Mon retour d’expérience du Sony Reader PRS – 505

by Christian on 30 novembre, 2008

Il y a déjà eu plusieurs retours d’utilisateurs à l’occasion de la mise en vente du Sony Reader PRS-505, mais je voulais en souligner une qui m’a particulièrement frappé.
Cette liseuse, terme qui m’a été judicieusement soufflé par Virginie Clayssen, est un instrument qui conçoit la lecture exclusivement comme un flux, et en cela il y a un vrai retour en arrière par rapport à ce que permet le livre, où tout au moins un choix dans la conception et le design du périphérique.

En effet, le texte vient s’afficher dans la lucarne de son écran ; cette évidence a quand même pour conséquence la « cinématographisation » du texte : ici on ne passe pas d’une page à une autre page, ce sont bien évidemment les pages qui se substituent les unes aux autres pour constituer le « film du livre ». il faut donc faire une croix sur tous les va-et-vient de la lecture :

  • regarder rapidement quelques pages plus loin;
  • feuilleter ;
  • aller jeter un oeil au sommaire;
  • etc.

Avec ces périphériques, la spatialisation du texte sur les pages du livre fait place à son inscription dans un flux d’affichage : on s’installe et on lit comme on s’installe et on regarde un film, du début jusqu’à la fin.

« C’est pour de la lecture linéaire », m’avait en effet prévenu Got qui l’avait acheté avant moi.

Outre l’absence de possibilités d’annotation, de soulignage et d’écriture au sens général – qui justifient le nom de liseuse, et à propos desquels je ne parle pas ici – la pratique seule de la lecture est encore sérieusement reconfigurée par rapport à celle que l’on peut avoir avec le livre. Cela est beaucoup plus adaptée pour un certain type de littérature qui est celle des romans et des récits, mais c’est celle que j’apprécie le moins. Essais et autres études n’y seront pas à l’aise car en se faisant outil de lecture, la liseuse s’est spécialisée dans une utilisation qui laisse peu de place à des pratiques de travail autour de la lecture.

Finalement, aussi moderne soit-il, j’ai eu la sensation que c’était un périphérique fait pour les pratiques de lectures les plus passives, je veux dire pour des pratiques sages, dociles et linéaires de la lecture. Ainsi je m’y suis senti à l’étroit, comme dans ces attractions où il faut « s’attacher et ne pas bouger » pour pouvoir profiter du spectacle.

Je ne suis pas pour autant sceptique quant à l’avenir de ces périphériques de lecture, car je suis persuadé qu’il y a un marché pour autant de périphériques qu’il y a de pratiques de lecture : d’ici quelques années j’aurai certainement plusieurs de ces appareils, un pour les lectures au coin du feu, comme le Sony actuel, un pour les lectures de travail, et puis certainement d’autres comme le Kindle d’Amazon pour avoir accès à des contenus ou à des fonctionnalités propriétaires. On peut même aller jusqu’à imaginer un marché de liseuses hyper-spécialisées : une pour les romans policiers et les énigmes avec des fonctionnalités pour tracer des indices, une autre pour les grands textes philosophiques de la tradition grecque avec des apparats critiques ad hoc, une autre pour la lecture des journaux, etc.

Le jour viendra-t–il où on ne dira plus « qu’est-ce que tu lis ? » mais « quelles sont tes liseuses » ?

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Alain Pierrot novembre 30, 2008 à 4:17

« Quelles sont tes liseuses ? »

Pour ma part, je pense qu’on aura plutôt des programmes de lecture paramétrables embarqués sur des liseuses génériques, pour gérer l’expérience du lecteur en fonction du genre de livrel, au même titre que les choix de typographie, de mise en page, par exemple avec masquage/affichage de l’apparat critique.

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Christian novembre 30, 2008 à 4:23

Aussi, je crois. Les deux ne sont peut-être pas exclusifs.

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Christian novembre 30, 2008 à 4:26

Au fait : question choix des typo et mise en page c’est pas çà avec les PDF et le Sony. Je commence à comprendre pourquoi tu parles toujours d’empans et de trucs de ce genre 😉

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dbourrion novembre 30, 2008 à 5:21

Je persiste à penser que nous ne parvenons pas à penser l’usage futur des liseuses (je préfère livrel) parce que nous pensons à partir du livre, d’une part ; et parce que nous essayons de penser à partir d’outils (les liseuses actuelles) dont on sait bien qu’ils sont déjà dépassés.

