23 Juil 2011, 2:19
Défaut
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Des mandarins aux samouraïs

Une citation de François Dosse à propos du mouvement structuraliste après Mai 68 :

“De la même manière, le mouvement vit une énorme contradiction en s’attaquant aux idoles et à la notion d’auteur, unanimement rejetée par les structuralistes de toutes obédiences, alors même que les théoriciens de cet enterrement se vivent et sont perçus eux-même comme des héros. Compensant ainsi leur manque d’assise institutionnelle, les structuralistes ont dû multiplier leurs interventions devant un public qui les perçoit de plus en plus comme des maîtres penseurs, des modèles d’existence, des gourous.

Toute une fétichisation entoure  des personnages en perte d’auteurs, devenus les véritables vedettes, les auteurs authentiques qui se font l’écho des inquiétudes intellectuelles de la période ; ils en sont les porte-parole alors que le discours des mandarins installés est vivement contesté.

Des mandarins aux samouraïs, le culte de la personnalité et le halo de magie qui les entoure n’ont pas vraiment reculé, ils portent simplement une dimension tragique que n’avait pas la génération existentialiste. (François Dosse, Histoire du Sructuralisme T2, p.153. C’est moi qui souligne)

23 Juil 2011, 2:41
by Alain Pierrot

reply

Au vu des reculs intellectuels ambiants, il me semble que les analyses de François Dosse mériteraient d’être largement étendues au-delà de la critique des gourous du structuralisme : outre un refus (dénégation) des enjeux conflictuels du politique, on peut y voir l’ignorance appuyée de la psychanalyse et de sa prise en compte de la complexité des “structures” de la pensée individuelle.

La dimension tragique de la complexité et de ses conflits émerge ailleurs que dans le structuralisme.

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Christian Reply:

Des noms Alain ! 🙂

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Le phénomène est pernicieux. Nous avons une idée, nous la partageons, des gens sont séduits par cette idée et veulent donc que le narrateur la partage a un public plus large et à de nombreuses occasions. L’enjeu est que cela se transforme en vedettariat du narrateur et en massification de l’idée (branding) plutôt que l’appropriation de l’idée (hacking, diy).

À mon avis, l’enjeu est pour le narrateur de refuser de décliner de parler de son idée trop souvent et/ou dans de trop grands canaux de diffusion afin de minimiser les conséquences. La société peut changer rapidement par le branding mais elle ne changera efficacement que par le hacking et différemment de l’idée originale (ce qui est bien).

Au moment de l’affaire wikileaks, j’ai été interviewé par un journaliste de Radio-Canada pour un mini-reportage télé de 5 minutes. Le lendemain, il me demandait si je pouvais venir de nouveau parler un peu plus longuement sur le plateau télé. J’ai refusé. La polarisation sur un porte-parole devenant pseudo-expert du sujet ne permet pas la mise en confrontation avec une diversité d’opinions. Il faut savoir garder une attitude modeste face à ses propres idées et analyses.

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Christian Reply:

Sûrement que le dialogisme de Bakhtine, repris dans l’intertextualité de Julia Kristeva, est le meilleur angle d’approche pour tout à la fois maintenir la figure de l’auteur mais relativisée par les multiples emprunts et influences du texte. D’ailleurs l’hypertexte est l’ingénierie de cette reconsidération du statut de l’auteur qui pose tant de problèmes juridiques actuels.

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