La figure dominante du manager est le learder, celui qui sait, et qui a une vision. Il semble admis que le dirigeant ne doit pas douter, ou plutôt, ne doit pas montrer qu’il doute. Il doit afficher une conviction et une certitude inébranlable. Mais je ne rencontre pas ce type de personnalité, qui semble plus proche de l’exception, voire du romanesque.

Et pourtant, le doute est une fonction clé du management : il y a une fonction managériale du doute car douter ne signifie pas seulement “manquer d’assurance” ou “hésiter”. Bref, le doute n’est pas un no man’s land de la décision et de l’action. Il a une véritable fonction cathartique.

La première fois dans l’histoire que le doute apparaît dans sa fonction cathartique est, à mes yeux, dans l’utilisation de l’hypothèse. L’hypothèse est une technique qui permet d’avancer dans un raisonnement sans pour autant avoir de certitudes. L’utilisation de l’hypothèse, le doute sceptique, le doute méthodique de Descartes, l’utilisation du doute pas Husserl pour fonder sa phénoménologie transcendantale : les exemples ne manquent pas pour illustrer la force et les vertus du doute.
Dans le questionnement sur la crise actuelle du management, l’élucidation d’une fonction managériale du doute constitue une véritable condition a priori.