On sait bien que ces outils en sont à leurs premiers pas : je pense donc qu’il faut juste attendre que les versions bien plus évoluées, que l’on sait arriver, soient entre nos mains. A partir de là se développeront sans doute des pratiques impensables pour l’heure pour nous…

Il me semble en conclusion que nous sommes dans la situation où nous étions avec le Minitel… Qui à l’époque, à partir du Minitel, imaginait le web ?… Donc : wait & see… Le futur n’est pas encore là 😉

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Alain Pierrot novembre 30, 2008 à 6:43

@dbourrion
Je pense qu’on a intérêt à disposer de termes distincts pour
• le matériel => liseuse
• le programme de lecture (par ex. Adobe Reader, Publishing Editions, MSReader…)
• les ouvrages numériques => livrel (eBook)
Cela permet de débrouiller dans la tête de qq décideurs les responsabilités et stratégies quand ils abordent (prudemment) la question d’investir ou de bloquer la diffusion de produits culturels sur le réseau…

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Virginie Clayssen novembre 30, 2008 à 7:10

Chouette, un utilisateur de plus pour « liseuse » ! Et merci Alain de repréciser la distinction liseuse (=terminal de lecture) / livrel (œuvre disponible sous forme numérique).
Bien d’accord sur les points que tu évoques, Christian, les liseuses disponibles aujourd’hui ciblent un public particulier, je ne dirai pas de lecteurs « passifs » (je ne trouve pas que l’on soit passif lorsqu’on lit un roman ou un récit de bout en bout), mais de lecteurs jouant complètement ce jeu que requiert la fiction de « suspension provisoire de l’incrédulité »… La lecture de flux favorise cette immersion, l’action n’est pas dans la décision d’interrompre sa lecture pour circuler dans le texte autrement qu’en faisant se succéder la lecture d’une page après l’autre, mais elle est tout entière dans l’imagination, dans ce qui se produit dans notre esprit pendant la lecture.
La comparaison avec le cinéma est juste : nul ne se plaint au cinéma de ne pas disposer d’une télécommande permettant l’arrêt sur image, le retour en arrière, le saut d’une séquence à une autre. Ce que permet le DVD, qui se prête d’ailleurs bien à l’analyse des films, à un visionnage critique, qui nécessite un hachage de l’expérience, qui implique de sortir de la position un peu « enchantée » du spectateur, pour observer le film et plus seulement le regarder.
En fait, la liseuse « enferme » un peu : le livre imprimé avec ces pages toutes immédiatement disponibles, même s’il n’est pas toujours aisé d’y retrouver un passage recherché, nous donne l’impression qu’il échappe au temps, que c’est le lecteur qui soumet sa lecture à son temps à lui. Sur la liseuse, on peut avoir cette sensation d’être « enfermé » sur la page que l’on est en train de lire, et soumis au temps de la machine, y compris à ce délai pour la tourne de la page qu’il faut apprendre à anticiper. Une amélioration des fonctionnalités de ces machines devrait permettre de limiter cette impression d’enfermement, avec des possibilités accrues de navigation dans le texte.
Une autre limitation est celle de la navigation parmi les livres contenus dans la liseuse, versus le fait de parcourir du regard sa bibliothèque. Toutes les caractéristiques physiques des livres, ainsi que le simple souvenir de « l’endroit où on les a posés », nous aident à retrouver un livre. Cela n’a plus cours dans notre bibliothèque électronique, et quand les livres s’y multiplient, retrouver celui que l’on cherche peut devenir fastidieux.

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F novembre 30, 2008 à 11:11

là, je rejoins Alain – pour ma part, utilisation de la Sony à 70% sur textes « pros » (manus, épreuves, notes de cours ou ateliers et extraits pour…) – mais du coup elle est tjs dans mon sac – hors maison, plaisir à la sortir pour la masse de classiques embarqués, de Chateaubranlouillant à Saint-Simon, Balzac, Proust

c’est juste ma réticence au vocabulaire de Christian, même évidemment si plein accord : le « terminal » de lecture est passif, mais dans une pratique qui peut ne pas l’être – par exemple, je ne « vois » pas les coquilles à l’ordi, alors que je les vois sur la Sony, donc je lis sur la Sony et corrige sur l’écran

aucun regret pour moi ces 6 mois de manipulation de l’objet, et m’achèterai le 700 dès que… mais en même temps, et c’est là que je rejoins Christian, l’essentiel c’est ce qui se passe côté des ordis, la prolifération des Asuus-type, la façon dont je m’amuse avec l’iTouch parce que texte et web vont ensemble

reste que la lecture « dense » est possible sur la Sony, et – comme dans la discussion chez Marin –, pas possible de la dissocier de la logique d’offre : les textes scientifiques, comme la poésie ou les textes littéraires, qui va continuer de les éditer ? le défi du numérique, c’est de rendre possible sur ces outils encore primaires l’accès à des contenus qui nous importent, et qui vont continuer à se raréfier

enfin, même sur le PRS-500, on a quand même de quoi bidouiller pour des textes interactifs, des systèmes de notes surgissants, et sur la Nintendo-DS, quand on la détourne en usage texte, on peut retrouver cette fonction « vision globale » de jeu avec le sommaire, avancées retours rapides dans le texte etc

