Les termes “usages” et “pratiques” sont très interchangeables dans les discours actuels. Bien qu’ils relèvent d’un champ sémantique commun, ils n’en restent pas moins distincts.

Il aura fallu une courte discussion avec Vincent Puig, qui s’occupe de l’Institut de Recherche et d’Innovation, pour que la distinction se fasse plus nette.

Dans un contexte relatif à l’interaction entre l’objet technique, ou technologique, et l’homme, “usages” et “pratiques” relèvent tout deux de l’activité humaine, mais dans un sens différent :

  • on parle d’usage lorsque l’on met l’accent sur l’objet, car c’est lui qui offre des fonctions et des services qui permettent des usages.
  • on parle de pratique lorsque l’on met l’accent sur l’homme

Les usagers sont ceux qui ne font qu’utiliser les services offerts par les systèmes techniques (par exemple les usagers de la RATP) alors que les praticiens sont dans une activité plus critique, et parfois détournée, de l’objet ou du système technique. L’amateur, le hacker ou le geek sont avant tout des praticiens plutôt que des usagers.

Dans le monde des systèmes d’information de l’entreprise, c’est sur les notions de service et d’usage que l’on raisonne, rarement sur les pratiques. A un point que, lorsque le mot pratique apparaît, c’est souvent pour évoquer des “mauvaises pratiques” ou des “pratiques déviantes”.

En conséquence, ce n’est pas la même chose que de faire de l’ingénierie des usages ou de l’ingénierie des pratiques. Cette distinction est peut-être à l’origine des difficultés quant à la promotion du web sémantique qui travaille plus du côté de l’ingénierie des pratiques (on part des données et des métadonnées qui ouvrent des champs de pratiques, plutôt que des services).