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La tragédie wikileaks

La tragédie wikileaks

by Christian on 4 décembre, 2010

Sept remarques sur wikileaks.

Première remarque : « single point of failure » dans l’architecture distribuée

C’est peut-être la première fois que j’écris une note en me demandant comment je vais faire un lien vers l’organisation dont je parle, à savoir Wikileaks.

Voilà le premier problème que pose wikileaks, site chassé du web par des hébergeurs, puis par le DNS qui apparaît comme single point of failure du web, une clé de voute du système trop centralisée pour susciter un intérêt renouvelé pour des DNS en p2p.

Deuxième remarque : Une divulgation numérique de masse

Outre ce débat sur les DNS et l’architecture du web, on parle également de liberté d’expression à propos de l’affaire wikileaks. En l’occurrence je ne vois pas trop bien pourquoi car il ne s’agit pas tellement de l’expression d’une thèse ou d’une idée mais d’une « divulgation numérique de masse », sans commentaires,  et rendue possible par l’évolution du système technologique. Quoi qu’il en soit les discussions les plus fréquentes se posent en terme de droit et de légalité.

Troisième remarque : une sélection

Nous n’avons pas à faire à des micros divulgations faites par des milliers de personnes grâce au travail d’autres milliers de personnes organisant des copies et des fuites d’information. Nous avons plus vraisemblablement quelques personnes, peut-être une seule, qui dévoile des données qui sont ensuite sélectionnées, organisées et divulguées par une seule organisation.

Aussi, ce ne sont pas les données d’un petit pays africain qui sont divulguées ; ce sont les données de l’administration américaine. Et que se serait-il passé si cela avait été les données de l’administration Russe, Chinoise ou Iranienne ? Il y aurait eu à minima un problème de traduction d’une part, et d’autre part les moyens technologiques mis en oeuvre pour pousser wikileaks hors du web n’aurait probablement pas été aussi importants.

La démarche de wikileaks est dirigée contre les États Unis, même si c’est tout le monde qui est arrosé par effets de bord.

Quatrième remarque : une tragédie numérique

Outre que wikileaks fasse un choix, c’est à dire sélectionne les données, tout ceci s’accompagne d’une mise en scène : les annonces sont faites avant les divulgations, la figure de Julian Assange est mise en avant, des stratégies de diffusion se font avec la complicité des grands journaux nationaux. Tout sauf une fuite accidentelle relayée anonymement sur internet de manière improvisée, à la manière du piratage des oeuvres dites « culturelles ».

La mise en scène et la théâtralisation de l’affaire Wikileaks en font une tragédie numérique.

Comme toute tragédie grecque, il y a un public mais aussi un chœur, peut-être joué par les journalistes, ou tout du moins par un certain journalisme d’investigation que l’on croyait en voie de disparition.

Cinquième remarque : le principe de vérité

Ce que wikileaks révèle est vrai. Aucune personne n’a, à ma connaisse, contesté la véracité des documents.

On ne parle pas de rumeurs, les documents sont vrais et il est difficile de s’opposer à la diffusion de la vérité. Quel principe, dans notre civilisation occidentale, peut-on placer au dessus de la vérité ? La justice elle-même recherche la vérité pour juger.

Sixième remarque : une fonction cathartique

Il a été argué que la divulgation de ces documents mettait en danger la sécurité et la vie de certaines personnes. Mais, en même temps, l’état du monde est aujourd’hui tel qu’on ne peut s’empêcher de penser que ces divulgations ne peuvent qu’être bénéfiques car la manière dont fonctionne le monde aujourd’hui ne fait pas que menacer la sécurité ou la vie de quelques personnes.

De la à ce que Wikileaks endosse une fonction cathartique, une fonction de purification et de libération, il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, le logo de Wikileaks l’illustre et le revendique parfaitement.

Septième remarque : crise de confiance

Cette tragédie numérique témoigne d’une crise de confiance sans précédent, non seulement entre les gouvernements eux-mêmes, mais également entre les gouvernements et les citoyens. Situation renforcée par le fait que, finalement, la seule chose sur laquelle le consensus se fasse entre les gouvernements, c’est la mise à l’index de wikileaks. Les gouvernements font bloc et exercent une pression énorme sur tous les acteurs privés pour fermer le robinet : hébergement, DNS, mais aussi solution de paiement avec Paypal qui jette l’éponge.

Wikileaks, peut jouer le rôle d’un déclencheur, mais sera-t-il pour autant cathartique ?

[UPDATE] On consultera sur ce le sujet : A propos de wikileaks par Stéphane Bortzmeyer et Suites de la fuite de Jean-Noël Lafargue

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{ 7 comments… read them below or add one }

Henry Story décembre 4, 2010 à 5:59

J’analyse plus la methode Cathartique de Wikileaks dans mon post, ou je compare leur action a de l’art conceptuel, et meme au Theatre d’action « Action Theater »

http://www.google.com/buzz/henry.story/4fVxWXSqcZP/While-world-passengers-are-made-to-strip-at-US

C’est a dire que c’est bien du theatre, mais un theatre important, parce qu’il nous confronte tous au contradictions du temps présent, et nous permet de les penser. Mais il faut la surtout que les philosophes et les penseurs commence a eclairer le débat maintenant, pour l’elever, et que pour que l’on puisse commencer a y voir clair.

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szymutko décembre 5, 2010 à 6:23

Bonjour,

Philosophes et penseurs…. certes !

