dans son étude, d’en déduire un nombre important d’informations sur la vie de nos ancêtres. A ce titre il est un support de connaissance qui nous enseigne sur des pratiques sans pour autant n’être qu’un support de connaissance.

A ces hypothèses, il faut rappeler que toute activité, dans une entreprise, tend à se standardiser. Ce qui signifie que les supports de connaissances, tout comme les pratiques, font l’objet d’un effort permanent en vue d’être standardisés.

Si l’on admet ces postulats, on voit combien est illusoire toute démarche de gestion des connaissances visant à extraire, stocker, puis diffuser les connaissances. Au fondement de cette dérive se trouve le piège de la distinction entre connaissance tacite et connaissance explicite.

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soto mars 23, 2007 à 2:34

Bonjour, quelle différence faites-vous entre « savoir » et « connaissance » ?

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Christian mars 24, 2007 à 8:58

Bonjour Soto,
Pour faire une pirouette sémantique je dirais : « une différence d’usage ». Mais à vrai dire cette différence m’intéresse peu et je ne souhaite pas revenir sur la différence kantienne à laquelle vous pensez peut-être.
En passant, félicitations pour votre blog qui est vraiment très stimulant !

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