Derrida parle : a propos de l’être (6)

by Christian on 22 mars, 2007

Derrida rappelle comment son travail s’inscrit dans la tradition philosophique.
A la question traditionnelle de l’être, au travers de la question « qu’est ce que ? » (ti esti), Derrida se demande s’il n’y a pas, avant toute question, une réponse déjà là, qui la précède.
De plus, la tradition a généralement compris la question de l’être selon la modalité de la présence et du maintenant.
C’est donc une double remarque que Derrida adresse à la tradition :
– se demander si il n’y a pas un autre mouvement de pensée qui ne soit pas selon la modalité du questionnement, mais plus selon une modalité de l’affirmation.
– se défaire d’une compréhension de l’être comme présence.

Derrida hérite ainsi de la suspicion de Heidegger vis-à-vis de la tradition philosophique depuis les grecs, suspicion d’avoir compris l’être selon ce qui est effectivement présent : l’étant (participe présent) se substituant à l’être.
(A ce propos je me souvient d’un entretien avec Emmanuel Levinas rappelant que, ce qui l’avait marqué chez Heidegger, c’était qu’il avait rappelé que le verbe être était… un verbe, et non un participe présent.)

En cherchant à dénouer le primat de la présence du présent dans l’interrogation sur l’être, Derrida en vient à découvrir l’importance de la trace et de l’écriture.
Car ce que la trace, et toute forme d’écriture, porte, c’est précisément une absence, un passé. En tout cas un autre que l’être comme simple présence.
De fait, la pensée de la trace s’interroge sur tout ce qui diffère, et c’est en ce sens que l’écriture est une « différance ». Elle diffère son présent et son maintenant, elle renvoie toujours à quelque chose ou à quelqu’un d’autre.
L’enjeu de cette question est d’entrevoir un passé et un futur qui ne soient pas de simple déclinaisons du présent (le passé comme ce qui a été présent, et le futur comme ce qui sera présent).

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