Simonide de Céos

by Christian on 29 mars, 2008

J’ai déjà évoqué Simonide de Céos quand il a fallu rappeler les origines des techniques de mémoire, puis j’en ai fait l’ancêtre du consultant.
J’ai voulu rassembler quelques aspects de la figure de ce personnage remarquable. et pour cela rien de plus jouissif que de s’appuyer sur la lecture de Jean-Pierre Vernant  ou Marcel Détienne.

Jean-Pierre Vernant
Marcel Détienne

C’est chez ce dernier, dans Les Maîtres de vérité dans la grêce archaïque (pp. 105-111), que j’extrais les éléments suivants :

  • Simonide est le premier à faire de la poésie un métier. Il compose des poèmes pour une somme d’argent.
  • Il plaçait la richesse bien acquise parmi les trois biens les plus estimables.
  • Les Anciens traitaient la poésie de Simonide comme un art de tromperie, comme pouvait l’être la peinture qui produit un simulacre de la réalité ; lui-même cautionnerait le rapprochement en étant l’auteur de la phrase :

« La peinture est une poésie silencieuse, la poésie une peinture qui parle ».

  • Simonide est peut-être celui qui découvre le caractère artificiel de la parole, tout comme, à la même époque les artistes se découvrent médiateurs entre la réalité et sa représentation. Ainsi commencèrent-ils à inscrire leur signature au pied des statues, ou dans le cadre d’une peinture.
  • Avec Simonide, il y a rupture avec la tradition du poète inspiré.
  • Tout cela ne prend son sens qu’avec la figure de Simonide inventeur des techniques de mémoires.
  • Avec Simonide, la mémoire devient une technique laïcisée avec ses règles connues de tous, et non plus comprise comme imagination et pouvoir de médiation avec le divin et l’invisible.
  • Encore plus surprenant, on va même jusqu’à attribuer à Simonide l’invention technique des lettres de l’alphabet afin de permettre une meilleure notation écrite.
  • Dès le VII siècle avant JC, l’écriture devient la forme nécessaire de publication, s’émancipant de sa fonction comptable ou politique (visant à renforcer le pouvoir des dirigeants).
  • La figure de Simonide va également porter une vision séculière et positive du temps qui n’est plus dès lors le symbole de l’oubli et de la fatalité du temps qui passe. Le temps devient le cadre d’une activité profane, celui du travail de mémorisation.


Annonçant l’avènement des sophistes dont le Gorgias de Platon en est l’incarnation, Simonide est un personnage fascinant qui pratique une technique en toute conscience et qui a, de facto, une conscience technique. Prisme grâce auquel il a pu jouer un rôle majeur dans le passage du mythe à la philosophie, du divin au séculier. Dit autrement, à repositionner l’homme dans un nouveau milieu, un nouvel environnement.

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