La pensée étouffée en entreprise

by Christian on 17 janvier, 2010

Il y a quelque chose que je n’arrive pas à m’expliquer : pourquoi, dans les organisations, y a-t-il aussi peu de tableaux dans les locaux ? Je ne parle pas de ces ridicules trépieds ou ces petits tableaux blancs que l’on peut coller au dos d’une porte : je parle de vrais tableaux de plus de trois mètres de long et d’un mètre de haut. Quelque chose où la pensée peut se matérialiser tout en étant à ses aises.

Dans l’enseignement la présence des tableaux est une évidence, alors pourquoi ne l’est-elle pas dans ces organisations qui mettent en avant la valorisation de la connaissance dans leur activité ? Quel crédit apporter à une entreprise qui n’a pas de grands tableaux dans ses locaux ? Même dans les salles dédiées à la formation, on se retrouve parfois avec un simple projecteur et un misérable trépied avec du papier déjà rempli. C’est quand même pas compliqué de mettre des tableaux !

Le tableau est un support de travail qui nous a accompagné et avec lequel nous nous sommes formés durant toute notre scolarité et puis, lorsqu’on rentre dans la vie professionnelle ..pschiiiit. Il disparaît.

Pourquoi ? Peut être pour monter qu’ici on n’a plus rien à apprendre ? Plus rien à transmettre ni à enseigner ?

On a pu s’émerveiller des locaux de Google (resto, mobilier, salle de jeu, poufs, etc) mais l’essentiel c’est les grands tableaux blancs. Dans les locaux de Google Paris, c’est carrément les murs qui sont des tableaux blancs. Je suis vraiment pour ce type d’initiative où « Mur = Tableau = Support de travail ».

Comme une partie de Capgemini vient de déménager à Suresnes, je constate que les locaux sont beaux, agréables, fonctionnels …mais on a encore oublié les grands tableaux !

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karl janvier 17, 2010 à 4:19

Dans le lieu où je travaille actuellement, nombre des murs sont soit en vitre (pour encre non permanente) ou tableau noir pour craie, du plafond au sol.

Et c’est formidable.

L’enjeu cependant est l’occupation de l’espace. Il faut effacer. L’espace n’est pas infini. Imaginons maintenant que ces murs soient d’immenses TouchScreen placés sur une sorte de wiki graphique infini. 😉

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Dominique De Vito janvier 17, 2010 à 4:22

Pareil, même constat. On a aussi déménagé récemment, et des tableaux, de simples tableaux à trépieds (sic), ont été demandés depuis des lustres ! Et comme soeur Anne, je ne vois rien venir… rien de rien.

En y réfléchissant à l’occasion de ce billet, je me dis que, peut-être, les grands organismes pensent que les employés doivent se couler dans le moule, appliquer les procédures standards et non, à chaque fois, repartir… de la page blanche ou du tableau blanc. Ces grands organismes doivent peut-être se penser plus dans l’application d’un processus et non la mise au point d’un processus; ce qui tendrait à imaginer qu’elles pensent se trouver dans un environnement statique (sic) plutôt qu’un environnement dynamique, et qu’un tableau blanc est donc optionnel.

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Christian janvier 17, 2010 à 4:22

Ahh..çà fait rêver de lire ton commentaire karl 🙂
@ Dominique : on m’a dit une fois que çà faisait pas propre. Comme quoi, le travail même en bureau, est toujours salissant pour certains !

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Dominique De Vito janvier 17, 2010 à 4:54

@Christian : IMHO, le boulot est toujours « salissant » d’une certaine manière, sauf si l’on ne veut pas « mettre les mains dans le cambouis » et simplement se reporter à la table des matières, ou l’index, pour trouver la solution dans le manuel !

Hum, cette absence de tableaux est vraisemblablement représentative de plusieurs facteurs. Je dirais, d’une part, de la non-connaissance des représentations mentales/cognitives (qui peuvent être sonores, visuelles ou kinesthésiques). Et d’autre part, d’une optimisation de l’organisation du travail bêtement par le cout immédiat, une organisation pour laquelle l’achat de tableaux blancs ne fait pas parti du paquetage de base; ce qui nous ramène à une myopie, à une méconnaissance du travail et du processus de réflexion au quotidien, et de ce qui les supportent (sic).

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Corentin janvier 17, 2010 à 6:18

Tu n’as pas du mettre les pieds à Suresnes alors car certains murs sont des tableaux blancs du sol au plafond 🙂

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AntiC janvier 17, 2010 à 8:01

Ah Suresnes ! 25′ x 2 par jour de trajet en plus, donc 50′ de travail en moins chaque jour; alors les grands tableaux…

Par contre, j’aime assez bien, dans les couloirs, les photos sur toile représentant des feuilles de bananiers,… ça fait penser aux vacances !

