Contre le dénigrement des supports de mémoire et de la technique

by Christian on 11 mars, 2006

Pour beaucoup de personnes dans l’entreprise, le management des connaissances est compris comme une démarche de mise en boîte. On parle alors de « capture » ou de « recueil » ou « d’extraction « de la connaissance. (voir la note Pétrole et Connaissances).


La connaissance passe-t-elle de l’oral à l’écrit aussi facilement ? Si l’on suit cette logique, une démarche de management des connaissances revient dès lors à écrire, et à retranscrire, les pratiques orales. Une sorte d’ethnologie de l’entreprise.
Cette façon de voir amène dans certains cas une confusion – et un glissement – entre deux couples d’opposés que sont tacite/explicite d’une part, et oral/écrit d’autre part. De sorte que le tacite s’identifie à l’oral et l’explicite à l’écrit.

Disons le tout de suite : l’écrit ne peut pas se réduire à une simple retranscription de l’oral.

Procéder à cette réduction présuppose que l’oral précède l’écrit (historiquement ET ontologiquement ). L’écriture ne serait alors qu’un simple enregistrement. Derrida à montré (« De la grammatologie » (Jacques Derrida)) une certaine forme de primat de l’écriture sur l’oralité.
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Toute retranscription, et toute écriture, est un support de mémoire. Ces supports de mémoire sont comme des prolongements de nous-même, comme un nouvel organe : nous sommes dans une relation organique avec nos supports de mémoire.

Nous sommes constitués par ces supports de mémoire comme suite à une greffe. Notre identité se dilue dans nos organes naturels mais aussi artificiels, ce qui provoque une confusion frontalière entre les opposés que sont le naturel et l’artificiel. Suis-je le même avec un coeur artificiel ? Suis-je le même sans ordinateur ? Suis-je même sans mes lunettes ? Suis-je même sans ces oeuvres de la technique, dont une d’entre elles est l’écriture ?

Aussi faudrait-il parfois se déprendre de la notion d’identité, car elle ne résiste pas à sa diffusion dans les supports de mémoire de tout type : serais-je le même si je ne publiais pas ces notes ? Le fait de publier, via des supports de mémoire et grâce à des techniques, ne me constitue pas en tant qu’identité mais plutôt en tant que singularité. J’ex-iste.

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