De la précipitation des gouvernements face à la crise du système financier

by Christian on 10 octobre, 2008

Les gouvernements se précipitent et jouent aux pompiers de la crise financière. Certains s’en félicitent, tel Alain Minc qui nous affirme sans vergogne :

« Si les gouvernements et les institutions avaient fait la même chose en 1929 il n’y aurait pas eu Hitler ».

Mais pourquoi cette précipitation quand, justement, j’ai le sentiment qu’il faut prendre son temps ? Pourquoi cette précipitation à nationaliser ou à « injecter des liquidités » pour soutenir les acteurs financiers qui ont joué à un jeu et ont perdu ?


Mine de rien, dans cette précipitation, c’est une décision importante qui se prend (sans référendum, car pas le temps) puisque chacun sent qu’il s’agit de facto d’un soutien à un système qui a démontré ses défaillances, donc de remettre en place le système qui a fait défaut.

Derrière cette précipitation, il y a donc un choix politique (je ne sais si c’est de l’ignorance, de l’incompétence ou de l’incurie) qui évacue la question d’une alternative, et qui répond aux injonctions du marché puisque j’ai entendu récemment dans un média de masse que :

« Les marchés demandent à ce que les gouvernements garantissent les prêts inter-bancaires ».

Non seulement cette phrase me révolte car il s’agit exactement de la même formulation qu’utilisent les terroristes lorsqu’ils demandent leur rançon, mais il est d’autant plus troublant que ce soit les mêmes acteurs de la vulgate neo-libérale s’acharnant à nier la réalité d’une puissance publique depuis des décennies qui, aujourd’hui, demandent des engagements auprès des gouvernements. Gouvernements qui s’exécutent aussi tôt en s’engageant sur des montants dont, soit dit en passant, ils ne disposent absolument pas puisqu’il s’agit en fait de promesses qui ne font qu’alourdir l’endettement déjà insupportable de certains pays, comme la France. Le spectre de la banqueroute d’états nations commence donc à pointer son nez dans la précipitation ambiante.

C’est également ce même système gangréné par l’hyper court-termisme qui a joué à fond avec ceux qui ont fait de la vente à découvert (mécanisme de revente sans achat pratiqué par des Hedge Funds en spéculant à très court terme) pour faire des profits gigantesques en spéculant sur l’effondrement des marchés au moment même où la puissance publique injectait des centaines de milliards pour sauver le marché. Une interview de Georges Ugeux sur France inter ces derniers jours m’apprenait ainsi ce fait qui, vraisemblablement, ne sera dévoilé et ne fera l’objet de publication de résultat d’enquête qu’après les élections américaines, tant la responsabilité d’un ou des partis politiques serait directement mise en cause et ferait l’effet d’une bombe.

La précipitation de nos gouvernements est donc une manne pour ceux qui ont toujours un tour d’avance sur le fonctionnement des systèmes financiers, et plus l’argent public renfloue les caisses, plus ces dernières apparaissent comme de véritables puits sans fond.

Mais non, pas le temps de réfléchir nous sommes dans un monde systémique et la chute de l’un entraînerait celles des autres, vite : « il faut colmater les brèches pour ne pas que la digue s’effondre ! »

Or il n’y aucune précipitation à avoir, car nous sommes face à une situation de panique qui n’a d’autres effets que de racketter les gouvernements en nous privant de ce moment précieux de réflexion pour penser et constituer une alternative à ceux qui ne veulent raisonner que sur le très court terme.

Moi, j’aurais fait le contraire de ce que font de concert aujourd’hui les gouvernements, je serais intervenu bien avant la crise et, par contre, je n’interviendrais pas en ce moment. Finalement je suis très libéral, mais uniquement en tant de crise du capitalisme financier.

Et les conséquences sociales de la crise, me dit-on ? Quoi : on a des centaines de milliards pour nettoyer les poubelles de la mafia financière, ne pourrait-on pas les mettre dans d’autres priorités « comme l’innovation, l’intelligence, la culture, l’éducation et la recherche » (Nicolas Sarkozy, le 29 Septembre devant ses conseillers), non ?

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mac octobre 11, 2008 à 8:36

C’est une analyse pleine de bon sens et pourtant. Plus qu’une crise financière, c’est un révélateur d’une crise plus profonde, politique voir d’une certaine manière de nos démocraties. Jusqu’alors, cela pouvait être masqué par des invectives contre les derniers états communistes (Cuba,Venezuela), le terrorisme et son gouvernement sans état « AL Quaida », les dictatures comme l’Iran…
Aujourd’hui point de tout cela NOUS sommes en face à nos propres contradictions et l’on essai de les éluder une fois de plus. Vous dites « je ne sais si c’est de l’ignorance, de l’incompétence ou de l’incurie » : je crois à l’inverse c’est volontaire, conscient de la part de certains dirigeants d’agir en ce sens, d’autres suivent pour des intérêts locaux (« minima ») ou parfois même simplement en être. C’est la notion d' »Etat Client » que Noam Chomsky exprime (pas toujours relayé) qui défini les contours d’une démocratie, d’un libéralisme naturelle qui en découle (« le capitalisme c’est la démocratie) mais qui ne s’applique qu’aux autres ceux qui ne sont pas clients.
Je ne suis pas très optimiste quand à notre capacité à relever ces défis structurelles. Peut-être que les Américains, dans un sursaut, vont infléchir un peu la tendance. En ce qui concerne la France le manque d’imagination, de qualité de nos politiques (sont-ils à notre image ?) conjugués à des intentions délibérées de faire perdurer le système en l’état (« Etat Client ») m’invite à croire que le chemin sera long.

MAC

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ohnerom octobre 13, 2008 à 12:50

Malheureusement c’est un mal nécesaire. Les entreprises classiques ont besoin de banque pour continuer à « tourner » ou s’étendre. Donc je comprends que l’état ne traine pas trop à soutenir nos banques malgré les profiteurs d’avant et même les nouveaux. J’espère que les états en tireront des leçons .

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