9 Avr 2011, 7:31
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Positivité de l’oubli

Toujours la mémoire est valorisée et mise en avant dans son économie avec l’oubli. Ses techniques et ses ruses sont merveilleuses et parfois même mystérieuses. L’oubli, quant à lui, reste dans l’ombre, il a la figure du négatif et de la privation.

Photo Bertrand Marenger

La mémoire arrache à l’oubli qui, lui, est effacement. Cet arrachement est une technique, et la mémoire est de facto une mnémotechnique.

Pourtant, il ne vient pas à l’idée, sauf précisément chez Freud avec le concept de refoulement, de parler de techniques d’oubli comme on parle de techniques de mémoire.

Qu’est ce que cela veut dire « oublier » ? more »

Le bloc-notes magique (wunderblock) de Freud

La Note sur le “bloc-notes magique” est un petit texte fort intéressant de Freud, écrit en 1925 (page 129 de “Huits études sur la mémoire et ses troubles“, Sigmund Freud, Ed. Gallimard, Coll. Connaissance de l’inconscient).

Freud commence par donner un crédit significatif aux supports de mémoire (hypomnemata ou extended mind chez les Américains) en rattachant explicitement les notes manuscrites au dispositif mnésique :

“Le support qui conserve ces notes, tablette à écrire ou feuille de papier, est alors en quelque sorte un morceau matérialisé de l’appareil mnésique, qu’habituellement je porte en moi de façon invisible.” p.133. (XIV,3)

Ce faisant, souligne Freud, le souvenir a été fixé et peut être reproduit à volonté, sans avoir subi les affres de la mémoire. Ce procédé d’écriture mnésique est ensuite lui-même distingué en deux procédés selon le support d’écriture qui est choisi :

  • si c’est un papier, j’obtiens une “trace mnésique durable“. Mais qui a les spécificités suivantes : tout d’abord, une fois la feuille remplie, il faut en utiliser une autre (le support ne peut contenir qu’une quantité limitée de traces), ensuite, si je ne veux plus garder la trace d’une note, je dois pouvoir l’effacer, ce que ne peut pas faire le papier selon Freud.
  • si c’est une ardoise, j’ai un support d’une capacité potentiellement illimitée : je peux effacer les traces sans jeter aux rebuts le support lui-même. L’inconvénient étant que je ne peux garder de trace durablement.

Ce qui permet à Freud de faire le constat suivant :

“Capacité illimitée de réception et conservation de traces durables semblent donc s’exclure mutuellement pour ce qui est des dispositifs qui servent de substituts à notre mémoire ; il faut, soit renouveler le support, soit supprimer les notes.” p. 134 (XIV, 4)

Il souligne ensuite que, si la plupart des prothèses techniques qui augmentent notre perception (vue, audition) sont des dispositifs techniques qui imitent l’organe sensoriel, force est de constater que les dispositifs techniques qui augmentent notre mémoire sont particulièrement défectueux car “notre appareil psychique sait justement réaliser ce qu’eux ne peuvent faire”. more »

20 Août 2005, 10:57
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L’oubli de la technique

Pour Polanyi “Tacit Dimension” (Michael Polanyi), ce qui se transmet de génération en génération est essentiellement tacite. J’y vois là une occultation de la technique, c’est à dire des supports de mémoire. Car, de fil en aiguille, c’est la technique tout entière qui devient l’autre nom du tacite.
Je renouvelle donc ici mon refus de la distinction entre connaissance explicite et tacite. Cette distinction n’est que la résultante d’une compréhension métaphysique, sous le joug du schème hylémorphique, de la connaissance.
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