C’est le grand retour des astres et du cosmos. Après la métaphysique naïve de « Tree of life », c’est au tour de Lars von Trier de faire référence aux astres et aux planètes dans son dernier film, Melancholia.


Les premières minutes sont un véritable exercice de style : démonstration d’un savoir faire technique qui permet à Von Trier de rappeler qu’il est le meilleur. On imagine déjà tous les publicitaires baver d’envie devant ces images si léchées qu’elles en deviennent irréelles. Prenez n’importe quel produit, filmez le comme Von Trier sait le faire, et il devient proprement sidérant.

Mais on sait que Von Trier avait résolument tourné le dos à cette version cinématographique de l’art pompier avec Le Dogme (1995), ce mouvement qui prônait un réalisme extrême, sans artifice technique, y compris le montage lui-même. Du cinéma pompier au dépouillement tout franciscain de Les idiots, toute la technicité de Von Trier a été sacrifiée. C’est son truc, il casse tout ce qu’il touche et adore par dessus tout les sacrifices (y compris quand il s’ampute de ses propres compétences techniques).

Dans Melancholia, on retrouve se mélange de dogme et de prouesse technique. Les premières minutes sont dégoulinantes d’images léchées et retravaillées ; elles agissent d’ailleurs comme des marqueurs qui vont rester présent à l’esprit durant tout le film : comme si nous avions vu la table des matières du film dès l’introduction.

Mais pourquoi Melancholia ? Pourquoi nommer ainsi cette planète gigantesque qui va percuter la terre ? Et pourquoi en faire le titre du film ? De toute évidence Von Trier a fait un lapsus : il n’y a rien de mélancolique dans ce film ; c’est un film nihiliste, pas mélancolique.

Il n’y est question que de destruction, de mort, d’absurdité et d’insignifiance : toutes les lois et les coutumes des hommes sont insignifiantes et seront balayées par les lois de la physique et de la gravitation.

Bien sûr, le personnage de Kristen Dust a un côté mélancolique dans son comportement : mais dès qu’elle parle c’est pour dire que le monde est mauvais et que, de toute façon, nous-sommes-seuls-dans-l’univers-et-que-tout-cela-est-absurde. Ce mélange de mélancolie et de nihilisme permet à Von Triers de faire bonne figure en donnant un visage mélancolique à son nihiliste.

Il semble en effet que Lars Von Trier ait voulu se soigner. D’ailleurs on sent bien qu’il s’est fait beau et présentable : la critique n’a d’ailleurs pas manqué de souligner que le film, malgré les provocations de son réalisateur à Cannes, était plus que convenable.

Quant à moi, je rêve du moment où Von Trier quittera sa sempiternelle ritournelle sur le bien et le mal qui attise et nourrit son nihilisme qui produit un cinéma du sacrifice. Non seulement il s’y vautre à pure perte, mais c’est surtout que cela fait de lui un salaud. Un excellent salaud de nihiliste qui, finalement, fait hélas très bon écho avec la niaiserie métaphysique de Terrence Malick.