Occupy … what ?

by Christian on 18 septembre, 2013

C’était hier le deuxième anniversaire du mouvement Occupy Wall Street. La photo du journal Le Monde (Reuters/Joshua Lott) est assez symptomatique : on y voit les employés de la Bank of India regarder passer la manifestation du mouvement Occupy Wall Street, le 17 septembre à New York.

Le mouvement Occupy a hérité de l’inconsistance du mouvement européen des Indignés : symptôme d’une opposition sans proposition.

Dans la tradition militante et syndicaliste, “occuper” a toujours désigné une activité d’occupation du système de production afin de mettre en place un rapport de force pour faire passer des revendications. Or, contrairement à ce qu’indique son nom, ce n’est absolument pas le cas pour le mouvement Occupy : c’est un mouvement qui n’occupe rien, ne paralyse rien et ne gêne personne si ce n’est quelques automobilistes.

« Occupy Wall Street » visait le lieu symbolique de la finance ; mais plus grand chose ne se passe à Wall Street : les transactions financières ont lieu à quelques centaines de mètres dans des data centers qui n’ont nullement été dérangé même au plus fort de la médiatisation du mouvement. En terme de « perturbation », on est ici à des années lumières des effets d’un wikileaks ou des révélations des lanceurs de d’alertes.

Le mouvement Occupy n’occupe rien parce qu’il ne dérange personne et finalement ne propose rien, si ce n’est de dire que “nous sommes les 99% !”.


Ce n’est donc pas un mouvement d’occupation mais bien plutôt un squat. Le squat (de l’anglais to squat, s’accroupir) est en effet l’occupation d’un lieu laissé vacant. Le principe du Squat, c’est qu’il ne dérange pas en occupant ce qui est laissé vide ou inutilisé.

La tendance au squat du mouvement Occupy se manifeste d’abord par un défaut de propositions que nous avons analysé lors de l’académie d’été d’épineuil le Fleuriel (dont le titre était précisément “Occupy Epineuil le Fleuriel”)  comme un défaut de pensée.

Nous pensons en effet que l’inefficience de ce mouvement est largement imputable aux proposition théoriques de ceux qui ont influencé ce mouvement ; le premier d’entre eux est certainement Noam Chomsky, coqueluche intellectuelle du mouvement.

Le côté “homme de gauche” de Chomsky est assurément sympathique, et souvent on peut être d’accord avec lui ; mais il n’en reste pas moins que ses positions politiques, sont fortement déterminées par ses positions philosophiques que ne connaissent absolument pas militants des mouvements des Indignés ou de Occupy ; or celles-ci sont la racine même de l’incapacité propositionnelle de ces mouvements, de ce qui fait que ces occupations ne sont rien d’autre que des squats.

Aujourd’hui, le pire danger pour ce qui reste du mouvement Occupy n’est pas la finance, mais d’abord les thèses philosophiques de Chomsky.

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Paul-Emile Geoffroy septembre 18, 2013 à 11:02

Et ces thèses, il nous faudrait je crois les étaler, face aux responsables d’Occupy notamment, et les démonter. Il faut que ce bras de fer avec Chomsky évoqué par Ars Industrialis ait lieu. Il faut que la controverse soit : que nous concevions un prototype de proposition pour le mouvement dans la confrontation des traumatypes de part et d’autre : ce qui fait dissensus entre les positions de Chomsky et celles d’Ars Industrialis.

J’aime beaucoup cette comparaison avec les squats que tu proposes, d’ailleurs, elle me semble parfaitement illustrer le problème du (non) mouvement Occupy (quand on s’accroupit, on n’avance pas). Je reste très critique du concept d’occupation, cependant, qui me semble ne pas convenir non plus, ou ne plus convenir : l’occupation en tant que confrontation ou rapport de force me semble dépassée à une époque où le rapport de force ne fonctionne plus (les mots « syndicat », « grêve » ou même « manifestation » se faisant désuets). Je crois qu’il faut opposer à la résistance (qui fut belle, qui fut nécessaire, qui fut historique en France) un concept plus intéressant au 21ème siècle, qui sera celui des savoirs ou ne sera pas longtemps : celui de l’invention. Et l’invention demande mouvement, elle demande non pas une opposition, une occupation ou un rapport de force, elle demande de dépasser le rapport de force et de s’insinuer malgré la résistance opposée par le système. L’invention demande d’investir, de s’investir. Je crois toujours que c’est l’investissement qui devrait être le mot d’ordre de tout mouvement désireux d’inventer des propositions, et plus l’occupation.

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Pascal septembre 18, 2013 à 2:18

Et en résumé, en quoi consistent lesdites thèses inertielles de Chomsky qui condamnerait donc la contestation à l’immobilisme : à titre personnel, il me tarde d’en savoir plus car je considère également que la mère de toute les batailles politique est philosophique !

Je suppose qu’il en a été question cet été à Epineuil … et qu’on aura la possibilité d’en savoir davantage lorsque les vidéos seront en ligne ?

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