De nouvelles institutions pour une nouvelle puissance publique

by Christian on 16 septembre, 2013

Dans Le rôle des probabilités dans la constitution des États-Nations : l’invention de la statistique, je rappelais que :

« les descriptions statistiques naissantes sous l’ancien régime, quelles soient destinées au Roi ou à son administration, sont secrètes ; elles ne sont pas destinées à éclairer une société civile distincte de l’État : c’est en dehors de ce dernier que se développe une tradition privée de description sociale ».

Cette situation va changer après la révolution où les statistiques descriptives vont faire l’objet de publication, c’est à dire de rendu public.

Le rapport entre statistique et publication est très important : en effet, si le domaine public se constitue avec la publication des lois en Grèce ancienne, il se réinvente au 18° siècle avec la publication non seulement des lois mais également des informations et des chiffres de la  statistique. À la publication des textes s’ajoute la publication des chiffres, des data numéraires.

Un nouveau domaine public s’instaure comme espace de publication de la lettre mais aussi du chiffre et des nombres.

La question actuelle et contemporaine est celle de la publication digitale des données – des data – et c’est dans la perspective que je trace ici succinctement qu’il faut inscrire le rôle de la grammatisation numérique dans la définition d’une nouvelle puissance publique et de son rapport à cette nouvelle technologie de publication.

On notera ici que la constitution d’une nouvelle forme de puissance publique passe par une nouvelle forme de catégorisation, par une invention catégoriale. A l’heure où nous en appelons, avec Ars Industrialis, à une nouvelle puissance publique et où nous parlons d’internation (voir vidéo de l’assemblée générale en Juin 2013 sur le sens de l’ « internation »), on ne peut pas faire l’impasse sur les catégories statistiques : l’histoire nous tend à nous montrer que toute nouvelle puissance publique n’émerge que si elle est en même temps capable de produire de nouvelles catégories.

Les démarches d’OpenData d’actuelles sont nécessairement, à ce titre,  des démarches pour la constitution d’une nouvelle puissance publique. Et comme il n’y a pas de nouvelle puissance publique sans une nouvelle forme d’institution, la question que nous devons nous poser est donc : quelle sera cette nouvelle institution ? Quel rôle y jouera l’INSEE ? Mais aussi d’EtaLab ? De même que le monde académique et plus généralement la figure de l’amatorat qui doivent y contribuer ?

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