Godard raconte dans un entretien fimé au Fersnoy en 2004 que “la machine à écrire a été inventé pour les aveugles”. Ce n’est pas tout à fait exact, même s’il est vrai qu’il y a eu parmi les premières machines à écrire certaines qui ont été construites pour les aveugles.

Mais l’image est assez forte pour être remarquable : il faut être aveugle pour écrire.

Jusqu’à quel point la machine à écrire, jusqu’à nos claviers d’aujourd’hui, ont modifié la littérature et l’écriture ? Doit-on se faire aveugle pour taper au clavier ? Quand je tape ces mots sans regarder le clavier, je me comporte comme un aveugle : je suis aveugle de mes doigts pour voir le texte s’écrivant.

C’est aussi la même chose avec un appareil photo où une camera, comme le suggère également Godard : il faut être aveugle pour prendre la bonne photo, tout comme il faut être aveugle pour faire voir la réalité différemment dans une séquence fimée.
Il faut se rendre aveugle pour voir, car on sait bien que les aveugles sont aussi souvent des voyants. Ceux qui voient les esprits et les choses que nous, voyants, ne voyons pas.

Être aveugle c’est forcément voir autre chose.

Je me souviens ainsi du jour où j’attendais un consultant développeur de la société OpenLink qui développe notamment le triple store Virtuoso. C’était sur le site de la BnF et ce matin là donc, je vois arriver un aveugle avec sa canne blanche. Je fis mine de ne pas être surpris tout en étant totalement stupéfié intérieurement. (Got doit s’en souvenir il était là aussi, même si çà fait longtemps car à l’époque il bloguait encore).

Lors du rendez-vous qui suivit, tout le monde a pu constater que ce n’était pas un charlot. Mais que voyait-il quand il nous parlait de l’architecture du logiciel, du code et de la structure des données en RDF ?