Pourquoi le Web Sémantique a-t-il autant de succès ?

by Christian on 20 novembre, 2005

C’est d’abord parce qu’il est destiné à être utilisé par les machines, non par les hommes. Il est destiné à être utilisé par des machines car il repose sur les logiques descriptives dont le formalisme permet de faire du calcul. Attardons-nous quelques instants sur ces logiques descriptives qui sont au coeur même des démarches « sémantiques ».

Une logique basée sur le calcul des prédicats est trop pauvre car elle ignore la notion de contextualité, c’est la raison pour laquelle, en matière d’ingénierie des connaissances, les logiques descriptives ont pris le dessus. Elles ont la prétention – c’est ce que dénote l’adjectif « descriptives »- de s’appuyer sur une représentation contextualisée des éléments qui la composent. Et pour ce faire, les logiques descriptives se proposent de regrouper les connaissances dans leur contexte d’application. Pour répondre à cette contextualisation de la connaissance, a été mis en place les Frames (Cadres). Je n’insisterai pas plus là dessus car la programmation orientée objet est issue de cette représentation des connaissances par des Frames (entités, classes, attributs, méthodes,…)
Une représentation des connaissances ( ou Base de connaissances, ou ontologie) est la somme des T-Box et des A-Box :

  • Les A-Box: sont les assertions concernant les instances . Elles contiennent des connaissances quelconques sur les instances.
  • Les T-Box: sont les connaissances terminologiques concernant les classes. Les T-Box contiennent des formules logiques qui caractérisent les classes , c’est le lieu même des logiques descriptives, que l’on appelle aussi parfois les logiques terminologiques.

A partir de là, on peut dire que :

  • Raisonnement A-Box = moteurs d’inférence généraux
  • Raisonnement T-Box = les méthodes DL (Logiques Descriptives) à proprement parler.

Le Web tel qu’il est à présent, mais de moins en moins, ne propose pas de sémantique formelle, cela signifie qu’aucun calcul ne pouvait avoir lieu. C’est la raison pour laquelle on a rajouté la norme XML permettant de rajouter des méta-données aux documents. Mais cela ne suffisait pas, il a fallut rajouter la norme RDF (Ressource Description Framework) proposant une syntaxe de triples en XML ( Objet A -> Relation -> Objet B). Cela ne suffisait pas non plus, aussi a-t-on rajouté RDFS (RDF Schema) qui propose une extension pour structurer les tags XML en classes, propriétés, etc. Finalement, en février 2004, le W3C a proposé la norme OWL (Web Ontology Language), dernière étape de la normalisation permettant aux logiques descriptives de pourvoir enfin opérer.

Trois normes OWL sont actuellement proposées :

  • OWL Lite : c’est la version la plus simple.
  • OWL DL : c’est la version la plus importante puisqu’elle correspond aux enjeux de la DL (logiques descriptives).
  • OWL Full : son intérêt est pour l’instant plutôt théorique.

De ces quelques rappels, nous pouvons préciser les points suivants :

  1. Les normes n’apparaissent pas par hasard, elles sont non seulement le fruit d’un consensus (entre les différentes parties prenantes : celles du monde de l’entreprise et dans une moindre mesure des universités) mais elles sont surtout là pour répondre à un impératif et à une exigence. En l’occurrence, pour les sciences de l’information et les technologies cognitives, il s’agit de pouvoir opérer et calculer sur les supports numériques.
  2. Mais cela ne suffit pas : on ne procède pas à des normalisations où à des efforts de recherche importants si l’enjeu n’en vaut pas la chandelle. Quel est donc l’enjeu ? Il s’agit de dégager un consensus et d’agréger des représentations de l’information afin d’accélérer le contrôle de l’esprit et de la mémoire.
  3. Cette logique s’exerce dans l’entreprise dans un but de rationalisation et d’efficience : c’est le cas dans les méthodes de développement ou dans les architectures informatiques qui ont les premières mis en oeuvre les standards du Web Sémantique (Java, XML, Web Services, ..), mais aussi dans les démarches management des connaissances (Bases de connaissances, capitalisation, partage des connaissances, …)
  4. Mais c’est aussi et surtout une logique qui vise directement un tout autre objectif : relancer la consommation, par tous les moyens, j’ai bien dit « par tous les moyens ».

Epilogue :
Bien sûr, cette conclusion peut sembler abusive. Surtout pour toi, lecteur, qui est partie prenante de la démarche. Peut-être jugeras-tu la chute péremptoire et paranoïaque. Mais combien de personnes sur terre sont aussi instruites que toi ? Ceux qui vivent dans la misère symbolique vont se faire tirer comme des lapins par ce processus, par cette gigantomachie.

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nouri février 4, 2007 à 3:56

bonjour,
votre site est formidable
j’ai suivie les étapes de construction d’une ontologie mais j’ai pas réussi a utiliser les outils d’enregistrement (SESAME ) et d’interrogation (RACER) de l’ontologie (probleme d’installation) j’ai besoin de votre conseil
cordialement

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Christian février 4, 2007 à 6:05

Peut-être auriez-vous intérêt à utiliser directement Protégé : http://protege.stanford.edu/

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Erwan mai 22, 2008 à 6:47

Bonjour Christian, et bravo pour ce blog très intéressant. J’avoue ne pas bien comprendre ce fameux point 4, et ne pas même savoir si je suis partie prenante de ce que vous expliquez. Pourriez-vous svp être, ici ou sous la forme d’un mail, un peu plus explicite ?

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Christian mai 22, 2008 à 8:29

La consommation s’épuise par ce qu’elle épuise la libido et le désir. La tendance qui souhaite la relancer uniquement par le calcul ne font qu’accélèrer le malaise, en tapant parfois en dessous de la ceinture (en s’adressant aux pulsions et non plus aux désir).
Sinon cette note est un vrai capharnaüm : j’y est mélangé avec beaucoup de légèreté des choses qui auraient demandées beaucoup plus de précisions. Rien d’étonnant à ce qu’un lecteur attentif souhaite avoir plus de précisions.

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