Les réseaux sociaux modifient-ils profondément nos modes de vie ?

Un article récent du Huffington Post (TweetingWhileEating: Nearly Half Of Millennials Use Social Media While Eating) pointe du doigt les changements comportementaux qu’induisent l’utilisation des services de réseaux sociaux. Il s’agit en l’occurrence de ce phénomène qui touche prioritairement les natifs du numérique qui, semble-t-il, utilisent Twitter pendant les repas.

Les nouvelles pratiques comme celles-ci sont nombreuses ; on peut même dire qu’il y a une actualité des réseaux sociaux qui consiste à mettre en lumière de nouveaux usages de ces derniers : utilisation lors de catastrophes naturelles, pendant des manifestations si ce n’est pendant des révolutions. Du coup, la question est très rapidement anthropologique : quelle est donc l’influence des réseaux sociaux sur nos comportements et quels en sont les conséquences ?

 Il faut considérer les réseaux sociaux (qu’on appelle aussi, de manière plus juste peut-être,  les médias sociaux) comme de gigantesques machines à écrire où nos comportements sont auto-décrits, commentés, explicités et publiés. Toutes ces pratiques accompagnent un nombre d’individus croissant équipés des machines numériques portables (téléphones et tablettes). Qui peut douter un seul instant que ces pratiques n’aient pas d’effet sur nos comportements ?

 Le premier effet est donc celui du “débordement” : le temps passé sur les réseaux sociaux doit se faire dans des plages de temps qui vont bousculer l’emploi du temps et l’agenda de nos vies. Cependant, l’utilisation des réseaux sociaux n’est pas antinomique avec d’autres types d’activités :  tout comme on peut écouter de la musique en travaillant ou regarder la télévision en mangeant. C’est d’ailleurs une des particularités des industries culturelles, auxquelles appartiennent les médias sociaux, que d’avoir cette capacité à se “greffer” sur d’autres activités. Ont dit qu’elles nous “occupent l’esprit” (seuls à table, dans les toilettes, dans les transports, les salles d’attentes, etc.).

 C’est le cas pour Twitter qui est l’un des réseaux sociaux le plus utilisés et le plus approprié pour commenter d’autres types d’activités : commentaires sur une émission TV, un évènement d’actualité, une conférence, etc. C’est d’ailleurs une pratique commune que de donner le mot-clé d’un événement pour faire du “LiveTweeting”.

 On peut y voir une forme de perte d’attention, on peut aussi dénoncer des comportements qui témoignent d’un manque de savoir-vivre et on peut avoir froid dans le dos quand on voit tous ces gens qui ont l’air de zombis dans les transports et lieu publics, rivés qu’ils sont sur leurs écrans personnels.

 Ces réseaux sociaux qui reposent sur des “technologies relationnelles” peuvent paradoxalement produire des comportements asociaux. On a ici un exemple de l’ambivalence fondamentale de ces technologies qui peuvent produire des pertes de savoirs (savoir-vivre, politesse, etc.) mais également permettre de développer de nouveaux savoirs.

 Ainsi l’article du Huffington Post rapporte qu’il existe une pratique qui consiste à photographier ses assiettes lors des repas et de les partager sur les réseaux sociaux : cela développe des questions et des débats culinaires qui donnent de la saveur et développent de nouveaux savoirs grâce à l’utilisation de ces technologies relationnelles.

En matière de nouvelles technologies, comme ici avec les réseaux sociaux, l’alternative est entre s’adapter (prendre sur soi, comme un fardeau) ou adopter (prendre en soi) ces nouvelles pratiques. Dans le cas de leur utilisation pendant les repas, comme évoqué dans l’article cité, je trouve qu’il s’agit d’une adoption très positive qui doit être valorisée car on peut dire :

“ici, des savoirs sont produits et non des comportements grégaires et pulsionnels qui génèrent de la bêtise.”

C’est un sujet assez fondamental : on voit bien que les reseaux sociaux, et leur structure, leur spécificité, surdéfinissent notre façon d’être en ligne. De là à nous définir aussi, il n’y a plus qu’un pas. Comme l’exemple du bouton « j’aime » et de son pendant « j’aime pas » qui n’existe pas, etc.

Il y aussi l’article sur Chris Poole qui considère que nos personnalités prismatiques ne peuvent pas être « représentées » par les réseaux sociaux, qui ont tendance à les réduire.

https://plus.google.com/u/0/107498844233852407844/posts/ibs7itVx3nV

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L’article est intéressant, mais je ne peux m’empêcher de relever une remarque qui me semble assez injuste : les gens ont peut-être l’air de zombies quand ils consultent les réseaux sociaux sur leur téléphone dans les transports en commun, mais je crois que le facteur déterminant ici, c’est « transport en commun » et pas « réseaux sociaux ».

[Reply]

la fin est tout sauf logique :

par exemple, twitter ne fait pas que produire de l’intelligence , loin de là. au mieux il sert à constater des faits ou faire circuler de l’info.

Utiliser pendant les repas ce genre d’outils, lorsqu’on est accompagné j’entends bien, fait preuve de détournement de la vie réelle au profit d’une vie digitale. Qui au final influencera notre degré de sociabilité dans la vie réelle. Dans ce cas de figure…ce n’est pas une adoption positive, il s’agit bien d’une adoption négative.

Par ailleurs, en quoi les médias sociaux ne génèreraient pas de comportements grégaires et pulsionnels. Il y a au contraire plus d’irrationnalité , et de prise de position violente…l’anonymat, les fausses identité, mais aussi tout simplement le digital en lui-même, nous nous sentons en positions de force, devant l’écran à l’abris de l’autre… tout cela contribuent largement à des comportements pulsionnels, compulsionnels même.

Votre analyse est courte.

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