La chasse au consommateur

by Christian on 28 février, 2010

Dans La baisse du crédit accordé aux offres de service j’évoquais la figure actuelle du consommateur en ces termes :

En tout cas, le consommateur prend une figure toute particulière en ce début de siècle, il est devenu le bouc émissaire : c’est de sa faute s’il ne consomme plus assez. Cela justifie de pouvoir le violenter, le torturer, le menacer, le voler … pour finir par le culpabiliser.

En effet, puisque tout passe par la relance de la consommation (partis de gauche et de droite se rejoignent là-dessus), on veut bien être gentil avec le consommateur, lui faire envie, etc. mais quand on voit que çà ne marche pas, on commence à se fâcher et à lui faire violence.

C’est que, depuis la seconde guerre mondiale le rapport entre consommation et production s’est inversé : alors que la production était au service de la consommation, le rapport s’est inversé, comme le souligne Denis Vicherat dans Post Capitalisme, imaginer l’après :

Désormais, ce sera aux consommateurs d’être au service de la consommation, et non l’inverse : « Pour sauver l’économie, il faut acheter n’importe quoi ! » disait Eisenhower après la seconde guerre mondiale. p.131

Et qui sait si, très bientôt, la célèbre scène de torture de Reservoir Dogs ne symbolisera pas la façon dont la production s’adresse au consommateur.

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    cybunk mars 1, 2010 à 11:53

    Je partage cet avis sur la violence dans les rapports production/consommation. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler la pub diffusée par la SNEP en 2004 qui illustre assez bien ce rapport « violent ».

    Sous couvert de vouloir « éduquer » , la snep insultait ses « clients », consommateurs … http://www.cybunk.com/temp/snep_doigt.png

    Répondre

    Dominique De Vito mars 8, 2010 à 6:42

    Je dirais que cela dépend des pays. C’est par ex plus vrai en France car les gouvernements successifs ont privilégié la relance de la demande (car + rapide), pas (ou très peu) de la production. Ce qui a entrainé IMHO une perte emploi et de compétitivité mondiale. Pour donner un autre ex, l’Allemagne a plus soutenu la relance de la production (un soutien indirect via ses PME innovantes).

    Et par ailleurs, c’est marrant, cela rejoint mon image du dentiste, lors de ma classification de la relation que l’on peut avoir avec l’open source : http://www.jroller.com/dmdevito/entry/the_open_source_way_through

    Répondre

    Panayotou mars 13, 2010 à 4:40

    Analyse très intéressante.

    La pièce « Dans la solitude des champs de coton » de Bernard Marie Koltes, m’a fait penser à votre propos. Vous l’avez peut être déjà lue. La pièce met en scène deux personnage, un DEALER et un CLIENT. Le premier veut à tout prix vendre quelque chose au second, qui ne veut pourtant rien. L’échange (ou le refus de l’échange) tourne progressivement à la violence, comme en témoigne l’extrait ci dessous:

     »
    LE CLIENT: Qu’est ce donc que vous avez perdu et que je n’ai pas gagné? car j’ai beau fouiller ma mémoire, je n’ai rien gagné , moi. Je veux bien payer le prix des choses ; mais je ne paie pas le vent, l’obscurité, le rien qui est entre nous. Si vous avez perdu quelque chose, si votre fortune est plus légère après m’avoir rencontré qu’elle ne l’était avant, où donc est passé ce qui nous manque à tous deux? Montrez-moi. Non, je n’ai joui de rien, non, je ne paierai rien.

    LE DEALER: Si vous voulez savoir ce qui a été dès le début inscrit sur votre facture, et qu’il vous faudra payer avant de me tourner le dos, je vous dirai que c’est l’attente, et la patience, et l’article que le vendeur fait au client, et l’espoir de vendre, l’espoir surtout, qui fait de tout homme qui s’approche de tout homme avec une demande dans le regard un débiteur déjà. De toute promesse de vente se déduit la promesse d’acheter, et il y a le dédit à payer pour qui rompt la promesse.

    LE CLIENT: Nous ne sommes pas, vous et moi, perdus seuls au milieu des champs. Si j’appelais de ce côté , vers ce mur, là-haut, vers le ciel, vous verriez des lumières briller, des pas approcher, du secours. S’il est dur de haïr seul, à plusieurs cela devient un plaisir. (…) Vous supposez que tout homme trouvera indigne de crier; vous comptez sur la dignité, la vanité, le mutisme des hommes. Je vous fais cadeau de cette dignité là. Si c’est du mal que vous me voulez, j’appellerai, je crierai, je demanderai du secours (…).

    LE DEALER: (…) La fuite est un moyen subtil de combat; vous êtes subtil; vous devriez fuir. Vous êtes comme ces grosses dames dans les salons de thé (…): vous promenez votre cul derrière vous comme un péché pour lequel vous avez du remords, et vous vous tournez dans tous les sens pour faire croire que votre cul n’existe pas. Mais vous aurez beau faire, on vous le mordra quand même.

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    Christian mars 13, 2010 à 6:36

    Non je ne l’ai pas lu. Mais ce commentaire et l’extrait sont fort à propos.

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