Les traces managériales

by Christian on 26 mai, 2010

Certains managers laissent des traces : leurs politiques et leurs pratiques managériales ne sont pas vouées à l’oubli. A côté de ceux-là, il y a bien sûr des managers pour lesquels une des critiques, jadis faîte dans les Cahiers du Cinéma à propos de Claude Lelouch, conviendrait certainement :

« Souvenez vous bien de ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler ! »

Mais laissons de côté le troupeau des managers anonymes emportés par le fleuve Léthé, le fleuve de l’oubli, pour nous intéresser à ceux qui laissent des traces. Pour cela je propose trois exemples des traces managériales :

  • la première est la « trace professionnelle » ;
  • la deuxième est la « trace de cendres » ;
  • la troisième est la « trace de biodiversité » ;

Celui qui laisse une « trace professionnelle » est généralement respecté, précisément pour son professionnalisme. Tel un capitaine de navire, il a démontré qu’il savait mener à bon port ce qu’on lui avait confié. Peu d’entre eux sont toutefois réellement capable d’affronter des tempêtes : si les repères changent et l’environnement devient incertain, ils peuvent faire preuve de rigidité et d’excès de confiance en eux-mêmes qui peut les amener à couler le navire. Mais ce sont généralement des hommes d’honneurs qui couleront avec leur navire.

Ensuite il y a ceux qui laissent une « trace de cendres ». On l’aura deviné, ce sont ceux qui pratiquent volontiers la politique de la terre brûlée : après leur passage, rien ne survit, tout est asséché et stérile. Eux-mêmes, ainsi que leurs commanditaires, ont récolté tout ce qu’il y avait à récolter. Ceux qui font du LBO sont friands de genre de managers qui sont toutefois condamnés à rechercher en permanence de nouveaux horizons : une vie de mercenaire en quelque sorte. Les managers qui se sont distingués dans des politiques de cost-cutting peuvent produire ce type de traces.

Enfin, il y a la figure du manager qui laisse une « trace de biodiversité ». Celui est apprécié et marque beaucoup plus durablement les esprits du côté des stakeholders que des shareholders. Pendant son activité, et même longtemps après, les potentialités sont décuplées et la motivation des collaborateurs est au beau fixe. Ce sont toutefois des managers à prendre avec des pincettes car ils sont également capables de tout mettre sens dessus-dessous et, au titre de la biodiversité, peuvent ne laisser qu’un champ de friche.

*

Aujourd’hui quand j’entends parler de traces, c’est souvent en disant, de manière plutôt négative : « çà a laissé des traces ». Les traces sont souvent assimilées à de la saleté, à des dégâts. Tout juste comme si l’idéal était de ne pas laisser de traces, d’être transparent. Or je me souviens d’un temps pas si lointain où, quant on disait de quelqu’un qu’il était transparent, cela voulait d’abord dire qu’il était creux et inintéressant. Mais maintenant les choses se sont inversées : il faut être transparent car c’est devenu une qualité, presque un gage d’honnêteté. Le mot d’ordre à la mode dans le management est : « surtout pas de bruits, pas de vagues, pas de traces. »

Vous trouvez que c’est fade ? Moi aussi.

C’est pour cela que, malgré tous leurs défauts, j’aime bien ceux qui laissent des traces. Car, en fin de compte, tout le monde laisse des traces, et il n’y a peut être rien de pire que de laisser  la trace d’un vide sidéral. Or çà, les managers qui ne laissent pas de traces, ces fantômes du management,  s’en rendent bien compte lorsqu’un recruteur leur demande leur « track record » et qu’ils alignent autant de références et de traces pour lesquels ils n’ont souvent  jamais participé.

Print Friendly
Signaler sur Twitter

{ 0 comments… add one now }

Leave a Comment

{ 3 trackbacks }

Previous post:

Next post: