Les standards du Web Sémantique comme thérapie contre l’opacité du système financier

by Christian on 11 octobre, 2008

Il me semble qu’il existe un consensus pour la refonte des règles du capitalisme financier et qu’un des aspects de ce consensus passe par une meilleure transparence des opérations financières et boursières. Cette transparence n’existe pas aujourd’hui ; comme le rappelait récemment Georges Ugeux (ma video de chevet en ce moment, dénichée par Johan), les données des transactions boursières sont tenus comme confidentielles : il faut qu’il y ait eu un soupçon pour qu’une enquête soit menée et qu’elle puisse éventuellement déboucher sur une publication. Dit autrement, le droit d’accès aux données de ces transactions financières est dans les mains des autorités politiques.

Le premier point à souligner est donc que la décision de rendre public les données relatives aux transactions sur les places de marché relève, et à toujours relevé, du politique. Aussi, avant même d’imaginer une pléthore de lois et de régulations des marchés financiers, qui seront de toute manière très rapidement contournées, la mise à disposition et l’ouverture des données reste la mesure la plus importante, la clé de voute, pour une démocratisation du fonctionnement du capitalisme financier.

Chacun doit pouvoir avoir accès aux données des transactions financières effectuées dans ce lieu public qu’est, comme son nom l’indique, la place de marché. Certes, aujourd’hui tout le monde peut y placer son argent, mais tout le monde ne dispose pas des mêmes informations et la transparence souhaitée se transforme rapidement en opacité dans certains milieux mafieux de la finance qui font tout maintenir des zones où la règle du jeu n’est pas la même pour tout le monde (les règles du crédit aux US, l’autorisation des banques d’affaire à ne pas se soumettre aux mêmes règles, les paradis fiscaux, les hedges funds qui ont refusé de s’inscrire à la SEC, etc.).

Même s’il y a un manque de régulation évident des marchés financiers, notamment soutenu par la politique des républicains aux US, il y a aussi, en plus, une opacité du système qui joue beaucoup plus que le manque de régulation. Car absence de régulation n’est pas exactement la même chose que qu’absence de transparence des marchés. Les bonnes intentions, tout comme les bons sentiments et même la législation ne seront d’aucune utilité dans un milieu qui génère de la complexité pour se cacher et agir en toute impunité. C’est l’accès même aux données sur les transactions qu’il faut ouvrir massivement.

Pour une grande place boursière, cela représente plusieurs milliards de transactions par jours. Qu’à cela ne tienne, il serait quand même étonnant qu’à une époque où les technologies de l’information font naître des craintes de surveillance et de pertes d’anonymat cette puissance de traçage ne puisse pas être utilisée pour assainir un système dont le seul génie est de se rendre chaque jour plus obscur et opaque.

Il y a un un standard du web qui permet de structurer des types de données comme les opérations boursières, c’est RDF. Il y a un langage puissant de requête qui permet d’interroger des entrepôts de données au format RDF, c’est SPARQL. Si ces technologies avait été implémentées nous aurions pu démasquer les pratiques de titrisation, nous pourrions savoir le rôle réel des hedges funds et leurs gains dans leur spéculation sur la crise des subprimes, nous serions capable de dire à chaque établissement quelle est la nature de son exposition à des titres pourris puisqu’il semble qu’aucune banque ne sait ce quelle fait et où elle met les pieds, les actionnaires d’EADS aurait été imédiatement informés que leur management vendait massivement leurs actions, etc.

Que les politiques exigent donc que chaque place boursière mette donc à disposition un end point SPARQL sur le web, chaque jour, avec les données des transactions de la veille et le rende public. Car nous ne voulons pas des services, des explications, des graphiques ou des prévisions car nous n’avons plus aucune confiance. Nous voulons les données, simplement des données aux normes du web sémantique pour pouvoir exercer nous-même, collectivement, notre rôle d’observateur et de régulateur.

Personnellement, j’aurais déjà quelques idées de requêtes SPARQL à lancer…

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