A propos de la collaboration

François Dupuy, dans La fatigue des élites, souligne que le moment charnière dans l’histoire récente des entreprises est le déplacement de la rareté des produits vers la rareté du client, déplacement opéré dans les années 70. Dès lors, la nécessité d’une collaboration entre les différents acteurs de l’entreprise va devenir un leitmotiv dominant. Derrière celui-ci se cache le principe suivant : le tout doit être supérieur à la somme des parties.

Face à ce nouvel environnement, les entreprises ont deux principaux leviers, qui ne sont pas antagonistes : le management et le marketing. Le management agit sur la conscience des membres de l’organisation, alors que le marketing agit sur la conscience des clients, ou consommateurs. Toyota est une entreprise emblématique du succès du management, et Apple du succès du marketing.

L’objectif du management c’est de favoriser la collaboration (je me souviens d’un cours de Contrôle de Gestion dans lequel nous avions défini l’entreprise comme un ensemble d’acteurs agissant avec un objectif commun. Cette définition est bien évidemment fausse, elle peut même être dangereuse). S’il est si difficile de collaborer – travailler en mode projet, dans des organisations matricielle, sur des problématiques transverses – c’est que la collaboration est un lieu de friction important : chacun peut en faire l’expérience quotidienne s’il travaille dans un secteur d’activité où le client est rare.

” Collaborer : travailler ensemble à un objectif commun ” : c’est faux. Collaborer c’est être obligé et contraint de travailler avec d’autres personnes qui n’ont pas les mêmes intentions et les même objectifs que vous. D’autres personnes qui ne voient pas les choses comme vous, des personnes que vous ne “sentez” pas, au sens premier de l’esthétique.
En France, il est d’autant plus dur de collaborer que le mot est marqué par les traces indélébiles de la collaboration durant l’occupation allemande des années 40. La collaboration n’a pas bonne presse dans notre pays. Collaborer c’est trahir, la collaboration c’est comme une petite mort, c’est un manque de courage. C’est une vraie difficulté dans le périmètre français. Mieux vaut alors parler de participation.
Je préfère la participation à la collaboration. Dans collaboration il y a l’idée d’une adhésion à quelque chose qui a un air de famille avec la réédition, ou tout au moins avec le caractère passif que souligne une renonciation à quelque chose qui prend souvent le visage d’une perte de sa personnalité.

Le collectif étouffe le travail comme il nous étouffe. Et pour arrêter de suffoquer il n’y a qu’une chose : la discipline. L’étymologie de “disciple” nous rappelle que le terme vient du latin discipulus, de discere, qui signifie apprendre. C’est bien en ce sens que l’on dit d’Aristote qu’il a été le disciple de Platon. Aussi ne faut-il pas voir dans la discipline l’ensemble des règles qui nous contraignent mais l’acception que nous avons faite, volontairement, de nous plier à ces règles pour mieux profiter d’une situation d’échange.

Là ou le management se trompe c’est quand il veut gérer la collaboration alors qu’il doit favoriser la participation (voir la note sur La participation en question).

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