Dommage qu’il y ait 2 fois moins de lumière qu’à EPZ 🙁 mais pour dormir, c’est mieux quand il fait plus sombre 🙂

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karl janvier 17, 2010 à 11:43

Pour compléter le commentaire de ce matin
http://www.la-grange.net/2010/01/17/ecrire-sur-les-murs

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F Bon janvier 19, 2010 à 3:30

bizarre, je n’avais jamais pensé à ça, moi qui ai été si longtemps habitué, pour même déploiement, à petits carnets et cahiers, et plus ils sont petits plus ils vont loin

du coup, pour moi la rupture c’était de passer de l’ordi fixe à l’ordi portable – par exemple, pour la compta ou la veille Internet ou le courrier, la PAO etc je travaille avec un grand écran branché sur mon MacBook, mais quand je veux retrouver cette « pensée » concrète que tu nommes, je pars dans un petit coin avec l’ordi sur les genoux

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Jean-no janvier 20, 2010 à 2:17

J’ai toujours trouvé le trépied de « un bon dessin mal dessiné parle mieux qu’un bon discours » pathétique 🙂
Aux Beaux-Arts de Paris, dans l’amphi de morphologie, le prof (le légendaire Jean-François Debord) avait fait placer un tableau noir géant, du genre 10x4m, on dessinait tous dessus des omoplates de 1m, c’était génial d’avoir des gestes aussi amples.

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Christian janvier 20, 2010 à 11:51

@F bon : bizarre oui, tu fais des schémas et des dessins sur ton petit carnet ? Parce que le tableau c’est surtout « schéma » pour moi.

@ Jean-no : 10×4 ! Il doit être bien ce Jean-François Debord 🙂

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Jean-no janvier 21, 2010 à 3:03

Il a pris sa retraite il y a un certain temps mais c’était un prof inoubliable. Il n’a quasiment rien publié, mais une étudiante a tenté de raconter son cours en dessins à la demande de Joann Sfar qui en a aussi été élève.

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Frédéric Zgud janvier 22, 2010 à 5:43

Peut-être les instances décisionnaires sont-elles par trop conditionnées à n’échanger qu’en PPT pour imaginer (ou même être réceptives à) ce genre de besoins.

@Jean-no : 10×4 ? Quand bien même les 10 seraient en largeur, il n’en reste pas moins que les 2 mètres supérieurs n’ont pas dû souvent être utilisés…

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Christophe janvier 23, 2010 à 5:22

A défaut d’avoir des tableaux au bureau… http://madebygirl.blogspot.com/2010/01/chalkboard-craze.html

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Christian janvier 23, 2010 à 7:47

@ Frédéric : belle idée de déco intérieure. Je ferai bien çà si j’avais un grand appartement

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Gabriel janvier 31, 2010 à 9:19

Et il y a encore les TBI, les tableaux blancs interactifs ! Dans certains pays, comme au Japon, il y en a depuis des lustres dans toutes les classes, dans toutes les écoles … Les élèves ont pris l’habitude très tôt et l’entreprise hérite de ces bonnes pratiques.
Culturellement, il fallait lever la main, être inviter à venir écrire sur le divin tableau … On en tient une couche !!! Perso, quand je faisais de la recherche, je passais des jours sur mon mur-tableau. Faut-il être un « grand consultant » pour recommander l’usage du tableau et être entendu ? Christian, c’est un conseil qui vaut de l’or 😉

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Johan Mathe février 1, 2010 à 2:07

La première chose que je fais quand je change d’appartement, c’est d’équiper mon bureau d’un immense tableau blanc 🙂

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Delphine Batton février 4, 2010 à 5:59

encore faut-il aussi initier l’utilisation de ce type d’outils (car on parle bien d’un outil), et d’avoir mis en place les conditions de travail collaboratif/coopératif, pour que les gens s’approprient ce ou ces tableaux et les utilisent.
Je connais une entreprise plein de ces fameux tableaux… qui restent lettre morte ou au mieux lieu de récriminations et blagues (ce qui n’est déjà pas si mal me direz-vous)

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Christian février 4, 2010 à 9:40

@ Delphine oui, si les tableaux sont dans des lieux communs ou « publics » et n’appartiennent à personne en particulier (voir la remarque de Karl) ils peuvent devenir de simples lieux de tag.

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karl juin 21, 2010 à 12:11

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