Il faut plus qu’un homme et une femme pour faire un enfant

by Christian on 13 avril, 2008

La psychanalyse freudienne porte en elle une certaine vision dans la constitution de la vie psychique de l’enfant : il y a la famille comme premier cercle puis, dans un deuxième cercle, la société.


Or, en lisant Maurice Godelier, notamment dans Au fondement des sociétés humaines, l’anthropologie nous apprend que  :

« Les liens et les groupes de parenté ne constituent jamais le fondement de la cité ou de l’État. Nulle société n’a jamais été fondée sur la famille ou la parenté. »

Ce qui m’amène à me demander si la vision freudienne de la constitution de l’inconscient n’est pas surdéterminée par un poids trop important accordé à la structure familiale. Aussi, quand on dénonce le poids des industries de programmes et leur impact sur nos enfants, peut-être faudrait-il rappeler avec plus d’insistance que ces industries se substituent à la vacance d’une politique publique et sociétale, plus qu’a la défaillance des familles elles-mêmes.

Pour que la psychanalyse, dans ses investigations sur l’inconscient, accepte de placer la question de la technique au coeur de ses préoccupations, il faudrait peut-être d’abord commencer par réévaluer l’importance de la société (ses dispositifs techniques et ses logiques de souveraineté et de contrôle) sur la constitution psychique des individus, et tout particulièrement celle de nos enfants.

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Thomas Francart avril 14, 2008 à 9:58

Sur l’influence de la technique sur la société, relire Jacques Ellul, « Le Bluff Technologique ». Ecrit en 1987, il y parle déjà beaucoup de « télématique », à traduire aujourd’hui en « Internet ». Il y cite notamment un extrait de la revue « Terminal » de 1984 :

« Demain, Monsieur Tout-le-Monde, équipé de sa carte à mémoire, pourra l’alimenter sur son distributeur CCP, la brancher sur sa télé pour recevoir « Info-Mairie », puis sur son téléphone pour appeler sa tante à New-York, puis à nouveau sur sa télé pour recevoir les pages météo d’Antiope, et si les prévisions sont bonnes pour le week-end, il pourra avec elle réserver et payer sa place de train… A la maison, il pourra consulter le journal télématique, aider ses enfants à programmer leurs jeux électroniques. Il en profitera, s’il reste du temps, pour se brancher sur son terminal, sa carte lui servant d’identifieur, pour faire quelques heures de travail à domicile (…) Que seront l’univers et la psychologie de gens qui travailleront, communiqueront, consommeront, se distrairont et s’éduqueront de la naissance à la mort par le moyen d’un écran ? »

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Christian avril 15, 2008 à 8:25

Je ne connaissais pas ce Thomas Francart là 🙂

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Olivier Réaud avril 18, 2008 à 11:07

Tans la critique du rapport famille société peut sembler fondée, que les procès successifs des innovations technologiques « qui nous envahissent », parce que nous les utilisons reposent sur notre absence (la notre, celle de nos élites) à concevoir un projet pour notre Société, un futur qui nous mobilise, un mode de fonctionnement pour notre présent.

Les Grecs, les Romains, les Chrétiens, les Lumières, Les Républicains de la première heure, étaient porteurs d’un projet de civilisation, qui est devenu à chaque fois pour partie réalité, une réalité modifiée par l’évolution du monde, de ses innovations, de la résolution des problèmes de l’étape précédente. Aujourd’hui, nous subissons nos évolutions, nous nous rattachons aux modèles de pensée précédents (que tous trouvent obsolètes). Nous innovons sur tout, sauf en matière de projet de société !

La question de l’éducation des enfants est effectivement celle du projet de société. Est-ce à nos états nations de reprendre la main, aux nations continents qui émergent dans la lenteur (chez nous en Europe en tous cas), à des communautés de citoyens auto-proclamées, à chaque citoyen ? Qui doit faire quoi ? La question est posée. Il nous faut collectivement y répondre.

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Patrick Bellabiod avril 30, 2008 à 2:27

Il me semble qu’il ne faut pas confondre la société du spectacle et les technologies… D’ailleurs, Internet est souvent vu comme une issue à cette culture subie.
Il faut se méfier de l’écrasement temporel que produit les regards portés sur le passé, et, se garder d’imaginer de grands desseins à une histoire plus dépendantes des probabilités que nous ne voulons bien l’admettre.
Finalement, nous ne pouvons agir que sur nous mêmes et par là…

Je sais, je suis chiant, quand je me réveille stoïcien.

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Charlotte Fabre mai 21, 2008 à 1:57

Je vois ce message un peu tard. Sans développer l’interêt que je porte à Maurice Godelier, ni la place de la technique (si l’on oppose technique à parenté / famille) au sein de la société; je pense plutôt qu’il faut encore et toujours creuser les mécanismes de reproduction quels qu’ils soient. Mais bon, Avec Bourdieu en fond, c’est trop long à développer. Petit message supplémentaire : On ne parle pas assez d’anthropologie dans les SSII!! 🙂

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