La mesure du probable et l’entre-deux des catégories

by Christian on 28 août, 2013

Logo_proba_4.svgDans la précédente note sur L’émergence des probabilités, je présentais la manière dont le concept de probabilité avait profondément changé depuis l’antiquité pour devenir celui que nous connaissons à partir du XVII° siècle.

Poursuivons donc, si vous le voulez bien, cette généalogie des probabilités.

Je m’étais arrêté aux portes de ce que je n’ai pas encore évoqué, à savoir la mesure des probabilités : en effet, je n’ai pas encore pris en considération l’application des mathématiques à l’émergence catégoriale du probable. Les sciences de l’indice, telles que les présente Ginzburg (voir la note Sur le paradigme indiciaire de Ginzburg), sont des disciplines profondément qualitatives :

« Il s’agit de disciplines éminemment qualitatives, qui ont pour objet des cas, des situations et des documents individuels, et c’est précisément pour ce motif qu’elles atteignent des résultats qui conservent une marge aléatoire irréductible » p. 250.

De toute évidence, une transformation des catégories a eu lieu ; surtout si on se souvient de la devise scolastique selon laquelle individum est infabile : de ce qui est individuel on ne peut pas parler.

A partir du XVII° siècle, les choses changent avec l’émergence d’une science de l’entre-deux : entre le vrai et le faux, le connu et l’inconnu, le savoir et l’ignorance, mais aussi entre les grandes catégories : on quitte l’autoroute des grandes catégories pour explorer des chemins de traverse.

La science qui émerge de cette invention catégoriale – et qui constitue à ce titre une révolution catégoriale – a un rapport tout particulier avec la catégorie de la causalité : en effet, elle surmonte les conceptions philosophiques de la causalité qui n’envisageaient pas « le cas que A puisse être un peu mais pas complètement la cause de B, et où, a fortiori, on chercherait à mesurer ce un peu » [A. Derosières, 2002]

La nouveauté prend la forme d’une combinatoire de causalités dont aucune n’est à elle même pleinement efficiente ; c’est toutes les bases d’une nouvelle connaissance scientifique (notamment de celle qui apparaîtra au 18° avec la statistique, puis au tournant du 19° et du 20° avec la mécanique quantique) qui commencent alors s’élaborer en marge des catégories comprises comme grands boulevards de la pensée et de l’expression avec Aristote, puis de la nature et de la physique avec Newton.

Les probabilités posent par conséquent la question d’un entre-deux des catégories. C’est une science qui est fondamentalement non-catégorique et c’est en ce sens qu’on peut dire d’elle qu’elle est quasi-catégorique.

Le quasi, que portent en eux la mesure et le calcul des probabilités, est donc le symptôme de l’émergence d’un nouveau rapport aux catégories.

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