J’ai donc vu, avec mes lunettes 3D, le dernier film de James Cameron, Avatar.
Un mot sur la 3D : certes cela marche à peu près, et plus ou moins bien selon les scènes. On retiendra la meilleure scène 3D comme étant celle du début où les marines sortent de leur scaphandre d’hibernation : nous sommes dans le vaisseau spacial, et ce plan sur les sarcophages alignés le long d’un tunnel en perspective d’ou émergent les marines engourdis qui flottent (car encore en apesanteur) est pour moi la meilleure scène 3D. Pour le reste, la 3D ne m’a pas impressionné.
Mais le pire est certainement le rendu des couleurs. Dès que vous avez chaussé les lunettes 3D, c’est autre chose que le relief qui vous saute aux yeux : c’est la destruction de toute la palette chromatique. Le blanc n’existe plus, il devient grisâtre. Le rouge vire à l’orange, et le bleu des corps des Nav’i a du mal à ne pas virer au vert-crapeau. Ces lunettes 3D forment un filtre verdâtre, voire jaune pisseux, qui vous prive d’apprécier le travail des coloristes et des graphistes.
Sur le scénario, je crois que cela a été largement souligné par les critiques, c’est aussi basique que Les Cheyennes ou Danse avec les Loups, le film aurait pu d’ailleurs s’appeler “Danse avec les Nav’i”. Je dois avouer que face à ces scénarios basés sur l’immersion ou la rencontre avec un autre peuple je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise. Pourqoi cela ? Et bien lisez par exemple “Tristes Tropiques”, avec son fameux incipit, « Je hais les voyages et les explorateurs. » puis enchaînez sur “Avatar” et vous comprendrez. La vision ethnographique sous jacente à ces scénarios, à laquelle n’échappe pas Avatar, est profondément navrante.
Avec AliensTitanic et AbyssAvatar fait partie des films de “pilotage” de Cameron. Ces films où il y a d’une part un vaisseau qui a un problème (le Titanic, le vaisseau Alien, la plate-forme de forage sous marine) et d’autre part des machines pilotées par des hommes. A ce titre, l’image de Sigourney Weaver avec son loader dans Aliens restera dans les mémoires (ici la “nouveauté” est que le héros pilote un être vivant, son avatar).
Un des plaisir que je trouve dans la filmographie de Cameron c’est cette vision industrielle : les vaisseaux sont des cargos ou des plateformes pétrolières, et les machines sont des engins de travaux publics. Cela rend beaucoup plus crédible le monde mis en scène car on perçoit une industrie machinique à l’oeuvre dans laquelle on se reconnaît, malgré son gigantisme, et qui nous procure un fil d’ariane (il n’y a pas de thématique dominante de la “machine ordinateur” chez Cameron).
En un certain sens, Cameron a certainement atteint son objectif de démiurge qui consistait à vouloir créer un monde (terraforming + races + langues + faune + flore + religion ). Mais une telle histoire méritait-elle de créer un monde pour elle toute seule ?