à nous de construire ces possibilités de navigation augmentées, et pas se contenter du portage de texte aux formats écrans – Bruno (y en a qu’un) me montrait l’autre jour une réalisation pour défilement de BD avec un tout petit chouïe de pages d’avant et d’après qui restaient sur les côtés (en mode horizontal) et ça changeait tout le rapport à cet « enfermement » dont parle V – c’est aussi ma réticence à Stanza, alors que le PDF reste sacrément vivant quand on le tripote

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Got décembre 1, 2008 à 1:16

Merci Christian pour ce texte, j’ai eu peur que tu ne sois complètement négatif, sachant pertinemment que tu ne lis pas de romans, je constate avec plaisir que tu as fait la part des choses (plutôt rare, sur le sujet…). Mon impression perso, en forme de billet, http://www.lespetitescases.net/impressions-sur-le-sony-reader

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Bruno Rives décembre 1, 2008 à 8:51

Réflexions peut-être valables pour la Sony PRS505, et des formats comme le PDF et le RTF. Mais pour des contenus en LRF sur Sony, ou GPF sur GeR2, des readers comme le PRS700, ou des plates-formes communicantes comme Amazon/Kindle ou SFR/Ganaxa, je rejoins l’avis de François.

Tout à fait d’accord sur les différents modèles à terme, c’est déjà le cas dans les projets que j’accompagne ou que je vois se développer. Des plates-formes spécialisées avec des applications/contenus spécifiques et le support de formats génériques.

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Christian décembre 2, 2008 à 12:32

FB : « enfin, même sur le PRS-500, on a quand même de quoi bidouiller pour des textes interactifs, des systèmes de notes surgissants »

Là j’ai dû louper quelque chose… comment fait-on pour avoir çà ?

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F décembre 2, 2008 à 2:20

on écrit à François Pachet http://www.csl.sony.fr/~pachet/ , ou bien on s’y colle via petits softs à investir la barre noire d’en dessous (genre celui qui affiche une pendule, voir MobileRead)

pour ça que ça me gêne la défense Marin-Hubert (au sens échecs du terme), parce que tout ici est mobile et dépend de la façon dont on s’approprie les machines et qu’on les modifie à notre usage

ce soir à Lausanne ai fait perf avec juste série de bookmarks placés parmi série de pages de la liseuse dans fichiers et titres séparés, du coup ça me servait de tour de contrôle via touche « menu » d’un seul clic pour navigation hyper rapide

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F décembre 2, 2008 à 2:23

sur le « Mal vu mal dit » de Beckett (ne pas diffuser, merci) concocté par nemolivier et que je t’ai envoyé hier soir, tu as alternance texte Beckett et commentaire François Regnault via touche OK à chaque présence petit signe noir, c’est ce genre d’expérience, toute timide je te l’accorde, mais faut bien prendre les trucs par un bout, qui nous permet des expériences relevant encore plus ou moins de l’hypertexte, mais à partir de l’ergonomie liseuse

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Bruno Rives décembre 2, 2008 à 12:12

Pour alimenter la réflexion…
HarperCollins et la Nintendo DS

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Christian décembre 2, 2008 à 7:54

Merci Bruno. Concernant la Nintendo, les jeux de rôle japonais sont déjà des épreuves de lecture tant ils peuvent être verbeux. 🙂

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Aldus décembre 3, 2008 à 8:13

Ravi de voir que vous avez sauté le pas. A titre personnel, j’ai jamais considéré la lecture comme un acte passif, papier électronique ou pas, je suis pas passé à l’état végétatif… Les « liseuses » ne frappent pas d’Alzeihmer… Même si le blog est fermé depuis plus d’un mois, je continue à beaucoup apprécier mes deux lecteurs, Sonyreader et Cybook. La seule réserve sur le Cybook est que j’ai une peur bleue de le faire tomber par terre… Enfin, comme j’ai toujours pris grand soin de mes livres, ça déroge pas à mes habitudes. Comme dit Got, offre indigente du côté de la Fnac, on est encore encore loin de l’effet d’annonce du mois de septembre, 59 livres de poche la semaine dernière, 6 de plus cette semaine, à ce rythme-là, on aura la collection complète en 2050… Repéré un diffuseur intelligent, Atheles http://atheles.org/index.html qui va dans le bon sens (50% de la version papier), Je suis en train de lire l’un des ouvrages proposés. à espérer que l’offre d’éditeurs se développe. A signaler en tous cas toutes les initiatives qui vont dans ce sens…

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