Le numérique dans l’économie et la cognition de l’attention

by Christian on 7 mai, 2008

C’est le titre du prochain débat d’Ars Industrialis qui aura lieu au Théâtre National de La Colline, 14 rue Malte Brun, Paris 20°, le 17 mai 2008 à 14 heures (Entrée Libre).
Le titre de l’intervention d’Alain Giffard sera : Lecture numérique, lectures industrielles : contrôle de l’attention et catastrophe cognitive, et celui de mon intervention : La gigantomachie autour des data centers.
Ci-après la présentation des interventions.

Christian Fauré : La gigantomachie autour des data centers

Ce qui nous motive, à Ars Industrialis, c’est la constitution d’une politique industrielle des technologies de l’esprit. Or cette question ne peut s’instruire sans connaître l’évolution toute récente de l’industrie des technologies de l’information.
En quelques années, nous avons ainsi assisté à des investissements colossaux dans la construction de centres de données et de calculs, les fameux data centers. Cette concentration d’outils de production industriels de masse (puissance de calcul et de stockage) rappelle à certains égards l’évolution qu’à connu le secteur de l’énergie électrique à un siècle d’intervalle. C’est d’ailleurs sur ce parallèle que se fonde l’argumentation du journaliste américain Nicholas Carr dans son dernier ouvrage : « The Big Switch : rewiring the world, from Edison to Google ».

Confirmant les diagnostics qui ont déjà été fait par l’association, personne ne sera surpris de constater que les plus grands acteurs industriels de cette concentration (Google, Amazon) sont des acteurs financés par la vente de produits culturels ainsi que par la publicité.

C’est donc une forme de géopolitique de la situation qui sera ainsi présentée afin de nous donner les moyens d’analyser le sens et les enjeux de cette concentration des data centers. Il faudra également relativiser les propos de Nicholas Carr dans le parallèle qu’il fait entre l’industrie des technologies de l’information et l’industrie électrique, car la métaphore empêche de penser cette nouvelle politique industrielle des technologies de l’esprit à laquelle nous appelons.

C’est par la compréhension des enjeux de cette véritable gigantomachie, à laquelle nous assistons en ce début de XXI siècle, que nous pourrons faire des premières propositions concrètes qui seront soumises à la discussion avec le public lors de cette séance…

Alain Giffard : Lecture numérique, lectures industrielles : contrôle de l’attention et catastrophe cognitive

L’interrogation initiale est une partagée par le public le plus large : quel est le devenir de la lecture dans le temps où se développe sa forme numérique ?
Et, pour commencer : la lecture numérique existe-t-elle ? peut-elle « prendre la place » de la lecture classique ?Cette question est abordée à travers les notions communes à Ars Industrialis, et reprise aussi en fonction des thématiques travaillées en ce moment par l’association: la relation inter-générationnelle, l’éducation, le soin des enfants ; la réflexion sur l’économie politique et l’hypothèse d’une « économie de la contribution ». La lecture numérique est donc envisagée du double point de vue d’une nouvelle et nécessaire instrumentation des savoirs, et d’une réflexion sur l’économie de l’attention, point crucial pour les enfants.En m’appuyant sur une étude remise au ministère de la Culture et de la Communication, je soulignerai plusieurs traits de la lecture numérique : son caractère de « technique par défaut » et la surcharge opératoire du lecteur qui en découle ; le risque d’une concordance entre le type d’attention mobilisée (« hyper attention » plutôt qu’attention soutenue), le type de lecture (de scrutation ou d’information plutôt qu’approfondie), et le degré d’exécution de l’acte de lecture; la place de la simulation.Comme pratique, la lecture numérique se développe dans un cadre général que caractérisent deux nouveautés inouïes : le retrait des puissance publiques, et l’essor des industries de la lecture. L’abstention ou l’incurie des puissances publiques suscite un face à face du public des lecteurs numériques et des industries de lecture. La tension de ce face-à-face n’est rien d’autre que ce qui structure aujourd’hui « l’espace des lectures industrielles ».

J’essaierai d’examiner comment les pratiques de lecture des enfants et des jeunes s’inscrivent dans cet espace des lectures industrielles. Comme technologie, la lecture numérique est à la fois poison et contre poison. Elle peut assister le développement du sens critique, notamment en permettant une autre grammatisation de l’audiovisuel. Mais elle peut aussi, comme les autres technologies de l’information, devenir un instrument dans la concurrence de plus en plus déclarée que les médias générationnels livrent à l’école et aux parents. C’est au point précis où se croisent le marketing des médias générationnels et le groupe dit des « natifs du numérique », c’est à dire là où le conflit pour le contrôle de l’attention des enfants et la définition de la lecture de référence est le plus ouvert que se situent, selon moi, les risques véritables d’une catastrophe cognitive et culturelle.

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