Troisième note sur les Savoirs de l’écriture en Grèce ancienne qui s’appuie sur l’article de Mario Lombardo : “Marchands, transactions économiques, écriture”.

Cette note est également pour moi l’occasion de revenir sur une remarque d’Alain Pierrot formulée lors d’un « Atelier Technologies Relationnelles » consacré à la “Guerre Civile Numérique” ; à une citation de Finley( Les premiers temps de la Grèce) qui faisait remarquer que les Grecs, contrairement à ce qui s’était passé au Proche et Moyen-Orient, se distinguèrent en utilisant l’écriture pour la poésie plutôt que pour le commerce, Alain Pierrot me fit remarquer que le texte de Finley n’était pas de première fraîcheur et que, depuis, l’avancée des travaux rappelait l’importance du commerce dans la diffusion et l’utilisation de l’écriture.

Il se trouve que l’article de Mario Lombardo permet d’enrichir le débat.

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Deuxième note sur le livre « Les savoirs de l’écriture en Grèce ancienne » avec l’article de Giorgo Camassa.

Aux origines de la codification écrite des lois en Grèce

L’utilisation de l’alphabet en Grèce ancienne concerne une multiplicité d’activités, rappelle Giorgio Camassa : mais pour quelle raison les anciens grecs ont-ils fixé par écrit les codes de la lois ?

Ce qui est pour nous évident aujourd’hui – que législatif et écriture aillent de pair – n’a pas toujours été le cas. Alors où, dans quel lieu, les premières lois écrites furent-elles rédigées ?

Il semble y avoir un consensus sur l’idée que l’oeuvre de codification des lois aurait plutôt eu lieu dans les colonies que dans les métropoles. Et d’ailleurs “nomos” (la loi) dérive de la même racine que “nemein” (distribuer, répartir, allouer,..) : on s’imagine que la nécessité de répartir les terres entre les colons fut une motivation première pour écrire les lois, c’est à dire écrire les répartitions.

Mais en se focalisant trop tôt sur les colonies grecques, n’oublie-t-on pas trop vite la Crête dont il nous reste un nombre d’inscription juridique beaucoup plus nombreux que n’importe quelle région de la Grèce ?

Pour Giorgio Camassa, le cas de la Crête n’est pas convoqué pour lui attribuer une quelconque paternité dans l’écriture des lois, mais plutôt pour souligner que cette nouvelle écriture fut en Crête précédée et accompagnée par l’existence d’un corpus de lois transmises oralement. Camassa rappelle que, pour lui, l’existence d’une transmission orale d’un corpus législatif est la condition sine qua non pour la fixation précoce d’un code de loi écrites.

Les pratiques orales de législation sont elles-même baignées d’une culture poétique et lyrique :

Il semble en effet difficile de se soustraire à la suggestion qu’en Crête, plus clairement qu’ailleurs, l’art de la législation était inséparable de la précellence de la parole rythmique, capable de forger l’âme, grâce à ses pouvoirs évocateurs et psychagogiques, mais capable aussi d’intervenir activement sur la réalité en la transformant” p.145

C’est seulement dans le cadre d’une culture législative orale que, lentement et non à travers une crise :

“l’opinion publique citoyenne, forte de tout son poids, demanda avec insistance un plus grand contrôle sur le système jurique par l’intermédiaire de la publication des lois”. The Local Scripts of Archaic Greece, Oxford, 1961, p.43

Après la question du lieu, vient la question du comment : comment s’est opérée cette transition ?

Dans une tradition orale, la perception de la loi par les individus est quelque chose d’absolu et d’immuable : les modifications sont imperceptibles et “la loi d’une génération ne peut pas être mise en comparaison avec celle d’une autre”.

Mais, même une fois écrite, la loi reste associée à son caractère immuable, et partout en Grèce et jusqu’à Aristote se manifeste l’hostilité au changement des lois établies.

N’y a-t-il pas là un paradoxe :

“au moment-même où, avec le début d’une codification écrite, s’ouvre la voie, d’abord, à la perception et, ensuite, à la pratique du changement, on se préoccupe immédiatement d’éviter ce dernier”. p.149

Giorgio Camassa y voit la force du conditionnement exercé par la prédominance de la culture orale au sein même de la période écrite qui s’ouvre. Ce qui est une manière pour lui d’articuler tradition orale et tradition écrite sans avoir a postuler la nécessité de l’écriture pour autoriser l’oeuvre du législateur.

Et d’ailleurs, l’écriture elle-même n’était-elle pas destinée à être vue plus qu’à être réellement lue ? Comme le rappelle Marcel Détienne, l’écriture pénètre dans l’espace public en se montrant et en s’affichant :

“Gravés sur les édifices publics ou sur les stèles placées dans les lieux ou se déroulait la vie communautaire, les codes sont de clairs exemples d’une écriture destinée à être vue plutôt que lue”. p.151

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Voici la vidéo ( 45 min) de l’intervention d’Alain Giffard lors d’une séance de travail du groupe « Technologies Relationnelles » d’Ars industrialis.

La séance était consacrée à la « guerre civile numérique » et il m’a semblé que les propos d’Alain Giffard étaient précieux pour re-contextualiser ce concept de guerre civile numérique qui reprend le titre d’un ouvrage de Paul Jorion paru en Mai 2011 :

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Avec La Fabrique de l’homme endetté, Maurizio Lazzarato cherche à qualifier le lieu le plus opportun à partir duquel la lutte des classes se joue et s’articule de la manière la plus actuelle.

La superbe illustration de couverture est de C. K. Wilde

A partir du texte Nietzschéen de la deuxième dissertation de la Généalogie de la Morale, Lazzarato caractérise l’épopée humaine depuis la diffusion du christianisme comme étant celle de la fabrique de l’homme endetté. Il faut, nous dit-il, oublier les oppositions patron/ouvrier, maître/esclave, capitalisme financier/capitalisme industriel, etc. et ouvrir les yeux sur les mécanismes de domination qui s’exercent actuellement de manière débridée. [Lire la suite…]

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Morceaux choisis de la séance publique Ars Industrialis avec Paul Jorion

décembre 11, 2011

Quatre vidéos choisies de la rencontre au théâtre de la colline du 10 Décembre 2011 :   Introduction de Bernard Stiegler (30min) Réponse et discussion suite à l’intervention de Paul Jorion (20min) Intervention de Franck Cormerais (26min) Discussion en fin de séance (23 min) Vous pouvez visionner l’ensemble des vidéos et de la séance sur [...]

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Le temps de parole

décembre 6, 2011

J’essaie le plus que je peux de respecter le temps de parole. Que ce soit au cours d’une réunion ou lors d’une conférence, ma première préoccupation est toujours de connaître le temps de parole dont je dispose. Et je n’aime pas déborder, j’éprouve même de la satisfaction à finir de parler à la minute près. [...]

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Le dévoilement des mamelles

décembre 4, 2011

Mais pourquoi donc retrouve-t-on une femme aux seins dévoilés au milieu de cette scène de bataille que peint Delacroix avec sa “Liberté guidant le peuple” ? Signaler sur Twitter

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Livre sur les Réseaux Sociaux

décembre 2, 2011

Je suis un des auteurs du livre sur les Réseaux Sociaux qui sort aux Editions FYP, sous la direction de Bernard Stiegler, et dont voici la présentation de l’éditeur : Signaler sur Twitter

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La rationalisation

décembre 1, 2011

Dès que l’on touche aux questions d’innovation ou de changement dans une organisation, vous ne pouvez pas ne pas remarquer les blocages et les incohérences des individus de cette organisation (parfois de votre propre organisation). Ce qui vous saute au visage et qui vous semble évident peut sembler faire l’objet d’un déni aussi bien individuel [...]

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« Clinamen » de Frédéric Neyrat

novembre 18, 2011

Le dernier livre de Frédéric Neyrat, « Clinamen. Flux, absolu et loi spirale » vient de paraître. Voici la présentation : Signaler sur Twitter

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