22 Août 2010, 3:57
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Thé et Dasein

Anne Fagot-Largeault, dans son cours de 2007 au Collège de France, retrace une filiation surprenante entre un des textes majeurs de la tradition philosophique occidentale et la pensée asiatique.

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Pour Tomonubu Imamichi, philosophe japonais atypique, la grande affaire de la philosophie occidentale est la représentation du monde. Et la meilleure place pour se représenter le monde, c’est de se mettre en surplomb, c’est à dire à la place de Dieu. Le Das-Im-Der-Gott-Sein, le fait d’être en Dieu, est le point de perspective de la philosophie occidentale.

Le philosophe oriental ne cherche pas tant à se représenter le monde qu’à l’exprimer, dit Imamichi. L’inspiration vient d’en bas et non d’en haut. Le sujet connaissant est dedans, immergé dans son monde. Son souci est de s’occuper de son mode proche (“to deal with”). C’est ce que souligne Okakura Kakuzo, en 1898, dans son désormais célèbre “Livre du thé” (écrit en anglais), ouvrage destiné à faire connaître la philosophie asiatique à l’occident à partir de la cérémonie du thé. Le souci de la philosophie asiatique est d’être dans le monde, et non de conquérir une perspective d’ensemble sur le cosmos.