Pessimistes ?

by Christian on 28 janvier, 2011

Les Français seraient les champions du monde du pessimisme nous dit un sondage BVA-Gallup pour Le Parisien (l’étude en PDF). En même temps, le succès phénoménal du fascicule de Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! » (plus d’un million d’exemplaires vendus !), nous porte à croire que les Français ne seraient pas comme les autres.  Sommes-nous pessimistes ?

On savait déjà que les français étaient les champions en matière de consommation de médicaments et d’antidépresseurs, mais cette pratique indiquait avant tout que les français prenaient sur eux, c’est à dire qu’ils pensaient que c’était eux qui n’allaient pas bien. Or, à présent, il semblerait qu’ils en soient venus à penser que, après tout, ce n’est peut être pas eux qui ont un problème mais plutôt le milieu, économique et politique, dans lequel ils vivent qui ne va pas.

Peut-être en sommes nous arrivés à ce moment critique où le « prendre sur soi » se transforme en refus d’une culpabilité qui commence par prendre le visage de cette indignation dont parle Hessel. L’indignation et l’exaspération n’est plus intériorisée jusqu’à nous rendre malade : elle tend à être extériorisée et objectivée pour en faire un objet politique qui s’exprime tout d’abord par ce « pessimisme » à quoi se raccrochent les médias et les sondeurs.

Il faut dire que le discours politique depuis des décennies se résume bien souvent à exhorter la nécessité de politiques d’adaptation. Passé le temps des promesses électorales, les élus s’évertuent ainsi à nous expliquer, analyses comparatives à l’appui, que le monde à changé, et que donc il faut s’adapter. S’adapter, cela veut dire prendre sur soi, alors qu’adopter signifie prendre en soi comme principe de motivation.

Elles sont bien peu nombreuses les paroles politiques qui nous invitent à adopter quelque chose alors que nos « visiteurs électoraux » (comme on parle de « visiteurs médicaux »), ceux qui réduisent l’essentiel de la politique à la victoire électorale, nous expliquent qu’il faut s’adapter. Pour ces derniers, la réalité se définie comme ce à quoi il faut s’adapter et s’ajuster alors que la réalité est aussi et surtout le fruit d’un investissement qui résulte d’une adoption.

Le problème est que ce refus d’intérioriser (en se rendant malade), qui se manifeste par un besoin et une envie d’adopter plus que de s’adapter, ne trouve pas d’échos significatifs sur la scène politique : d’une part, la majorité de la classe politique, à gauche comme à droite, ne comprend pas ce qui se passe (tout comme ils n’ont pas compris l’exaspération des Tunisiens), d’autre part, une minorité, mais qui a le vent en poupe, cultive démagogie et populisme. Incurie, déni, et irresponsabilité sont finalement les trois visages de la politique en France aujourd’hui.

Je crois que les français sont avant tout plus exaspérés que pessimistes, et qu’il n’y a rien de plus agaçant pour quelqu’un d’exaspéré que de s’entendre dire qu’il est pessimiste.

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Zoggy janvier 28, 2011 à 11:13

Il y a au moins aussi agaçant que se faire traiter de pessimiste, c’est de s’entendre dire qu’on « grogne » : la grogne des fonctionnaires, la grogne des cheminots, la grogne de ceux-ci, la grogne de ceux-là… Ces chers députés de la majorité ont le droit au terme de « fronde ». Alors ok, je grogne, tu grognes, nous grognons … mais qui sont les porcs ?

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ES janvier 31, 2011 à 2:34

J’ai remarqué que les gens ne retirent pas leur décoration de Noël. Comme si le temps était arrêté, c’est peu perceptible.. mais il y a un arrêt dans la marche. Un sentiment étrange, même dans le métro.

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