Pour Polanyi « Tacit Dimension » (Michael Polanyi), ce qui se transmet de génération en génération est essentiellement tacite. J’y vois là une occultation de la technique, c’est à dire des supports de mémoire. Car, de fil en aiguille, c’est la technique tout entière qui devient l’autre nom du tacite.
Je renouvelle donc ici mon refus de la distinction entre connaissance explicite et tacite. Cette distinction n’est que la résultante d’une compréhension métaphysique, sous le joug du schème hylémorphique, de la connaissance.
Il est frappant de voir à quel point de nombreux courants, tel le cognitivisme, prennent la question de la technique pour une évidence. Mais cette évidence devient immédiatement ce qui ne doit même pas être interrogé. Bernard Stiegler note à ce propos que :
« La question d’une technicité essentielle de la connaissance, et plus particulièrement, de la mémoire qui est supposée par toute activité cognitive, se trouve du même coup écartée par Turing, qui postule une neutralité théorique de la mémoire technique – comme par exemple un livre, une feuille de papier ou une mémoire centrale d’ordinateur – mise en oeuvre dans un modèle cognitif (La Technique et le temps, T2 La désorientation,P190)
On oublie trop facilement la branche sur laquelle on est assis. Aussi faut-il s’efforcer de discerner partout les supports qui nous entourent, véritables organes externes de notre existence. La technique n’est pas qu’une aide ou une béquille : elle est ce qu’il y a de plus essentiel, c’est notre horizon temporel.
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