Échographies de la télévision : un dialogue de sourds ?

by Christian on 18 avril, 2010

Relisant Échographies de la télévision, je suis frappé par le dialogue de sourds entre Bernard Stiegler et Jacques Derrida. Bien sûr, cela provient du fait que, 15 ans plus tard, on projette et on sur-interprète les propos de Stiegler à la lumière de ses autres publications dans l’intervalle.

A côté des propos de Stiegler, les réponses de Derrida m’apparaissent comme déplacées, voire désorientées. D’abord parce que Derrida ne cesse, comme il le fait systématiquement, de prendre d‘infinies précautions pour souligner les circonstances de l’entretien (filmé) :

« Dès qu’on nous dit : « Top! Commencez! », une course commence, on se met à ne plus parler de la même manière, presque à ne plus penser de la même manière, presque à ne plus penser du tout… » (p.81)

Pourtant, les questions de Stiegler ne sont pas de vraies questions, il tend des perches à son interlocuteur en formulant ses propos de manière interrogative mais tout en ayant déjà lui-même les réponses. On aurait pu penser que la complicité entre les deux amènerait Derrida sur le terrain des travaux de Stiegler. Mais non, Derrida fait du Derrida : chacune de ses réponses commence par un pas de côté, voire un pas en arrière, pour finir par dire que le temps manque pour répondre correctement à la question.

Il est vrai qu’en décembre 1993, à la date de cet entretien, Bernard Stiegler n’a pas encore publié son premier ouvrage (La Technique et le Temps) et Derrida, toujours dans ses précautions, sait que les travaux de Stiegler ne sont pas encore largement connus, d’où peut être cette prudence qui donne cette sensation d’un dialogue de sourds.

Reste un constat : celui de la maturité de la pensée de Stiegler. D’une certaine manière tout y est déjà quand on lit entre les lignes. Je sais qu’il a lui-même dit qu’il a déjà tout dans la tête depuis plus de 20 ans et qu’il ne lui reste plus qu’à l’écrire, mais je pensais qu’il s’agissait d’une boutade. Il faut croire que non.

Tout du moins en partie, car subsiste quand même un regret : celui de n’avoir pas vu cet entretien placé sous le thème de la pharmacologie. Mais à l’époque la revisitation du thème de la pharmacologie n’était, je crois, pas encore mûre chez Stiegler.

Enfin, cet entretien a été filmé : mais où diable peut-on voir le film ?

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Fred avril 18, 2010 à 9:34

Bonjour
Visiblement l’entretien a été filmé pour l’INA… où il est à présent enfoui. Sans justifier d’un projet audiovisuel ou de recherche il sera difficilement accessible.

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claude le berre avril 18, 2010 à 10:24

Je n’ai pas eu cette « lecture » du livre, même si c’est déjà il y a trop longtemps, et qu’il me faudrait le relire. J’avais vu d’un côté un fervent de l’interventionnisme (stiegler) et de l’autre, un fervant d’un certain laisser-faire. Comme si le sur-interventionnisme Stieglerien n’avait pas moins d’impact que le laisser-faire. Voilà l’impression, même si je ne suis pas sûr que cela corresponde à quelque chose. Effectivement, les deux ne sont pas du tout rejoint.

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Christian avril 19, 2010 à 8:17

@Fred : quel dommage si c’est le cas.

@Claude : Assez en phase avec toi sur cette différence relative à l’interventionnisme.

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souhail bouziani novembre 28, 2011 à 7:20

je veux un dialogue*

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