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L’éducation et le numérique

L’éducation et le numérique

by Christian on 13 avril, 2012

L’école est une institution de programme. A ce titre, le XX° siècle est le théâtre d’une concurrence entre les industries de programme et les institutions de programme.

Un siècle plus tard, les auteurs de L’École, le numérique et la société qui vient, font écho de l’instrumentation croissance des institutions de programme par les industries de programmes qui donnent le tempo, un tempo dicté par l’économie de marché.

Les émission de contenus ont pris le pas sur les transmissions de savoir.

Malgré tout, il y a un laisser faire de la puissance publique qui traverse toutes les alternances politiques ; un laisser faire qui nourrit la misère croissante de l’école et tend à la soumettre totalement au marché de l’éducation, un marché prédateur avec ses solutions de « eLearning ».

Aujourd’hui, l’enjeu consiste à renverser la domination des institutions de programmes par les industries de programmes grâce à la nouvelle donne numérique.

Mais le numérique en tant que tel ne dit pas grand chose, c’est pourquoi je voudrais souligner deux modalités de travail et d’enseignement qui sont particulièrement revisité avec le numérique, à savoir les modes de travail contributifs et collectifs d’une part, et l’enseignement en mode projet (pour faire écho au travail en mode projet) d’autre part :

1. Le travail collaboratif, que beaucoup d’entre nous vivons dans nos organisations, qu’elles soient publiques ou privées, est de plus en important. Mon sentiment est que cet aspect contributif n’est pas assez développé à l’école, il n’est pas interrogé et ne fait pas l’objet d’une critique. Je rappelle que le milieu numérique – qui est le cadre dans lequel j’aborde la question de l’enseignement et de l’école – est un milieu qui a fait apparaître des pratiques de travail collaboratives à distance qui ont fait émergé ce que nous appelons une économie de la contribution. Dans les équipes internationales que j’ai pu fréquenter, on peut constater un déficit des français en matière de savoir-faire collaboratif et de travail collectif (sauf, bien sûr, pour ceux qui ont contribué à titre personnel à des projets contributifs) ; je pense que cette situation se retrouve également dans les milieux de la recherche où les papiers en sciences humaines comportent un nombre de co-auteurs plus important dans les autres pays qu’un France. En philosophie, c’est presque la règle un  « 1 auteur = 1 publication » qui est très incarnée dans nos mentalités et dans nos pratiques.

2. Sur la notion de projet, il me semble que l’on parle plus de projets pédagogiques à destination des élèves que de placer les élèves eux-même en situation de projet : certes il y a toujours une sortie a musée par ici, un exposé par là, mais l’élève est plus souvent en situation de réceptacle d’une somme de connaissance, avec tout l’aspect massif que comporte cette métaphore, qu’en situation de projet c’est à dire avec des attentes et des protentions.

Participer à d’un projet, travailler en mode projet, c’est pouvoir se projeter, dégager un avenir dans et par les savoirs. Et c’est cela que court-circuite le dictat du temps réel des technologies numériques que le souligne Philippe Meirieu en parlant de :

« temps réel qui est en réalité la disparition de la temporalité »

Être en situation de projet c’est faire l’expérience vivante d’une transdisciplinarité incarnée où l’on fait à la fois de l’économie, de la psychologie, de la technique, etc.

Bref, n’y a t il pas un fonctionnement « en silo » des disciplines entre  lesquelles les passerelles restent bien souvent à faire ; et il y aurait de beaux projets à faire dans cette appropriation transdisciplinaire si elle pouvait ne serait-ce que faire sauter la maudite opposition entre « littéraires » et « scientifiques ». (Dès le CE1 on explique aux élèves ce qu’ils sont : littéraires ou scientifiques en leur inoculant du coup un sentiment de résignation et de fatalisme dans leur rapports à des savoirs disciplinaires.)

D’une manière générale, Denis Kambouchner a raison de rappeler que l’école est devenu une caisse de résonance – qui résonne parce qu’elle est vide et creuse – parce qu’elle ne propose par de thérapeutique à la propagation, en son sein, des maux de la société en pleine transformation.

Comment penser qu’un enfant qui n’a pas sa chambre, qui vit dans une forte promiscuité, qui ne peut pas être seul avec lui-même, qui subit l’ambiance sonore de la télévision et ne se couche pas avant 23h, puisse apprendre correctement ? L’école ne peut pas régler les problèmes de logement et pourtant l’un ne va pas sans l’autre : la misère de l’urbanisme et de l’habitat en île de France ne laisse personne s’épanouir.

Je terminerai mes remarques avec cette citation de Denis Kambouchner, précisément à propos de la transmission:

« Pour la relation établie entre ces enfants et les adultes en charge de leur éducation, le mot transmission paraît inapproprié.
Il n’est absolument pas nécessaire qu’on ait voulu « transmettre » à ces enfants, au sens d’une communication directe, quelque chose de déterminé (connaissance, convictions, valeurs).
Tout au plus a-t-on voulu leur transmettre l’intérêt pour (le goût de, la sensibilité à)

Le mots « transmission » conservera son utilité pour désigner un effet global, mais non pour caractériser le processus qui permet d’y arriver.

En somme, ces enfants ne sont des sujets pour la transmission qu’en tant qu’on s’est d’abord soucié de la culture de leur esprit. ». p.143.

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