A propos de la baisse tendancielle du taux de profit

by Christian on 1 octobre, 2009

Il est communément admis, pour la plupart des économistes, que la notion de « baisse tendancielle du taux de profit » présentée par Marx, n’est pas exacte. On peut ainsi lire un résumé du débat en ce sens là sur Wikiberal :

La baisse tendancielle du taux de profit est un concept central du marxisme, qui affirme que le taux de profit dans une économie capitaliste est condamné à chuter tendanciellement, en raison de l’augmentation de l’intensité capitalistique au détriment du travail.

Elle n’a jamais été vérifiée; les travaux de Nicholas Kaldor par exemple ont souligné que le taux de profit était resté stable sur la longue durée (XIXe et XXe siècle). En particulier, Marx a mal appréhendé le rôle du progrès technique. Les gains de productivité n’ont pas bénéficié qu’aux « capitalistes » mais principalement aux salariés, ce qui a permis une augmentation de la consommation. En outre, le développement de classes moyennes importantes, recevant des revenus et de leur travail, et de leur capital, vient invalider les fondements même de la théorie marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit.

Fondé sur des prémices faux, ce concept central de l’idéologie marxiste a été abandonnée par de nombreux marxiens.

Ce point de vue est profondément erroné car il existe bel et bien une baisse tendancielle du taux de profit inhérente au capitalisme. Dit autrement, et si rien n’est fait, le système capitaliste se consume et voit son taux de profit diminuer inexorablement. Face à cette tendance, Marx souligne qu’il existe des contre-tendances. Il n’y a donc rien de contradictoire à parler d’une baisse tendancielle du taux de profit et de reconnaître avec Nicholas Kaldor que ce taux est resté stable sur deux décennies. Car s’il est resté stable, ce n’est qu’au prix de devoir injecter régulièrement dans le système, lors de crises, des contres-tendances qui lui redonnent du souffle.

Citons quelques contres-tendances :

  • une économie de guerre ;
  • une expansion des marchés (impérialisme et colonialisme) ;
  • l’innovation technologique ;
  • le marketing consumériste inventé par Edward Burnays.

Toutes ces contres-tendances sont des contre-feux allumés afin de maintenir sous perfusion à minima la stabilité du taux de profit. Il n’y a donc rien de contradictoire, bien au contraire, à parler d’une baisse tendancielle car c’est précisément elle qui est le moteur des évolutions du capitalisme (les contres-tendances qu’il suscite) jusqu’à la crise dans laquelle nous sommes (crise financière, écologique et politique qu’offre le dernier visage consumériste du capitalisme).

Une discussion fictive avec Karl Marx présente très bien la nécessité de maintenir ce postulat de la baisse tendancielle du taux de profit. Pour le dire rapidement, la baisse tendancielle se manifeste de plus en plus fortement sur le long terme, alors que les contres-tendances sont des mécanismes qui n’agissent que sur le court terme, pour relancer la machine, parfois dans la précipitation et toujours sans mesurer les externalités négatives qu’elles produisent.

Le taux de profit est comme un feu qui, si il n’est pas alimenté, dépérit. Pour l’entretenir, il faut lui donner des combustibles. Des innovations peuvent en réduire la consommation mais la plupart du temps tout ce qui brûle est bon à être utilisé, et tant pis si c’est un morceau de plastique qui au final polluera l’atmosphère.

La baisse tendancielle du taux de profit reflète donc la baisse tendancielle des ressources que consume le capitalisme : travail, savoir-vivre, savoir-faire, libido, environnent. Autant de ressources physiques, culturelles, psychiques, naturelles et environnementales qui sont consumés dans le capitalisme consumériste.

Je ne pense donc pas qu’il faille abandonner aussi rapidement la théorie marxienne sous prétexte que, jusqu’ici, le taux de profit serait resté stable. Car même s’il devait le rester encore pendant un siècle, il n’en serait que plus insupportable de par les externalités négatives qu’il engendre, rendant encore plus inexorable son effondrement si sa logique interne n’est pas révolutionnée en intégrant les vertus des externalités positives au coeur même de son fonctionnement.

C’est cela même qui justifie les efforts pour une économie de la contribution.

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