Si vous le voulez …. mais nous sommes tous au devant de la scène en tant que citoyens d’une nation et je considère que la pensée de chacun d’eux doit prévaloir dans la crise que nous vivons … et malgré le fait que vous puissiez tous me considérer un peu simpliste, j’en ai marre de ces discours stériles et de ces appels à des philosophes et beaux penseurs !!!

Je suis de nature optimiste et mon message est de cautionner l’action de Wikileaks qui a pour but UNIQUEMENT de nous ouvrir les yeux sur le fait qu’en soi-disant démocratie, il ne nous est pas du tout possible d’avoir accès à des informations qui ne font pas parties de la sécurité nationale mais simplement que certains veulent interdire l’ accès à des informations qui je pense, mettraient en péril tout bêtement la crédibilité et le salaire de la plupart de nos politiciens ainsi que tous ceux qui touchent au « tout puissant’ monde financier !!!

Oui oui bien sûr, il y a de la mise en scène mais c’est ce que je ferais aussi assurément à l’heure actuelle si je voulais faire passer un message !

La fuite au niveau judiciaire existe au niveau de la presse depuis pas mal d’années en toute impunité … alors pourquoi faire autant de foin autour de tout cela… nous sommes habitués à ce genre de situations…

Cependant, il faut bien constater que, dans le cas présent, les gouvernements déploient les grands moyens…
On ne peut malheureusement que constater, une fois de plus, notre passivité face à cette triste réalité anti-démocratique…

Très présente dans notre moment présent,
Anny

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le journal des tueursnet décembre 5, 2010 à 8:40

Wikileaks et le Vatican
Toc toc toc … Au compte gouttes !
Le cinquième pouvoir, le sixième sens, le septième ciel est en train de prendre les devants de la scène au nez et à la barbe de tous les états malveillants!
WIKILEAKS… catalyse à lui tout seul, tous les rayons X, Y et Z…
Il a percé tous les coffres forts et dispersé dans l’air leur substance toxique…

http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Wikileaks

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dell_wiki décembre 6, 2010 à 10:51

« C’est peut-être la première fois que j’écris une note en me demandant comment je vais faire un lien vers l’organisation dont je parle, à savoir Wikileaks. »

Ce n’est pourtant pas très compliqué, il existe à l’heure actuelle 208 miroirs de Wikileaks, y’a qu’à choisir : http://www.wikileaks.ch/mirrors.html

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Christophe décembre 6, 2010 à 12:09

Cinquième point : Quel principe, dans notre civilisation occidentale, peut-on placer au dessus de la vérité ?
eh bien la vie privée, le secret des correspondances, le droit à la sûreté (et la procédure pénale) , le secret des sources journalistiques ou le secret de votre code de carte bleue etc…
Il y a de nombreux cas où la recherche de la vérité ou sa publicité doit composer avec d’autres valeurs.
Il y dans notre civilisation occidentale des gens qui pensent qu’il est interdit de torturer même si cela a permis d’obtenir des renseignements vrais.

sixième point « Il a été argué que la divulgation de ces documents mettait en danger la sécurité et la vie de certaines personnes. Mais, en même temps, l’état du monde est aujourd’hui tel qu’on ne peut s’empêcher de penser que ces divulgations ne peuvent qu’être bénéfiques car la manière dont fonctionne le monde aujourd’hui ne fait pas que menacer la sécurité ou la vie de quelques personnes. »
En quoi ces révélations peuvent elles améliorer « la manière dont fonctionne le monde » ? Qu’est ce qui nous garantit qu’elles ne vont pas alimenter l’insécurité le désordre et la paranoïa ambiante ? Est-ce que cela ne va pas favoriser ceux qui pensent qu’internet doit être contrôler de façon beaucoup plus stricte par les états ?

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Christian décembre 6, 2010 à 1:36

@ christophe
cinquième point : c’est bien vrai. Mais en même temps les gouvernements qui condamnent Wikileaks sont les premiers à empiéter sur la vie privée. Que veut-dire cette transparence en sens unique ?

sixième point : que des questions que je partage quand je demande si wikileaks aura réellement une fonction cathartique.

Merci pour ces remarques en tout cas.

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miguil décembre 27, 2010 à 7:46

Bonjour,

Merci pour les éclaircissement concernant cette pièce de théâtre numérique. Cela pose quelques voies de réflexions…
Il est vrai à mon sens que l’affaire wikileaks révèle une guerre en règle qui ne dit pas son nom contre l’Internet. C’était le dernier espace d’information libre et peu contrôlable par les états. Par cette affaire, ceux_ci montrent que ce n’est plus le cas.
L’information est une ressource hautement stratégique. Qui la détient maîtrise le jeu quelqu’il soit, fût-il planétaire.
Quant à la fonction cathartique, c’est justement ce contre quoi lutte les états.
Les informations divulguées, malgré la mise en scène médiatique, n’intéressent pas réellement ces premiers destinataires (le public). Les gens ont d’autres soucis, plus pragmatiques, que les petits secret d’états. De plus, à qui profite le crime ? Les attaques semblent diriger contre les états ou les organismes privés (en janvier, les infos sont sensées concernées les banques) mais les informations « lachées » ne sont pas directement dangereuses.
A le long terme, certes, le danger serait que wikileaks puisse devenir une base d’informations limitant les manipulations de masses. Mais n’est-ce pas une autre façon de manipuler que de lancer des vérités qui arrangent ? Après tout la manipulation n’est pas que dissimulation…

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