Pétrole et connaissances

by Christian on 22 janvier, 2006

Souvent, le vocabulaire employé dans la gestion des connaissances met en avant une métaphore évidente avec le gaz et le pétrole ; on parle de puits de connaissances, de champs de connaissance, on localise les expertises, on cartographie, on puise, on extrait, puis on stocke, etc. Des travaux en ingénierie des connaissances ont même nommé OIL (Ontology inference Layer) un langage de formalisation des connaissances (cf. le projet On-To-Knowledge


La métaphore du secteur pétrolier et gazier véhicule avec elle une compréhension de la connaissance comme gisement, comme matière première. Et il est vrai que, souvent, la connaissance est présentée comme étant a matière première de l’entreprise, sa matière grise, son capital immatériel.
Cette image, facile à retenir, se comporte comme un mème. C’est un discours convenu par lequel on introduit généralement le management des connaissances à des interlocuteurs non familiarisés avec ces démarches. Il se mémorise et se reproduit très bien.

oil.jpg

Le discours du management des connaissances est un discours qui est très souvent énoncé dans un style métaphorique.

Cela montre que la gestion des connaissances a du mal à trouver son vocabulaire. Elle semble être condamnée à devoir emprunter à d’autres disciplines leur vocabulaire. Mais juste leur vocabulaire ? Et si cela allait jusqu’à emprunter leur paradigme ?

Dernière ce phénomène, il y a le présupposé suivant : la connaissance est comprise comme une valeur, au sens de valeur éthique. Aussi, quand on porte son regard vers l’entreprise en y cherchant de la connaissance, on ne peut que l’associer à ce qui aurait le plus de valeur. L’embêtant est que la valeur, dans l’entreprise, ne doit pas être éthique, ou qualitative, mais doit être quantifiée. Ici, la valeur doit se quantifier pour s’apprécier.

En considérant la connaissance comme une valeur éthique, on ne la trouve jamais dans l’entreprise. Faire du management des connaissances avec cette compréhension éthique vous place systématiquement sur un autre niveau que celui ou se situent la logique et les paradigmes du monde de l’entreprise. Celui qui porte ce présupposé éthique ne peut porter qu’un discours métaphorique, saupoudré d’anecdotes pour donner de la crédibilité au discours (l’anecdote est d’ailleurs d’essence métaphorique et parabolique).

Ici comme ailleurs, les meilleurs théoriciens sont les praticiens. Mais les praticiens ont un gros handicap : il se savent pas provoquer le désir.

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